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"Lambeaux d’Ukraine", troisième opus de la saga "La vie s’écoule…", vous invite à suivre des personnages aussi intenses que bouleversants, dont les destins s’entrelacent entre Bordeaux, les vignes de Martillac, Kiev, Kherson, et Genève. Dans un récit où drames et joies s’entremêlent, les missions de Raphaël, chirurgien de la face, servent de fil rouge à une exploration profonde de l’apparence, de l’être et du paraître. À travers une plume à la fois sensible et percutante, l’auteur questionne notre rapport à l’image et au sens de l’identité, tout en peignant des paysages et des émotions qui vous transporteront.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Diplômé en neurosciences et en psychologie clinique,
Christophe Henry, docteur en médecine, a longtemps travaillé comme chirurgien de la face et du cou. Après un accident, il s’est orienté vers l’ostéopathie équine, une discipline qu’il a également enseignée. Actif dans une association caritative, il se consacre désormais à l’écriture, partageant son regard sur les complexités de la psychologie humaine à travers essais et romans.
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Seitenzahl: 184
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Christophe Henry
La vie s’écoule…
Lambeaux d’Ukraine
Roman
© Lys Bleu Éditions – Christophe Henry
ISBN : 979-10-422-5503-9
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À Suzanne et à tous ceux que j’aime…
L’apparence prend toujours le dessus sur le réel, le masque sur le masqué. On montre pour cacher, mais on montre surtout pour montrer…
Jean-Pierre Martel,
Les Œuvres complètes de Marguerite T. de Bané
Et n’oubliez pas, chacun des personnages est un cri que j’ai au fond de moi…
La vie s’écoule… – Passage
Un grand merci à Anne Marie et Cécile, mes deux relectrices préférées. Comme d’habitude, j’ai écouté leurs remarques, leurs critiques positives et négatives, aussi nombreuses que pertinentes comme : « Ne mets pas les remerciements dans le prologue… », je les écoute et parfois je n’en fais qu’à ma tête.
Merci à Mye pour la correction des fautes. Elle, je lui obéis, c’est ma mère…
Merci Aurélie de mettre son art au service de l’illustration de cet ouvrage…
Je pense que vous allez retrouver avec joie Chloé, ses parents Alexandra et Pierre, Mathilde et Gaston, les personnages que vous avez découverts dans le tome précédent de Lavie s’écoule… – Passage. Les nouveaux protagonistes de ce roman étaient impatients que je vous parle d’eux, Raphaël, aussi beau qu’il est poilu, la belle Olena, Volodymyr, le mien et l’autre Volodymyr, celui que tout le monde connaît. Il y a aussi Pascal, le roi de la logistique, Béatrice, la grande dame, Thomas et Hélène, ses enfants, Alexis, son pauvre mari, Docteure Izia M’Baye, une grande professionnelle, Ronan, Linda et leur collègue, celui qui passe inaperçu et dont j’ai oublié le nom. Vous allez tous les aimer, je crois, sauf peut-être le chien de Claire, celui qui n’a qu’un seul trou du cul. Je certifie par ailleurs qu’aucun animal n’a été maltraité au cours et au décours de l’écriture de ce roman, au contraire, Emile, comme Gaston, a eu son lait chaque matin, deux fois, comme d’habitude.
Les personnages vont vous emmener en voyage à Bordeaux, dans les vignes de Martillac, à Kiev, Kherson, et même à Genève, je n’y peux rien, ce sont eux qu’ils l’ont décidé.
Comme dans le précédent roman, l’intelligence artificielle n’a pas été utilisée, elle n’est pas encore assez performante et elle manque, contrairement à l’auteur, de douce folie. Il faudra attendre quelques années encore pour qu’elle puisse remplacer les écrivains. Il me tarde presque. Je pourrai peut-être dormir la nuit, passer plus de temps avec ma femme, ma famille, mes amis, mes chevaux, enfin lire, ne plus penser, et regarder encore plus de séries débiles.
Bien entendu, mes tribulations professionnelles dans le milieu médical de la chirurgie maxillo-faciale m’ont beaucoup inspiré, apportant, j’espère, une touche réaliste aux histoires presque totalement imaginées que vous allez découvrir dans ces pages. En écrivant, j’ai beaucoup pensé à tous ces patients que j’ai connus, tous ces traumatisés de la face, ceux qui ont subi des accidents, ceux, touchés par le cancer, que l’on tente de reconstruire pour leur donner une vie acceptable. J’ai pensé aussi à leurs familles, leurs espoirs et leurs souffrances. J’espère pouvoir transmettre à travers cet ouvrage tout le respect que j’ai pour eux.
Enfin, je tiens à vous avertir que j’ai volontairement limité les scènes à connotations érotiques ou sexuelles. Je sais, vous allez me dire que vous êtes déçu(e), que c’est moins vendeur, mais le thème de ce roman est plutôt une réflexion sur l’apparence, l’être ou le paraître. Si la littérature érotique vous manque, je vous enjoins à vous rendre dans votre librairie préférée, votre libraire, professionnel dévoué, se fera un plaisir de vous conseiller.
Un dernier conseil, n’hésitez pas à abandonner ce roman si vous avez faim ou soif, ou si on vous appelle pour une raison qui vous paraîtra sur le coup futile. Ce sera dur, mais dites-vous bien que vous aurez un plaisir immense à en reprendre la lecture.
Bienvenue dans La vie s’écoule… – Lambeaux d’Ukraine.
Il est cinq heures, Bordeaux s’éveille et je n’ai plus sommeil. C’est le jour des poubelles jaunes et j’entends le bip du camion qui recule dans l’impasse. Il est encore trop tôt pour que je me lève. Je me retourne vers elle. Elle est enfouie sous la couette, comme une chrysalide dans son cocon. Dans quelques heures, elle se sera métamorphosée en un splendide papillon qui va éclairer ma journée. Je ne vois que ses cheveux noirs qui dépassent, je devine son corps lové dans ses courbes. Elle échappe à ma vue, mais je sens sa présence et son parfum qui m’emplit d’une joie sereine et de désir. Je m’approche d’elle juste assez pour la respirer. Je ne vais pas l’importuner avec ma mâle insistance, je me résigne à la contempler et je m’octroie encore quelques minutes avant de me lever, c’est ma grasse matinée, je laisse flotter mes pensées dans ce temps propice à la rêverie, entre sommeil et éveil. J’entends au loin une moto qui vrombit, un fêtard attardé qui sera en retard ce matin au travail et qui sans vergogne sonne le lever pour tout le quartier. Ce bruit sourd me ramène immédiatement à l’été de mes vingt ans quand je roulais à moto avec mes potes Thierry et Stan sur la route mythique 66. Un road trip américain de rêve pour nous trois, jeunes privilégiés, chevauchant nos Harley de location, cap à l’ouest, sûrs de notre avenir avec notre concours de médecine en poche, insouciants et avides de liberté, de bières, de steaks géants et de musique country. Un souvenir extrêmement fort, à y penser, j’ai encore les images dans les yeux, les grands espaces, les rires des filles amusées par notre accent français et le goût de la poussière dans la bouche. Je fais vraiment un effort démesuré pour ne pas la réveiller et lui proposer mon désir et, pour éviter de rester comme ma Harley sur sa béquille avec ses deux sacoches pleines, je me lève et je me lave de la nuit sous la douche. C’est jour de bloc et il faut que j’y sois à 8 heures, une lubie imposée par les anesthésistes qui ne commencent à endormir l’enfant que lorsque le chirurgien sénior est en salle. Une réglementation de plus, sans intérêts, car ce n’est pas moi s’ils ont un problème qui va pouvoir les aider, cela me laissera le temps de prendre un café. Je crois que j’ai deux enfants le matin, deux premiers temps de fentes labiales et après un pansement sous anesthésie, un gars qui a eu la très mauvaise idée de se tirer un coup de fusil dans la face et d’être encore vivant.
Il me regarde derrière la vitre et je dois lui obéir. J’entrouvre la fenêtre pour le laisser entrer. Lorsque Chloé est venue habiter chez moi, elle n’est pas venue seule, mais avec le chat. Un gros rouquin qui me considère à la fois comme son rival et son esclave. Je dois obtempérer à tous ses désirs et, à cette heure, il vient réclamer son dû, le lait du matin, mieux, la crème entière du matin et il attend devant sa gamelle. J’obéis, je n’ai pas le choix, il paraît que c’est une tradition familiale, les chats roux s’appellent tous Gaston dans la famille et ils raffolent de la crème du matin, à cause de sa grand-mère, une histoire obscure que je n’ai pas tout à fait comprise, bref, j’aime Chloé malgré son seul défaut, son roux à quatre pattes. J’attrape une banane et un kiwi et je file vers ma journée, le chat me raccompagne jusqu’à la limite de son royaume et je sais qu’il va me regarder m’éloigner, perché sur le pilier du portail, avec un petit air hautain, voire dédaigneux. Dans la rue, je me retournerai, je plisserai les yeux pour dire à Gaston 1e, perfide, que je vais revenir et qu’à nouveau, c’est dans mes bras, que sa patronne ronronnera ce soir.
Juste derrière le portail, je découvre ma voisine, sur laquelle je bute littéralement. C’est Claire Latour Martillac, une charmante femme, très BCBG, bordelaise avec son collier de perles à deux rangs, deux enfants obligent. Elle est psychiatre, assez connue par ses livres et son expérience de prise en charge des radicalisés en milieu carcéral. Elle et son mari sont des amis de mes parents et c’est grâce à eux que j’ai pu acheter ma maison, mitoyenne de la leur, une échoppe bordelaise typique avec un vrai jardin clos derrière et aussi devant, à pied de l’hôpital, un bien difficile à trouver dans un marché immobilier tendu, une vraie chance pour moi. Elle tient dans sa main gauche un sac ramasse-crotte et dans sa main droite une laisse rouge au bout de laquelle une créature immonde et baveuse renifle les angles du trottoir. À chaque fois que je vois ce chien, je me dis que Dieu a eu tort de laisser l’homme bricoler l’évolution. La génétique du loup s’est perdue dans les milliers de croisements forcés, contre nature, qui ont abouti à ce monstre. Devant, une gueule de baudroie qui coule en longs filets gluants, il ne respire pas, mais il ronfle comme un insuffisant respiratoire qui a la Covid et derrière, des pattes arquées, un moignon de queue à peine esquissé au-dessus d’un anus cyclopéen et deux roubignoles poilues et saillantes. À croire, quand on le voit, que la beauté de la nature a disparu de la création, je me dis que laisser vivre une telle dérive pathologique confine à la maltraitance animale.
Un petit signe de la main et je lui tourne les talons pour reprendre ma route, laissant la miss avec ses interrogations, en compagnie de son amas de babines visqueuses, son trou du cul et sa paire de couilles.
J’accélère le pas en mangeant ma banane, accompagné en descendant le long de Charles Perrens par les trilles d’un merle siffleur, perdu dans la canopée des marronniers à fleurs. À cette heure encore matinale, je ne peux pas couper par la fac, car la grille est encore fermée et je dois longer la maternité pour atteindre l’entrée principale du Tripode. Je franchis la grille et je salue ce vieux Francis dans sa guitoune qui me sourit de tous ces chicots, je le soupçonne de préparer déjà sa pause de 8 heures avec rillettes et petit blanc. Sacré Francis. Une vie entière dans sa cahute à sourire aux passants, par tous les temps, par toutes les humeurs. Je lève les yeux vers un hélicoptère en approche qui emplit le ciel de son bourdon, il va se poser sur le toit du Tripode pour déverser son urgence vitale, à cette heure ce sera sûrement le polytraumatisé d’un accident sur l’autoroute des landes, un pendu décroché trop tôt ou le motard de tout à l’heure qui s’est démembré sur une glissière de sécurité. Le colis en vrac va arriver au déchocage, au premier sous-sol. C’est le service d’urgence pour ceux qui ont déjà entrouvert la porte vers l’au-delà. Dans un ballet de gestes précis et rapides, dans le brouhaha des bips électroniques et des alarmes, sous la lumière blafarde des néons et des scialytiques, la vie et la mort jouent à cache-cache. Je connais par cœur l’effervescence de ceux qui vont le recevoir, j’ai longtemps été l’interne puis le chef de clinique de chirurgie thoracique des urgences avec à l’époque des gardes continues de 48 heures, une vie intense, hors normes, perfusée par l’adrénaline du stress et shooté à la caféine. Je garde un souvenir ému de cette période de ma vie, j’en garde aussi les images terribles, ces corps martyrisés ou broyés, ces enfants morts, ces blessés que l’on aurait presque pu sauver et qui pourtant s’en vont et nous font passer de médecins et chirurgiens demi-dieux sauveurs de l’humanité en détresse au statut de simples humains faillibles et impuissants.
Après cette période, j’ai changé. D’abord, j’ai arrêté la moto pour avoir vu trop de corps mutilés, action de raison qui a au moins rassuré ma mère et je me suis tourné vers la chirurgie maxillo-faciale, après un petit tour en ORL et en chirurgie plastique. J’aurais pu faire une carrière hospitalière et universitaire, les portes étaient ouvertes, mais je ne suis pas du tout intéressé par l’enseignement et j’ai choisi, au grand dam de mon père, d’être praticien hospitalier. J’ai en charge la reconstruction des fentes labio-palatines et les reconstructions complexes des délabrements de la face. Il y a de quoi faire. J’ai aussi un petit secteur privé pour que le salaire soit décent et payer les traites de la maison, de la Volvo et autres folies de la vie. Dans cette activité privée, je fais de la chirurgie des tumeurs de la face, c’est facile et bien payé. J’ai mes potes dermato qui m’adressent les patients avec lesquels ils ne veulent pas s’embêter avec une chirurgie trop complexe pour eux. Dans mon contrat d’activité hospitalière, j’ai aussi négocié de pouvoir prendre des congés sans soldes, ce qui me laisse du temps pour faire ce que j’aime par-dessus tout, les missions à Chirurgien du Monde. Je suis parti déjà à de nombreuses reprises, souvent pour des missions de 15 jours, en Afrique de l’Ouest, en Inde du Sud, mais aussi dans les zones de conflits, jamais sur le front, mais en retrait, dans des structures adaptées. J’apporte ce que je sais pour réparer les erreurs de la génétique qui fend les lèvres ou la folie des hommes, les gueules cassées.
Je passe la tête par la porte de la salle 16, dans le bloc tête et cou. Ils sont quatre penchés sur un petit bout chou à la lèvre fendue qui braille. Je lance un : « Salut les jeunes ! » C’est mon pote Thierry qui est aux manettes de l’anesthésie, ça va, la journée sera bonne.
Je le vois sourire sous son masque.
Je vais à la salle de pause, pour le café. Je sais aussi que je vais retrouver d’autres chirurgiens dans les starting-blocks, pressés de commencer leur journée pour être à 14 heures au golf, ou des anesthésistes déjà en pause. J’écoute distraitement leurs discussions qui sont toujours les mêmes et ne m’intéressent pas : vacances au soleil, grosses voitures, c’était mieux avant, il faut mettre les feignants au travail, les nouveaux internes qui ne connaissent rien…
Je m’assois dans un coin et je fais défiler mes mails de la nuit sur mon téléphone en sirotant mon expresso. Pascal, mon référent à Chirurgien du Monde, demande que je le rappelle pour une nouvelle mission à Kiev. Je lui envoie un SMS : « Hello, visio 18 h ce soir ? »
« Salut. OK pour moi, je t’envoie le lien. À+. »
Depuis plusieurs jours, ce sont les nausées qui me réveillent. Pas besoin d’avoir fait de longues études pour savoir que quand tu es contente d’avoir les seins qui gonflent, une fringale de lionne en permanence et tes règles qui n’arrivent pas, eh bien ma fille, tu es enceinte. J’ai fait le test hier matin quand Raph a été parti et je n’ai pas été étonnée de voir les deux petits traits bleus danser de joie devant mes yeux. Je n’ai encore rien dit à personne. Pas à Raphaël, je ne sais pas comment lui dire et j’ai peur de sa réaction. Pas à ma mère, je lui dirai quand je serai sûre, car elle a la discrétion d’une pie jacasse, dès que je lui aurai avoué, le lendemain, la moitié de l’Aquitaine va m’appeler : « Alors, comment ça va ? J’ai appris la bonne nouvelle… » Je l’ai juste dit à Gaston, mais il n’a pas bronché, tout aussi impassible, peut-être un peu plus câlin et je devine, dans son for intérieur déjà un peu inquiet de la concurrence. Je vais appeler Solenn et Anne Marie et je sais déjà qu’elles seront excitées comme des puces et ce qu’elles vont dire : « Tu es folle, tu aurais dû faire attention, tu ne connais pas Raph depuis assez longtemps, comment tu vas faire pour ton boulot ? » Moi-même, je n’ai pas su comment réagir. Sur le coup, je suis à peu près passée par tous les stades, les vraies montagnes russes de l’émotion avec la stupeur de l’incroyable nouvelle, l’angoisse d’un tsunami annoncé dans ma vie, la joie folle de recevoir ce cadeau, la peur d’en être responsable et de ne pas être capable. Maintenant, 48 heures après, c’est différent et c’est beaucoup plus simple. Je me sens envahie à la fois par une joie immense et par une force qui me porte. J’ai l’impression d’avoir balayé tout le négatif et d’être sereine. À aucun moment, l’idée de me débarrasser de cet enfant ne m’a effleurée. Je me sens bien, je veux cet enfant. Je veux le garder. Je ne fais qu’un avec lui. Je m’en occuperai seule si Raphaël ne veut plus de nous.