Poésies - Arthur Rimbaud - E-Book

Poésies E-Book

Arthur Rimbaud

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Beschreibung

Né à Charleville en 1854, Arthur Rimbaud rencontre en 1871 Verlaine auquel le lie une amitié passionnelle. Après avoir publié en 1873 Une Saison en enfer, il rompt avec la littérature et avec l'Europe, vit quelque temps comme commerçant et trafiquant d'armes au Harar, revient en 1891 en France où il meurt à Marseille après amputation d'une jambe.
Si l'on devait citer le poète qui a exercé l'influence la plus profonde sur la poésie du début du xxe siècle, il faudrait nommer Rimbaud. Avec plus de hardiesse encore que Baudelaire, il a étendu le champ d'exploration de la poésie. Avant lui, l'expérience poétique était principalement l'expérience de la création littéraire. Après lui, la poésie devient un moyen de connaissance.
Le désordre somptueux d'une passion exotique, éclat d'un météore, selon Mallarmé ; un ange en exil aux yeux d'un bleu pâle inquiétant, pour Verlaine. Etoile filante de la littérature, enfant terrible des lettres, la légende de Rimbaud perdure dans ses mots.
Édition intégrale avec table analytique des matières.

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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POÉSIES

Arthur Rimbaud

© 2019 Éditions Synapses

LE DORMEUR DU VAL

C’est un trou de verdure où chante une rivière Accrochant follement aux herbes des haillons D’argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue, Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu, Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue, Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme Sourirait un enfant malade, il fait un somme : Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Octobre 1870

LE BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées, Moi, l’autre hiver plus sourd que les cerveaux d’enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,

Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures, L’eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d’astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rythmes lents sous les rutilements du jour Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : je sais le soir, L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très-antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l’assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises ! Échouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants. – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux... Presque île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : – Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t’exiles, Million d’oiseaux d’or à future Vigueur ? -

Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer :L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes. ô que ma quille éclate ! ô que j’aille à la mer !

Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, à lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

LES ETRENNES DES ORPHELINS

I

La chambre est pleine d’ombre ; on entend vaguement De deux enfants le triste et doux chuchotement. Leur front se penche, encore alourdi par le rêve, Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève... – Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux ; Leur aile s’engourdit sous le ton gris des cieux ; Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse, Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse, Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant...

II

Or les petits enfants, sous le rideau flottant, Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure. Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure... Ils tressaillent souvent à la claire voix d’or Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor Son refrain métallique en son globe de verre...

– Puis, la chambre est glacée... on voit traîner à terre Épars autour des lits, des vêtements de deuil : L’âpre bise d’hiver qui se lamente au seuil Souffle dans le logis son haleine morose ! On sent, dans tout cela, qu’il manque quelque chose... – Il n’est donc point de mère à ces petits enfants, De mère au frais sourire, aux regards triomphants ? Elle a donc oublié, le soir seule et penchée, D’exciter une flamme à la cendre arrachée, D’amonceler sur eux la laine et l’édredon Avant de les quitter en leur criant : pardon. Elle n’a point prévu la froideur matinale, Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale ? ... – Le rêve maternel, c’est le tiède tapis, C’est le nid cotonneux où les enfants tapis, Comme de beaux oiseaux que balancent les branches, Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches ! ... – Et là, – c’est comme un nid sans plumes, sans chaleur Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ; Un nid que doit avoir glacé la bise amère...

III

Votre cœur l’a compris : – ces enfants sont sans mère. Plus de mère au logis ! – et le père est bien loin ! ... – Une vieille servante, alors, en a pris soin. Les petits sont tout seuls en la maison glacée ; Orphelins de quatre ans, voilà qu’en leur pensée S’éveille, par degrés, un souvenir riant... C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant : – Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes ! Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux, Bonbons habillés d’or étincelants bijoux, Tourbillonner danser une danse sonore, Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore ! On s’éveillait matin, on se levait joyeux,La lèvre affriandée, en se frottant les yeux... On allait, les cheveux emmêlés sur la tête, Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête, Et les petits pieds nus effleurant le plancher Aux portes des parents tout doucement toucher. . On entrait ! ... Puis alors les souhaits... en chemise, Les baisers répétés, et la gaîté permise.

IV

Ah ! c’était si charmant, ces mots dits tant de fois ! – Mais comme il est changé, le logis d’autrefois : Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée, Toute la vieille chambre était illuminée ; Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer, Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer... – L’armoire était sans clefs ! ... sans clefs, la grande armoire ! On regardait souvent sa porte brune et noire... Sans clefs ! ... c’était étrange ! . . , on rêvait bien des fois Aux mystères dormant entre ses flancs de bois, Et l’on croyait ouïr au fond de la serrure Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure... – La chambre des parents est bien vide, aujourd’hui : Aucun reflet vermeil sous la porte n’a lui ; Il n’est point de parents, de foyer, de clefs prises : Partant, point de baisers, point de douces surprises ! Oh ! que le jour de l’an sera triste pour eux ! – Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus Silencieusement tombe une larme amère, Ils murmurent : « Quand donc reviendra notre mère ? »

V

Maintenant, les petits sommeillent tristement : Vous diriez, à les voir, qu’ils pleurent en dormant, Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible ! Les tout petits enfants ont le cœur si sensible ! – Mais l’ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux, Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close, Souriante, semblait murmurer quelque chose... – Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond, Doux geste du réveil, ils avancent le front, Et leur vague regard tout autour d’eux se pose... Ils se croient endormis dans un paradis rose... Au foyer plein d’éclairs chante gaîment le feu... Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ; La nature s’éveille et de rayons s’enivre... La terre, demi-nue, heureuse de revivre, A des frissons de joie aux baisers du soleil... Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil : Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre, La bise sous le seuil a fini par se taire... On dirait qu’une fée a passé dans cela ! ... – Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris... Là, Près du lit maternel, sous un beau rayon rose, Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose... Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs, De la nacre et du jais aux reflets scintillants ; Des petits cadres noirs, des couronnes de verre, Ayant trois mots gravés en or : « À NOTRE MERE ! »

SENSATION

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme. Mars 1870

SOLEIL ET CHAIR

I

Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie, verse l’amour brûlant à la terre ravie, Et, quand on est couché sur la vallée, on sent Que la terre est nubile et déborde de sang ; Que son immense sein, soulevé par une âme, Est d’amour comme dieu, de chair comme la femme, Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons, Le grand fourmillement de tous les embryons !

Et tout croît, et tout monte !

– ô Vénus, à Déesse ! Je regrette les temps de l’antique jeunesse, Des satyres lascifs, des faunes animaux, Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux Et dans les nénuphar baisaient la Nymphe blonde ! Je regrette les temps où la sève du monde, L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts Dans les veines de Pan mettaient un univers ! Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ; Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ; Où, debout sur la plaine, il entendait autour Répondre à son appel la Nature vivante ; Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante, La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu ! Je regrette les temps de la grande Cybèle Qu’on disait parcourir gigantesquement belle, Sur un grand char d’airain, les splendides cités ; Son double sein versait dans les immensités Le pur ruissellement de la vie infinie.L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie, Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux. – Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux. Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses, Et va, les yeux fermés et les oreilles closes. – Et pourtant, plus de dieux ! plus de dieux ! L’Homme est Roi, L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour voilà la grande Foi ! Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle, Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ; S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume, Montra son nombril rose où vint neiger l’écume, Et fit chanter Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs, Le rossignol aux bois et l’amour dans les cœurs !

II