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Rafa et ses amis prennent part au Mundialito, un tournoi de jeunes d’une grande importance au Brésil, avec l’espoir de remporter la victoire. Leur amitié est leur principale force, mais face au talent des autres équipes, ils savent qu’ils auront besoin de plus que cela pour être des prétendants au trophée.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Footeux dans l’âme – pas celui de la télé, mais celui qui consiste à courir sur un vrai terrain avec de vrais gens –, Raphaël Chiron s’est inspiré de sa passion pour imaginer les aventures de Rafa au Brésil, la terre du football.
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Seitenzahl: 175
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Raphaël Chiron
Rafa III
Le théâtre des rêves
Roman
© Lys Bleu Éditions – Raphaël Chiron
ISBN : 979-10-422-2470-7
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Le match était serré.
Aucune des deux équipes ne semblait vouloir laisser la moindre parcelle de terrain à son adversaire. Il s’agissait pour ainsi dire d’un concert de tacles rageurs et de fautes en tout genre. Pour la beauté du jeu, il fallait repasser. Tout portait à croire que la pression était lourde au point d’écraser la moindre parcelle de lucidité.
Les actions étaient non seulement rares, mais il fallait beaucoup d’imagination pour les croire dangereuses.
Le goal des O’invencivel n’avait pas à s’employer puisque les frappes qu’on lui adressait étaient soit hors cadre, soit contrées.
Du reste, Tom n’avait pas à se salir les gants lui non plus. Sa défense était en effet si solide qu’il n’aurait pas été plus choquant que cela de le voir à ce moment-là dans une chaise longue, à siroter un cocktail.
Le long de la ligne de touche, Andrés faisait d’incessants va-et-vient en hurlant ses consignes. Mais rien n’y faisait, son équipe était pour l’heure incapable de produire la moindre action digne de ce nom.
Il allait effectuer un remplacement, c’était décidé. Par contre, le problème était qu’il n’avait qu’un seul choix : Pablo.
Sur les terrains de la Rocinha, ce petit gros à la coupe au bol avait joué à tous les postes. Mais le constat était toujours le même : c’est chaud frère.
Mais bon, c’était la famille et les dés de cette partie lui semblaient d’une certaine façon déjà jetés.
Pablo sentait que la chance était sur le point de lui sourire. Et il se mit soudain à fixer son père avec une sorte de folle motivation dans le regard. Ses jambes ne savaient pas rester immobiles, semblant comme montées sur ressort. On aurait dit un petit animal sur le point d’être libéré de sa cage.
Il ne restait plus que deux minutes de jeu. Il fallait faire vite.
La question pour Andrés était à présent de savoir qui sortir du terrain. Celui qui lui paraissait passer le plus à côté de son match était Tonio. Pour être précis, il trouvait qu’il ne faisait pas assez d’efforts sur les replis défensifs. Son manque de condition était une évidence et la clope en était en partie la raison.
Il profita que la balle sorte des limites du terrain pour manifester à l’arbitre son envie de coaching. Celui-ci leva aussitôt après le bras et arrêta son chronomètre.
Tonio parut surpris de devoir sortir alors même qu’un corner était sur le point d’être tiré pour son équipe. Ses camarades ne semblaient pas d’accord non plus avec leur coach, et pour cause, le jeu de tête du rital était plutôt bon. À leurs yeux, ce choix avait tout d’une erreur de casting. Mais, c’était celui du boss et il fallait donc l’accepter.
Pablo remonta ses chaussettes jusqu’aux genoux, se tapa une claque sur chaque joue et pénétra l’aire de jeu. Puis, il alla se placer à petites foulées à l’intérieur de la surface de réparation.
Tout cela sous un concert d’encouragements. Parmi ceux-là, on pouvait entendre distinctement une grosse voix qui disait : allez, vas-y mettre ton coup de casque, mon gros !
Pablo sembla trop concentré pour y faire attention. Une seconde plus tard, il faisait signe à Guilherme d’un geste de l’index qui signifiait qu’il voulait recevoir la gonfle au niveau du front.
La chance que cela arrive n’était pas grande, pour ne pas dire quasi nulle. Le petit gaucher allait sûrement viser Miguel qui faisait une tête de plus que tout le monde. C’était d’ailleurs sa cible la plus fréquente lorsqu’il y avait un coup de pied arrêté.
L’arbitre fit signe de jouer. Puis, le bien nommé Guilherme prit son élan et fit décoller le ballon. Celui-ci survola quelques têtes avant de retomber comme par magie sur Pablo. Pas tout à fait sur le front, mais presque. En pleine poire comme qui dirait. Dans le pif pour être précis.
Le petit numéro 12 eut une telle volonté à rentrer dans la balle qu’il perdit l’équilibre et se retrouva les quatre fers en l’air aussitôt après.
Il s’agissait de la première occasion de but digne de ce nom et, aussi incroyable cela soit-il, elle fit mouche.
Au final, le gardien de but avait été pris à contre-pied. La trajectoire du coup de tête fut si improbable qu’il n’esquissa même pas le moindre geste.
Le sort d’une partie tient parfois à peu de choses quand on y pense. Pablo devait mettre en moyenne un but tous les six mois et il fallait que cela tombe aujourd’hui. Lors du premier match du Mundialito, le tournoi de jeunes le plus important de l’année.
Au moment de voir la balle faire trembler les filets, Andrés leva les bras au ciel et fit ensuite un énorme bond. Et puis, il se tourna vers la foule et hurla de toutes ses forces : C’EST MON FILS !
C’était peut-être la première fois de sa vie qu’il ressentait de la fierté pour son aîné et il aurait voulu le faire savoir à cet instant à la terre entière.
Pablo laissa quant à lui exploser sa joie en courant dans tous les sens en mimant l’avion. Ses potes à ses basques. Mis à part Tom et Manolo qui suivaient ça de loin, le sourire en coin :
— Dis-moi mec, est-ce que ce que je viens de voir est bien réel ? demanda Tom tout en se frottant les yeux.
— Je crois bien que oui frérot, répliqua Manolo entre deux taffes de joint.
— Pense à me rappeler d’aller brûler un cierge dans la première église que je croise alors.
— Pas de soucis, je viendrai en brûler un avec toi. Parce que là, ça dépasse carrément les lois de la physique, cette histoire !
— On va gagner notre premier match grâce à porcinet. Putain, les miracles existent, bordel !
Les deux amis échangèrent un regard complice et se laissèrent ensuite aller à un bon vieux fou rire qui faisait plaisir à voir.
Il ne fallut finalement qu’un seul but à la foule pour qu’elle se manifeste comme un seul homme. Les tambours répondaient aux trompettes, donnant à l’ambiance un air de fête qui semblait résonner jusqu’aux confins de l’univers. Il faut dire aussi qu’on ne voyait pas tous les jours une reprise de volée du nez.
Pour l’équipe des Caminheros, il ne restait désormais plus qu’à rester solidaire et à défendre comme des chiens. Et c’est ce qu’ils firent.
Tom sortit de ce match sans avoir concédé la moindre occasion. C’était de bon augure pour la suite. Sa défense était aussi solide que du béton. Miguel, juste devant lui, en patron, comme à son habitude.
Les joueurs allèrent serrer la main de l’arbitre les uns après les autres et rejoignirent ensuite leur coach.
L’image christique brodée sur sa casquette n’était finalement peut-être pas un hasard. Faire rentrer Pablo sur ce corner avait pour ainsi dire tout d’une inspiration divine. La probabilité pour qu’il marque n’étant pas loin du zéro.
Andrés les regarda s’avancer, un grand sourire aux lèvres. Et puis, il s’écria : BRAVO LES GARS, BON MATCH !
Les enfants savaient que ce n’était pas vrai. Ils avaient mal joué et ne pouvaient que s’améliorer (mis à part Pablo qui utilisa à la perfection son seul ballon du match).
— Super, ce but de la tête mon grand, embraya Andrés à l’égard de son buteur providentiel.
— Merci Pa’, lui répondit-il en retour d’une voix fatiguée.
— C’est plutôt un but du nez si je peux me permettre, ironisa Tonio qui avait toujours du mal à l’idée de s’être fait remplacer.
— Peu importe, il vaut trois points tout pareil, dit Sebastião tout en enlaçant Pablo de toutes ses forces.
C’était la première fois qu’il manifestait une humeur aussi amicale à son encontre. En temps normal, c’était tout juste s’il lui adressait la parole. Mais, sans qu’il ne sache l’expliquer, il éprouvait tout à coup pour lui un amour inconditionnel.
Rafa n’en revenait pas lui non plus. Ce but était sans doute un des plus laids qu’il ait vu de toute sa vie, mais il était si important que cela lui conférait une certaine forme de beauté. Comme avait dit Seb, il offrait les points de la victoire et c’était bien là le principal.
Passé l’euphorie de la victoire, Rafael ne put s’empêcher de se refaire le match dans sa tête. Il était pour le moins frustré de sa prestation. Sevré de ballons, les rares qu’il eût dans les pieds, il ne sut pas quoi en faire. Ses dribles furent pour la plupart ratés et ses passes manquèrent dans l’ensemble de précision. Et pire encore, il ne tenta aucune frappe au but. Cela ne lui ressemblait pas. Non, tellement pas.
L’excuse n’était pas le niveau de l’équipe adverse, mais plutôt la pression de l’évènement. C’était comme si le stress avait littéralement fait disparaître son talent en l’espace d’un claquement de doigts.
Andrés prit assez vite conscience de son état et tenta de le rassurer :
— Cela arrive de passer à côté de son match, fiston, il ne faut pas t’en faire !
— Je crois que je n’ai jamais aussi mal joué de ma vie, papa. Désolé…
— Tu vas te rattraper au prochain match, j’en suis sûr !
— J’espère, oui. Je ne pourrais pas être plus nul de toute façon, c’est impossible.
— T’inquiète, tu pourras toujours compter sur ton grand frère, lui glissa à l’oreille Pablo, l’air goguenard.
À ces mots, Rafael le défia du regard et constata que du sang s’était mis à couler de son nez.
— Fais déjà en sorte de ne pas te vider de ton sang, lâcha-t-il avec un petit sourire en coin.
En guise de réponse, Pablo se passa un doigt sous le nez et fit une moue horrifiée au moment de le voir tout rouge.
Le prochain match n’allait pas avoir lieu avant une bonne heure. Et, il fallait à présent décompresser, s’étirer, boire et regarder jouer les autres équipes. En priorité, celles qui faisaient partie du même groupe, naturellement.
— Criez pas victoire trop vite, tas de moules ! Le plus dur reste à venir, fanfaronna Manolo, une bière dans une main, un joint dans l’autre.
En matière de préparateur mental, le gars se posait-là, pas de doute.
Une fois qu’il eut dit ça, tout le monde se marra de bon cœur. À part Miguel qui se contenta de sourire. Il faut dire aussi que pour décrocher un rire à ce gars-là, il fallait se lever de bonne heure.
Sa bonne humeur était toujours très contenue. Un peu comme si celle-ci avait été chez lui une sorte de perte de temps. Il était rare d’entendre le son de sa voix, mais à chaque fois, l’effet était le même : on se taisait et on l’écoutait.
En d’autres termes, c’était le patron de l’équipe. Un roc faisant preuve sur le terrain comme en dehors d’une sérénité à même de rendre jaloux un moine Shaolin.
Sur le terrain B, les deux autres équipes du groupe étaient sur le point de se livrer bataille. Il s’agissait du Beira Pica-Pau, une équipe d’une petite favela au nord de Rio et de la Cidade de Deus, un pur produit made in Rocinha, comptant parmi les favoris de la compétition. Dans ses rangs, il y avait Felipe Carlos, un petit génie déjà pisté par tout un tas de clubs.
Ce gamin était l’un des rares de son âge qui savait transformer le jeu en un spectacle époustouflant. Un leader technique vers qui les autres se tournent quand les solutions deviennent invisibles. Un capitaine qui maintient le navire à flot contre vents et marées.
Avec un ballon dans les pieds, on aurait dit une sorte de magicien capable de vous transformer par un simple mouvement de bassin n’importe quelle action moisie en action du siècle.
Il demandait le ballon au gardien, voulait jouer avec celui qui menait la balle, cherchait à marquer, voulait faire les touches, tirer les corners. Il était le centre de tout. Tout passait par lui…
Miguel allait avoir fort à faire avec un tel énergumène dans les pattes. Mais bon, le gars ne se laissait pas impressionner comme ça. Des bons joueurs, il en avait vu d’autres.
Rafa eut l’occasion de jouer contre lui quelques fois sur le terrain de poussière de la Rocinha et, à chaque fois, l’effet avait été le même : il l’impressionnait.
Son équipe avait fière allure.
Rafael connaissait de vue le gardien et l’attaquant de pointe. Ils étaient tous les deux de bons joueurs. Le premier avait un physique de déménageur et une taille suffisante pour pouvoir toucher sa barre transversale sans sauter.
Pour ce qui était de leur numéro 9, on pouvait difficilement faire mieux en matière de vitesse de pointe. Petit et trapu, il était doué d’une conduite de balle exceptionnelle.
Il s’agissait d’un gars plutôt sympa, mais qui ne parlait pas beaucoup. Par contre, lorsqu’il connaissait les gens autour de lui, la timidité du premier abord s’évaporait pour laisser place à un caractère solaire, à une personnalité forte et parfois très enthousiaste. Comme cette fois où, âgé de six ans, il avait aperçu un ami de son père revenir de la supérette avec ce que le garnement pensait être une brique de jus de raisin. Il s’est servi un grand verre, en a bu une grande partie puis a commencé à saouler mon père en lui répétant que le jus était bizarre, avait raconté sa frangine. Normal, c’était du vin !
L’équipe de Beira Pica-Pau ne paraissait pas avoir les armes pour leur résister. Tous les joueurs étaient petits et maigres comme des clous. Leur gardien de but avait de grosses lunettes qui lui donnaient des airs de petit génie. Sauf que là, il n’était pas dans une bibliothèque et qu’il risquait de se faire allumer de toute part.
Dans l’équipe des Caminheros, les pronostics allaient bon train.
— Ça sent la branlée ça ; les filles, dit Tonio, l’air sûr de lui.
— Ouais, ils n’ont aucune chance. Felipe a l’air motivé comme jamais, c’est mort pour eux, répliqua Pablo, un mouchoir en papier gorgé de sang enfoncé dans l’une de ses narines.
— C’est une équipe de clients, y a pas de doutes, lança Rafael entre deux étirements.
Dix minutes plus tard, le verdict tombait et il était sans appel.
Les garçons avaient assisté à une véritable boucherie. Un massacre dans les règles de l’art : un bon vieux 7 à 0 qui ne laissa place à aucune forme de suspens. Et, sans forcer, Felipe avait mis son petit triplé.
Le deuxième match des Caminheros était dans une vingtaine de minutes. Contre les Beira Pica-Pau. Sur ce qu’ils venaient de voir, les garçons partaient confiants. Andrés aussi. Mais il essayait de ne pas trop le montrer, car il savait qu’un excès de confiance pourrait nuire à son équipe.
En matière de sport, le respect de l’adversaire, c’est la base. N’importe quel champion vous le dirait.
Il était maintenant près de dix heures et la chaleur commençait à devenir suffocante.
Andrés avait convié Manolo d’aller chercher de l’eau pour l’équipe. Sauf qu’à la place, il était revenu du bar avec des bières plein les bras.
Au moment de s’en apercevoir, Andrés devint rouge de colère et s’écria :
— Non, mais t’es sérieux là, mon grand ? Je t’avais demandé de l’eau, pas des bières.
— Une petite binouze n’a jamais tué personne, m’sieur. Avec ça, on va les déstresser d’un coup vos loustics. Faites-moi confiance !
— Rafael vient tout juste d’avoir dix ans. Je ne suis pas sûr que cela soit un âge pour boire ce genre de chose mon jeune ami !
— Moi j’en veux bien une par contre, m’sieur, parce que je vais bientôt avoir quinze ans, dit Tonio d’une voix pleine d’entrain.
— Toi, tu fais ce que tu veux mon petit bonhomme. Mais ne t’étonne pas si tu commences le prochain match sur le banc alors !
Le petit Rital sembla pris de court par la réponse de son coach et se ravisa sur le champ. Il avait d’ailleurs menti puisqu’il venait tout juste d’avoir treize ans.
Pour ce deuxième match, la composition d’équipe d’Andrés était la même.
Pablo sembla déçu de ne pas être titulaire, mais ne le manifesta pas verbalement. Le rôle de joker de luxe avait après tout quelque chose de plaisant.
Sur le papier, cet adversaire ne faisait pas le poids.
La victoire était la seule issue possible. Dans le cas contraire, cela n’était même pas la peine d’envisager aller plus loin dans ce tournoi.
Autour du terrain, le public était plus épars. C’était à croire que ce match comptait pour du beurre.
L’arbitre, un homme chauve dont la tête ressemblait à une noix scintillante, fit soudain signe aux deux capitaines de le rejoindre au niveau du rond central. Et puis, il lâcha d’une façon on ne peut plus sérieuse : bon, vous y allez tranquilles les gars parce que vous ne gagnerez pas le tournoi de toute façon !
Non, mais il se prenait pour qui celui-là ? Certes, les Beira Pica-Pau ne seraient sans doute pas loin de finir dans les dernières places, mais ce n’était pas le cas des Caminheros.
L’équipe de la Rocinha avait des armes à faire valoir, il fallait être soit aveugle soit ne rien connaître au football pour ne pas le voir.
Sans aucun suspens, les buts se mirent littéralement à pleuvoir.
Leur défenseur central était toujours mal placé, se faisait des croche-pieds tout seul très régulièrement et se cassait la gueule tout le temps. Et pire, il ne remontait jamais et couvrait toujours les hors-jeu. Ce n’était pas vraiment un défenseur, juste un attaquant de plus pour les Caminheros. Du sabotage, tout simplement.
Et leur goal, c’était pire encore. On avait ici affaire à une grosse passoire, tout simplement. Il suffisait de bien placer un tant soit peu sa frappe pour marquer, c’était aussi simple que ça.
Ses coéquipiers lui hurlaient dessus, mais le seul effet que cela avait chez lui était d’être encore plus nul lors de l’action qui suivait. Mais ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes, car on ne mettait pas quelqu’un qui avait un strabisme divergeant dans les cages.
Le gars voyait double, à n’en pas douter. Deux ballons, ce qui n’est pas réglementaire. Et deux stades, ce qui est encore plus intimidant, pour sûr.
Pablo rentra en jeu à une minute de la fin du match en lieu et place de Sebastião. Il y avait alors 5 à 0. Rafa était à deux pions. Guilherme, Seb et Tonio à un. Tout allait bien dans le meilleur des mondes.
Le premier ballon qu’il toucha résuma à lui seul la technicité du bonhomme : alors qu’il se retrouva seul au point de penalty, avec aucun pressing adverse à même de le gêner, il envoya la boule haut et fort au-dessus du but. Dans les gradins pour être précis.
Un geste technique que n’aurait pas renié un demi d’ouverture de rugby. Cela déclencha bien sûr tout un tas de rires dans le public.
Puis, à peine une minute plus tard. Tonio s’écroula dans la surface de réparation.
Le contact semblait trop léger pour que l’arbitre lui accorde un penalty. Car, dans cette histoire, le vent semblait le seul coupable.
Et pourtant, l’énervé du sifflet estima en son âme et conscience qu’il y avait une faute. Mais, on pouvait lui faire confiance étant donné qu’il était situé à ce moment-là au moins à dix mètres de l’action.
Les contestations adverses ne changèrent rien au verdict du petit homme chauve. Il y a faute alors fermez-là les mioches, semblait-il penser tout en indiquant la marque de craie blanche.
Tonio avait l’art de simuler la douleur comme personne. Son visage laissait transparaître une souffrance insoutenable et il criait comme si on lui avait arraché un membre. Une légende de l’arnaque, tout simplement.
— Non, mais quelle Diva ce mec sérieux, glissa Rafael à l’oreille de son frère peu de temps après le coup de sifflet.
— Tu m’étonnes. Carton jaune pour le vent, ironisa du tac au tac Pablo.
Et puis, Rafael comprit soudain la raison pour laquelle le rital avait autant de mal à se relever : il attendait que les infirmières rappliquent.