0,49 €
Dans "Croquis parisiens", Joris-Karl Huysmans dépeint avec un réalisme saisissant les atmosphères variées de la vie parisienne à la fin du XIXe siècle. À travers une série de tableaux descriptifs, Huysmans explore les lieux emblématiques, les moeurs et les habitants de la capitale française, tout en utilisant un style impressionniste qui allie précision et sensibilité. Ce texte, qui s'inscrit dans le mouvement naturaliste, offre un aperçu profond de l'urbanité émergente, marquée par l'industrialisation et le modernisme. La plume de Huysmans se distingue par sa capacité à capter l'essence d'un moment fugace, tout en exposant une critique sociale sous-jacente qui alerte sur la superficialité de la vie moderne. Joris-Karl Huysmans, écrivain français né en 1848, a connu une carrière littéraire marquée par son évolution esthétique. Initialement influencé par le mouvement naturaliste, il s'est ensuite orienté vers le symbolisme et un style plus introspectif, surtout après sa conversion au catholicisme. Cette pluralité de tendances reflète son intérêt pour la beauté, le vice et la spiritualité, éléments que l'on retrouve dans ses observations détaillées de Paris. Son expérience personnelle, qu'elle soit liée à sa vie sociale ou à ses réflexions philosophiques, imprègne ses écrits et leur confère une profondeur manifeste. Recommandé pour les amateurs de littérature qui souhaitent plonger dans un Paris vibrant de détails et de sens, "Croquis parisiens" s'avère être un indispensable témoignage d'une époque. La prose de Huysmans, à la fois lyrique et réaliste, séduit le lecteur et lui permet d'appréhender la complexité des transformations sociétales qui façonnent la capitale. Ce livre constitue une exploration enrichissante pour quiconque s'intéresse à l'interaction entre l'art et la société, tout en offrant un éclairage unique sur la psyché parisienne de la fin du XIXe siècle.
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Veröffentlichungsjahr: 2022
Quand après avoir subi les cris de marchands de programmes et les invites de négociants s’offrant à vous cirer les bottes, l’on a franchi le comptoir où, parmi des Messieurs assis, un jeune homme debout, à moustaches rousses, porteur d’une jambe de bois et d’un ruban rouge, prend les cartes, assisté d’un huissier a chaîne, la scène du théâtre vous apparaît coupée au milieu du rideau par la masse plafonnante du balcon. L’on voit le bas de la toile, ses deux yeux grillés et devant elle le fer à cheval de l’orchestre plein de têtes, un champ inégal et remuant où sur la lueur monotone des crânes et le glacé des cheveux pommadés d’hommes, les chapeaux de femmes rayonnent avec leurs plumes et leurs fleurs partant de tous les côtés, en gerbes.
Un grand brouhaha s’élève de la foule qui se tasse. Une vapeur chaude enveloppe la salle, mélangée d’exhalaisons de toute sorte, saturée d’une âcre poussière de tapis et de sièges qu’on bat. L’odeur du cigare et de la femme s’accentue; les gaz brûlent plus lourds, répercutés par des glaces qui se les renvoient d’un bout du théâtre à l’autre; c’est à peine si la circulation devient possible, à peine si l’on peut apercevoir au travers de la haie touffue des corps, un acrobate qui se livre en cadence sur la scène à des exercices de voltige sur la barre fixe.
Un moment, dans le créneau formé par deux bouts d’épaules et par deux têtes, on l’entrevoit, courbé en deux, les pieds arcboutés et les mains cramponnées au bois, accélérant son mouvement de rotation, tournant furieusement sans forme humaine, crachant des étincelles comme ces soleils d’artifice qui virevoltent, en pétillant, dans une pluie d’or; puis, peu à peu, la musique qui se roule avec lui ralentit sa volute et, peu à peu aussi, la forme du clown reparaît, le rose du maillot tranche sur l’or qui, moins vivement secoué, fulgure par places seulement, tandis que, remis sur ses pieds, l’homme salue des deux mains la foule.
A LUDOVIC DE FRANCMESNIL.
Alors qu’on monte à la galerie supérieure de la salle, escaladant au milieu de femmes dont les traînes bruissent, en serpentant sur les marches, un escalier où la vue d’une statue de plâtre, tenant en main des becs à gaz, rappelle immédiatement l’entrée d’une maison suspecte, la musique s’engouffre à votre suite, affaiblie d’abord, puis éclatante et plus nette qu’autre part au tournant de la cage. Une bouffée d’air chaud vous saute au visage et là, sur le palier, on voit le spectacle contraire, la vision complétée du bas, le rideau tombant du haut de la scène, coupé au milieu par le rebord rouge des loges découvertes, tournant en demi-lunes autour du balcon, suspendu à quelques pieds sous elles.