Judith Winchester et les gorges de l'oubli - Julie Michaud - E-Book

Judith Winchester et les gorges de l'oubli E-Book

Julie Michaud

0,0

Beschreibung

Judith est dans le coma, laissant ses compagnons seuls face aux Ténèbres.

Depuis leur affrontement avec les forces obscures, Cédric reste au chevet de Judith dans l'espoir qu’elle sorte du coma. Les jours se succèdent sans que l’adolescent ressente la présence de son double, et la bande de la Trinite poursuit seule sa mission contre les Ténèbres.
Un quotidien infernal jusqu’à l’arrivée d’une mystérieuse jeune fille, accompagnée d’un air de déjà-vu. La même voix, les mêmes yeux, le même intérêt pour les légendes de l’île… et si cette inconnue était liée à leur amie ?
De nouvelles forces rentrent en jeu, tandis qu’un compte à rebours mortel s’enclenche. Pour sauver Judith, Cédric et les autres vont devoir participer à un jeu dont ils ne maîtrisent pas les règles ; un jeu qui pourrait causer la perte de l’élue du feu. Mais que faire si elle-même ne souhaite pas être secourue ?

Découvrez sans plus attendre le troisième tome des aventures de Judith dans une saga fantastique et accompagnez ses amis dans la lutte face aux Ténèbres !

EXTRAIT

Le vent marin sur mes cheveux bruns me rassure. Je compte bien prouver à Mathias que je suis capable de ruiner ses plans. Mais secrètement j’espère pouvoir me venger. Je vais lui faire payer ce qu’il a fait subir à Judith. Les coups de fouet, les coups de poing, les lacérations au couteau, les brûlures à l’acide ainsi que la torture morale et magique.
J’inspire un grand coup, quand la navette se stoppe à l’embarcadère de Wanouk.
Je prends comme à mon habitude le petit ponton et marche en direction de l’hôtel Alpinia.
L’allée de palmiers et de pavés clairs qui mène à ce magnifique bâtiment de bois est si majestueuse qu’elle donne un avant-goût de vacances.
Des touristes sortent du perron et descendent les trois marches. Je les dépasse et les salue brièvement. Je rentre dans le hall et passe devant le comptoir où je fais un signe à Simon en lui souriant. Il est au téléphone mais me montre du doigt la terrasse pour me faire comprendre qu’ils sont tous assis à m’attendre. C’est inutile, je les ai déjà entendus et sentis mais par politesse et par amitié, je le remercie.
Quand je passe la baie vitrée, je regarde brièvement le paysage splendide qui est devenu une habitude. La terrasse de bois, les tables drapées de nappes colorées et tout ça devant une plage et des flots d’un bleu limpide surplombés de gigantesques palmiers.
Assis à la table, les quatre derniers élus et Tom sont en pleine discussion devant un cocktail.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Née en 1991 dans une famille de pépiniéristes, Julie Michaud est bercée depuis sa plus tendre enfance dans la nature et les plantes. Passionnée par la magie et la littérature de l’imaginaire, elle-même fleuriste, elle a su combiner ses intérêts pour donner naissance à la saga de Judith Winchester, dont les premiers tomes ont connu un véritable succès.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 643

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Judith Winchester

et les gorges de l’oubli

Julie Michaud

La vie n’est pas un long fleuve tranquille mais j’ai toujours été sous ta protection et ton amour pour comprendre qu’après chaque tempête on voit toujours de belles éclaircies, il suffit juste d’avoir le courage et la patience d’affronter le mauvais temps et pour ça j’ai eu un bon exemple. Merci Papa.

Prologue

Ma famille m’a toujours appris que la nature est le cœur de toute chose. On m’a demandé de la considérer comme une sœur, comme un foyer, comme un être à part entière qui peut décider de me mettre dehors si je ne la respectepas.

Je me suis fié aux enseignements de mon père et de ma tendre mère dès mon plus jeune âge. C’est ainsi que je suis devenu qui jesuis.

Mon identité s’est forgée à partir des enseignements que l’on m’a inculqués et surtout des choix que j’ai faits. Ça n’a pas toujours été les bons, certains ont été douloureux et lourds de conséquences, mais ces choix ont fait de moi l’être que je suis devenu. Enfin du moins le jeune homme de 17 ans qui vivait sur Wanouk il y a plusieurs milliers d’années avait des valeurs et savait le chemin qu’il emprunterait tout au long de sa vie, du moins les grandes lignes.

Bon ok ! Je suis d’accord que le fait de mourir et d’être envoyé dans les corps d’individus qui vivent plusieurs siècles après mon ère est un fait auquel je n’avais pas pensé, ni imaginé. Ça a un peu bousillé mes plans de carrière et modifié ma vision des choses.

J’ai été éduqué avec des principes et des bases dès ma plus tendre enfance, tout comme mes trois autres frères. Et pourtant chacun a pris une personnalité différente.

Pour ma part j’étais hyperactif, je n’ai jamais aimé rester sans rien faire et j’avais besoin d’action. J’aimais partir à la chasse, à la découverte de nouveaux endroits qu’aucun de nous n’avait vus, ou encore aider à la bonne tenue de nos habitations mais j’adorais rendre service aux indigènes des îles voisines. Ma mère disait souvent que j’avais le cœur le plus gros de ses quatre enfants mais que je savais le dissimuler. C’est vrai que j’adorais rendre service même si les populations voisines n’avaient pas les mêmes techniques, la même minutie ou le même développement, il était agréable de voir que le service amenait à la joie, à la reconnaissance et au bonheur de gens simples.

Ventil, lui, aimait les balades et les endroits élevés où le vent soufflait et où il pouvait voir le paysage. Tout comme moi il aimait explorer les îles voisines mais plutôt pour cartographier les environs. Quand il se retrouvait au village, c’était plutôt pour inventer des techniques de forage, de construction et même de récolte ou d’agriculture. Il aimait les nouveautés et l’échec le rendaitfou.

Pour Claronx, c’était encore différent, l’océan était sa nouvelle maison. La pêche était son point fort et il a permis de trouver des grottes sous-marines et lieux de tranquillité fantastiques. En cas de tempête la crique sur laquelle nous vivions était protégée des vagues. Il a permis à différents villages de trouver de l’eau pure pour s’abreuver et irriguer les cultures.

Sombro, lui, était plutôt quelqu’un de discret mais qui aimait tout comme moi rendre visite aux tribus. Il les aidait la plupart du temps pour les travaux basiques. Il avait la discussion facile et les gens aimaient sa présence. À cette époque, personne ne se doutait qu’un destin bien sombre l’attendait. J’ignore s’il était déjà contaminé par les ténèbres et manipulait son monde ou si c’est advenu lors des dernières années de savie.

Quoi qu’il en soit, nous avons tous eu une bonne éducation comme tout être humain et c’était de bonnes bases.

Père nous a appris la justice et la droiture sans jamais nous forcer à aller contre nos envies.

J’adorais aller à la chasse avec lui...

La forêt est intense et forte à cet endroit de l’île. Je le sais car mère nous a interdit d’y aller seuls sous peine de nous perdre, mais plus les leçons de chasse passent, plus père nous emmène dans les profondeurs de la forêt.

Nous tuons peu de gibiers, mais quand une bête est blessée ou que mère nature nous donne la possibilité de réguler le flux de lapins ou de fauves qui attaquent les villages, nous en profitons pour manger un mets de choix.

Je ne suis pas encore assez grand pour partir seul chasser.

Père laisse à peine Sombro, qui approche de ses quinze printemps, partir seul aux abords des clairières, mais quand nous partons en groupe, il lui laisse l’honneur de détecter la piste et de mener le groupe afin de voir l’investissement et la progression de son aîné.

Je suis pressé de prendre cette place mais tout comme Ventil et Claronx, du haut de nos 10 ans, nous n’avons pas encore la confiance optimale de mon père.

Sombro devant moi est aux aguets et observe avec discrétion au-dessus d’une grosse souche pour repérer nos proies.

On la suit depuis presque six heures et mes pieds me font mal.

–Regardez mes fils ! chuchote père pour attirer notre attention.

Claronx, Ventil et moi nous penchons au-dessus de son épaule pour observer les traces de sang sur le feuillage et le branchage d’un arbuste.

–Savez-vous pourquoi Sombro sait que l’on est sur la bonne piste ?

–À cause du sang ! dit Claronx.

–Et ?

Nous restons tous trois silencieux et Ventil se lance :

–Le sang s’accumule et les mares se rapprochent.

–Et qu’est-ce que ça signifie ?

–Que la proie s’épuise et qu’elle agonise, dis-je.

–Bien Chanax ! me félicite mon père. Nous n’avons pas blessé cette proie mais il est certain qu’un autre prédateur l’a fait alors qu’est-ce que ça signifie ?

–Que l’on va manger ! dis-je joyeux.

Mon père fronce les sourcils et reprend :

–Ne te réjouis pas de la mort d’un être pur, mon fils. Il ne faut pas prendre ce qui ne t’appartient pas et surtout ne prive pas un être de son droit de vie si elle n’a aucun but final. Si tu n’es pas responsable de la plaie de cet animal mais que nous sommes sur sa piste crois-tu que nous serons les seuls à vouloir manger ce soir ?

Mince ! Je n’ai pas le temps de répondre que mon frère Ventil reprend :

–Le prédateur est sans doute tapi dans l’ombre tout comme nous.

–C’est exact mon fils alors soyons prudents.

Sombro se hisse sur la souche tel un fauve silencieux et se laisse glisser avec délicatesse sur l’humus et les mousses gorgés d’humidité. Nous restons tous trois en retrait et je me hisse sur la pointe des pieds pour observer à mon tour les lieux. Les gros troncs d’arbres forment une coupole de feuillages intense et empêchent les rayons du soleil de passer sur les bas-fonds. La visibilité est donc délicate mais nos yeux s’y habituent.

La biche est allongée au sol en train de perdre sa précieuse vie. Elle a été mordue sur un flanc et à la gorge par un carnivore qui de toute évidence a été perturbé et n’a pas fini sa boucherie.

Le souffle de l’animal est fébrile et la voir souffrir ainsi me fend le cœur. Cette pauvre bête n’a rien demandé et mon frère va l’achever.

–Sa vie se terminera quoi que nous fassions, votre frère va juste mettre fin à ses souffrances, chuchote père à ma gauche.

Mais un autre mouvement attire mon attention. Un mouvement très fluide, à peine perceptible aussi discret que celui de Sombro qui sort déjà son couteau de chasse de sa ceinture.

Mais c’est là que j’aperçois la fourrure aussi grise que la luminosité des lieux se faufiler sous les palmes des fougères arborescentes. Ce loup est énorme et tout comme nous il est sûrement affamé.

Sombro lui tourne le dos et sa concentration sur la biche l’aveugle. Il ne sera jamais assez rapide et il est déjà trop tard pour le prévenir. Père sera sans doute capable de sauver mon grand frère mais il y laissera la vie. Aucun d’eux n’a mes capacités magiques. Les loups sont des créatures agiles, futées et très têtues, c’est une leçon de père que je n’ai pas oubliée.

Je ne réfléchis pas plus longtemps. Je n’ai que peu de temps et la panique à l’idée de perdre l’un des miens dicte mes choix.

Je me hisse sur mes bras et saute au-dessus de la souche sans faire attention au bruit comme l’a fait mon frère.

–CHANAX ! hurle mon père sous la colère sans comprendre ce que je fais.

Sombro se retourne à son tour mais je lui saute dessus avec tout l’élan des quelques mètres que je viens de courir.

–NON ! SOMBRO ! hurlé-je.

La surprise de mon frère est énorme et il n’a pas le temps de réagir, ni de comprendre car je le pousse au sol violemment. Il tombe en arrière au moment où le loup bondit sur nous. Je me retourne en un bond et envoie instinctivement une énorme boule de feu qui percute l’animal en plein sur le flanc.

Son cri de rage est énorme mais il se stoppe aussi subitement qu’un claquement de doigts. Son corps s’effondre devant moi et la dépouille du monstre qui voulait manger mon grand frère tombe sans vie dans un bruit sourd.

Mon souffle comme mon rythme cardiaque s’intensifient et atteignentt un apogée que je ne connais pas. C’est la première fois que je tue. L’adrénaline inonde mes veines douloureusement. Je suis figé par la panique et la peur qui est toujours à son point culminant. Ma main est toujours tendue en avant.

L’animal est couché sur le flanc, la langue pend de sa gueule et le sang coule sur les mousses en leur donnant une couleur que je n’aime pas du tout.

Mes oreilles sifflent et j’ai l’impression d’être dans une bulle. Je n’ai jamais eu à subir une telle pression.

On me saisit par les bras et le visage de mon père se place devant moi. Ses yeux marron me fixent intensément mais j’ignore s’il est en colère ou non. Il me secoue avidement et Sombro se place à ses côtés et m’observe de la même façon. Il me faut plusieurs minutes pour sortir de ma torpeur et entendre les premiers mots de mon père.

–Chanax ! C’est bon c’est fini.

Il m’attrape la main qui est toujours tendue droit devant moi et me la serre avec douceur. Je baisse les yeux sur ses doigts calleux mais si rassurants et je ne peux retenir mes sanglots.

–Pardon père ! Je suis désolé !

–Tu aurais pu te faire tuer ! Qu’est-ce qui t’a pris ?

–J’ai eu peur pour Sombro, j’ai cru qu’il…

–Tu aurais dû me le dire !

–C’était trop tard et il risquait de te tuer toi aussi.

–Tu es trop jeune pour prendre de telles décisions mon fils !

Je reste silencieux quelques secondes, lève enfin les yeux vers mon père, prends mon courage à deux mains et me lance :

–Je suis désolé père. Je sais que vous nous avez dit que chaque vie est précieuse et qu’il ne faut pas tuer mais je refuse de voir un des miens perdre la vie. Je sais que c’est mal mais je… je…

–Chanax calme-toi ! Tu as sauvé ton frère ! Tu as bien agi.

–Mais vous venez de dire qu’il ne faut pas se réjouir de la mort d’un être.

–Mais ne la pleure pas non plus quand elle sert une cause plus grande.

Je reste silencieux. J’ai cru qu’il serait furieux mais c’est tout le contraire il est fier. Il a juste eu peur de me perdre comme j’ai eu peur pour eux.

Je me jette dans ses bras et il me serre avec douceur contre lui. J’aperçois le loup devant moi et sa dépouille me glace le sang.

Sombro s’accroupit, me bouchant ainsi la vue et il me regarde les yeux tendres et pleins de reconnaissance.

–Si tu n’avais pas tué cette bête Chanax c’est moi qui serais à sa place. Ne le regarde pas lui mais regarde-moi ! Regarde-nous !

Il passe sa main dans mes cheveux et essuie les larmes qui coulent sur mes joues avant de m’embrasser sur le front et de dire :

–Merci petit frère.

Je me souviens de ce jour !

J’ai fait le choix ce jour-là de sauver mon grand frère. C’était un instinct pour moi et je ne me voyais pas vivre autrement. Ce choix a amené des faits et des actes. Si à l’époque j’avais su que sept ans plus tard je serais amené à combattre mon frère et qu’il nous tuerait, j’aurais peut-être réagi autrement... quoique peut-êtrepas !

Ma famille m’a appris à rester droite et à suivre mon instinct. Ce sont les valeurs que l’on m’a inculquées. Et tuer mon frère ne fait pas partie de ces valeurs. À cette époque il n’avait rien du monstre qu’il est devenu aujourd’hui.

Mais j’ai remarqué une chose au fur et à mesure des années, c’est que les choix que l’on fait sont souvent des conséquences suite à des choix faits par d’autres personnes.

Et le problème est bien là, c’est que non seulement on n’a aucune main sur les conséquences de nos choix mais le vrai problème est quand on subit les conséquences des choix des autres.

On a aucune mainmise sur son destin et il est souvent mené et tissé en accord avec d’autres destins.

Je suis relié à mes frères, que ce soit Claronx, Ventil ou même Sombro, nos destins se croiseront et se côtoieront toujours. Nous sommes reliés. Tout comme Judith est reliée à moi, aux élus et à Cédric. Ses propres choix auront des conséquences à répétition comme le mien en a eu cette journée-là.

Mais ce que je n’avais pas prévu, et qu’aucun de nous n’aurait pu envisager, c’est qu’on fasse un choix de vie pour elle. Un choix radical dicté par un être plus puissant que moi, sur lequel aucun de nous n’a son mot à dire ni de libre arbitre.

Chapitre 1Les 15% de chance

Je fixe l’horizon. Devant moi des collines s’élèvent, certaines couvertes d’immeubles et de maisons et celles plus lointaines sont recouvertes d’un épais manteau de verdure. Mes sens parviennent à dépasser les bruits de klaxon, de moteur, des tambours des machines à laver et même de divers bruits de cuisson. J’arrive à quitter les paroles sincères et les mensonges prononcés avec tant de conviction.

Je pars loin de ce stress, de cette peur présente dans tous les ménages, loin des pleurs et des tracas de la vie quotidienne. Je m’envole loin de cette ignorance, loin de ces hommes qui ne savent comment vivre heureux. Loin de ceux qui courent tous les jours après le bonheur alors qu’ils le détruisent. En bref tout bruit de vie sociale pour n’entendre que le bruit du vent dans les feuilles mais aussi des oiseaux et des brindilles froissées par de petits animaux. À des kilomètres derrière tout ça, les vagues fracassent le sable avec élégance. Une douce odeur marine me chatouille les narines, rien à voir avec l’odeur artificielle qui règne dans cette pièce.

Je pars retrouver ma mère... la mère des Hommes, et pourtant l’humanité s’acharne à la faire souffrir sans s’en rendre compte. Je pars retrouver le milieu dans lequel un élu de Wanouk est le plus à sonaise.

Ça va faire deux mois, deux mois que je viens tous les week-ends sans exception dans cette chambre. Et quand je peux, je passe aussi le soir, après les cours. Mais rien ne semble changer.

Derrière moi la porte s’ouvre et Jenny rentre dans la pièce.

C’est une femme d’une trentaine d’années, rousse, la peau parsemée de taches de rousseur. Elle est vêtue de son habituelle blouse blanche. Son regard caramel se tourne versmoi.

–Encore et toujours ici Cédric !

–Salut Jenny.

Elle se dirige près de l’unique lit présent dans la pièce. Elle vérifie les constantes de la personne allongée dessus en jetant un regard au moniteur puis accroche une nouvelle poche de liquide à la perfusion. Je me rapproche du lit et plonge mon regard sur ce beau visage qui y est allongé. Elle ne bouge pas depuis des semaines, inconsciente et branchée de tous côtés.

–Comment va-t-elle aujourd’hui ?

–Il n’y a malheureusement pas de changement. Elle est stable mais toujours aucun signe qui pourrait indiquer qu’elle puisse sortir ducoma.

Je hoche la tête et la femme continue :

–Je ne comprends pas… tu n’es pas son petit ami mais c’est toi que je vois le plus, hormis son oncle.

–C’est une amie très proche. Elle compte beaucoup pour moi. Et lors de son enlèvement j’étais présent et je n’ai rien pu faire…

–Tu te sens responsable, c’est cela ?

–D’une certaine manière…Oui !

–Tu as tort, nous ne sommes pas responsables de ce qui arrive aux autres…

–Mais l’on est responsable de ne rien faire !

Jenny me dévisage et me demande :

–Tu comptes passer ta journée ici ?

–Euh en tout cas une bonne partie, pourquoi ?

–Tu devrais aller te changer les idées. Si jamais il y a quoi que ce soit, je vous préviendrai à l’hôtel. Mais tu sais très bien qu’il est quasiment impossible qu’elle se réveille.

Je m’assieds dans le fauteuil près du lit et prends la main de monamie.

–Le mot impossible ne fait pas partie du vocabulaire de Judith Winchester.

Jenny lève les yeux au ciel en souriant avant de lancer :

–Bien, je repasserai tout à l’heure !

Ça fait plus de deux mois qu’on m’a annoncé qu’elle n’a qu’à peine 15 % de chance de sortir du coma. Tout a été si vite. Les grandes vacances approchent.

Ça fait presque un an qu’elle est arrivée avec son petit frère sur mon île, après le décès brutal de ses parents. Ça fait déjà un an qu’elle est rentrée dans ma vie et je n’ai aucune envie qu’elle n’en fasse plus partie.

Jenny a raison je me sens coupable de l’avoir laissée en proie à Mathias Sinach, cette ordure de descendant sombre. J’aurais dû être là pour la protéger.

Mes actes l’ont conduite ici.

Je m’en souviens comme si c’étaithier.

Je revois la déflagration qu’elle a lancée pour combattre une dernière fois les ténèbres. La perte d’énergie qui s’en est suivie a arrêté son cœur.

Perfide a raison, la prophétie de Glamtorux parle de Judith et elle n’est pas terminée donc il faut lui donner l’occasion d’y mettre un terme. J’ai donc ravivé avec l’aide de mon maître le cœur de mon double. Mais elle était sérieusement blessée.

–Il faut qu’on trouve une solution pour la ramener sur Wanouk… mais comment expliquer son état ? demande Clarisse.

C’est Margaux qui en a eu l’idée :

–Elle a besoin de soins… il faut qu’on la découvre dans un lieu où la version que nous avons donnée à l’inspecteur soit plausible...

–Pourquoi ne pas la garder ici, dis-je, jusqu’à ce qu’elle aille mieux ?

–Parce que je ne pourrai rien faire de plus, lance Perfide, elle est trop grièvement blessée. Les soins dont elle a besoin doivent lui être fournis par des personnes qualifiées. Ici son état ne peut qu’empirer ou du moins rester stable mais quand elle sera de retour sur la terre ferme les choses vont se dérouler très vite. La protection de Natoum étant stoppée, elle devra être découverte rapidement. Mais si nous voulons qu’elle survive, nous n’avons pas le choix!

Je me souviens de la panique qui m’a submergé. Risquer la vie de mon amie de nouveau et surtout en l’abandonnant dans une ruelle désaffectée ne m’a pas réjoui. Tom était de mon avis et sa colère n’a pourtant rien changé.

J’ai fini par prendre Judith dans mes bras. Un poids plume après ces mois de torture auprès de cet enfoiré de Mathias. Je me rappelle avoir eu pendant des semaines le désir de la serrer contre moi. Mais là son odeur et sa douceur m’ont paralysé pendant quelques instants. Sa tête a basculé sur mon épaule et je sentais son souffle à peine perceptible sur mon cou.

La nature nous a déposés dans un petit parc public où nous avons trouvé une ruelle parallèle sombre. Nous l’avons déposée au sol parmi des cartons et des sacs-poubelles. Je lui ai caressé la joue une dernière fois en sentant mon cœur s’étaler en mille morceaux à ses côtés.

Nous sommes restés à proximité, postés sur le toit, invisibles aux yeux de tout le monde. En quelques secondes seulement, un homme d’une cinquantaine d’années s’y est engouffré et l’a aussitôt découverte.

–À l’aide ! Appelez les secours !

Trois autres personnes ont couru dans sa direction et l’une d’entre elles a sorti un portable. La scène a très vite attiré la plupart des personnes présentes dans les environs.

–Allez, je vous ramène sur Wanouk, murmure Perfide, avant que l’on vous prévienne. N’oubliez pas, vous devez avoir l’air surpris. Quant à moi, je vais la surveiller envol.

Et c’est ainsi qu’il s’est transformé en colibri et que la nature nous a de nouveau aspirés et nous nous sommes retrouvés dans la forêt aux abords de l’hôtel. Nous avons attendu tout l’après-midi avant de recevoir un coup de fil de l’inspecteur Salvez. Ça a été des heures interminables où j’ai tenté d’expliquer à Peter que j’avais retrouvé Judith mais qu’il ne fallait pas en parler. Que pour tout le monde sa sœur avait été retrouvée par des inconnus en pleine rue. Mais Peter n’a prononcé aucune parole. Pourtant ses yeux se sont illuminés quand il a compris qu’il pourrait bientôt revoir Judith. Quand enfin le téléphone a sonné, j’ai attrapé le garçon dans mes bras et nous avons dévalé tous les deux les escaliers.

Quand on est arrivés à l’hôpital de la capitale, nous avons été accueillis par l’inspecteur Salvez qui nous a expliqué ce que nous savions déjà. Mais pour être certains que notre mensonge prenne, on a tout écouté avec attention. On a dû attendre presque trois heures que l’un des médecins sorte avec sa blouse et son masque pour venir nous expliquer la situation.

–Je suis son oncle ! lance Tom. Et voici son petit frère et sesamis…

–Bonjour, je suis le docteur Blanchard. Votre nièce a été amenée ici dans un état très critique. Elle a subi plusieurs sévices et certains gravissimes. Il est impossible de savoir depuis combien de temps elle est inconsciente mais vu la quantité de sang qu’elle a perdue elle a de la chance d’être en vie. Elle avait une très grave hémorragie interne et sincèrement je n’ai jamais vu personne survivre à ce stade-là. Cependant nous avons opéré votre amie et l’opération s’est bien passée. Il lui faudra sans aucun doute d’autres opérations mais nous pouvons dire que c’est assez encourageant.

Tom souffle et s’effondre au sol, ébranlé, mais je comprends en fixant le médecin que celui-ci n’a pas terminé. Alors faisant un pas en avant et l’obligeant à me regarder, je demande :

–Mais ?

–Comme je l’ai dit, elle est gravement blessée et si elle réussit à passer les prochaines 24 heures alors peut-être qu’elle aura une chance de survivre mais même dans ce cas, elle restera sans doute dans lecoma.

–Et pour combien de temps ? demande Margaux.

Dans les yeux du médecin, j’ai déjà ma réponse.

–Il est fort probable qu’elle n’en sorte jamais. Je suis navré !

Tom est assis au sol et deux infirmières sont à ses côtés mais de toute évidence, il ne les entend pas. De grosses larmes coulent sur son visage et Peter est blotti dans mon cou dans le même état.

–Mais elle a bien des chances de s’en tirer quand même ? demande Jimi. Ça correspond à quoi ? 30,40% ?

–Non je dirais plutôt que 15% est le maximum que je puisse donner. Je suis navré, comme je vous ai dit, l’opération a été un succès et c’est encourageant mais vous devez vous préparer à ne plus la revoir.

Le médecin me pose une main amicale sur l’épaule :

–Vous pourrez la voir dans une petite heure, en soins intensifs, le temps de la préparer. Elle sera sous assistance respiratoire.

Il nous a laissés et quand enfin nous avons pu la voir, ce ne fut que par petits groupes.

Tom, Peter et moi avons pénétré dans sa chambre les premiers. Allongée sur un lit, branchée de tous côtés, un moniteur indiquant les battements de son cœur pas forcément réguliers, elle était inconsciente et pâle. La tête et plusieurs parties de son corps recouvertes de bandages, elle semblait paisible. Peter s’est rapproché de sa sœur toujours aussi silencieux et s’est hissé sur le lit pour se blottir à côté d’elle. J’ai dissimulé ma douleur comme je pouvais.

Les jours suivants se sont enchaînés à l’identique. Dans sa chambre rien ne change. Bien que j’ai emmené quelques photos, tout comme mes amis, pour améliorer la pièce ainsi que quelques objets. Tom a déposé la photo de ses parents sur la petite table de chevet et j’ai accroché aux murs des dizaines de clichés de nous mais j’en garde un pour moi, celui que j’ai pris dans sa chambre où je la serre dans mes bras sur la Trinite.

Mes amis eux se sont concentrés sur la recherche du livre de Glamtorux. Il faut se dépêcher de le retrouver car si jamais Mathias réussit à le déchiffrer, il fera alors renaître Sombro. Et tout sera terminé.

Je ne peux pas laisser faireça !

Mais pour l’instant je n’ai aucune idée de l’endroit où Judith a pu le mettre. L’a-t-elle réellement donné à Mathias ? Dans ce cas où l’a-t-il mis ? Au manoir ?

Je lui caresse la main, sa peau est froide. Malgré sa couleur blême, ses cernes, ses cheveux qui ont perdu de leur luminosité et les tuyaux qui la relient de tous côtés, je la trouve magnifique. Mon cœur est toujours relié à elle quoi que je veuille. Et j’ai décidé que le jour où elle reprend connaissance je le lui dis. Je lui dis ce que je ressens pour elle. Je veux sortir de ce cauchemar et vivre tout le reste de ma vie en la tenant dans mes bras.

Je me concentre et mentalement luidis :

« J’espère que tu m’entends Djoud’, on a besoin de toi ! Il faut encore te battre… tu en es capable ! » 

Chapitre 2Visions incompréhensibles

Le vent marin sur mes cheveux bruns me rassure. Je compte bien prouver à Mathias que je suis capable de ruiner ses plans. Mais secrètement j’espère pouvoir me venger. Je vais lui faire payer ce qu’il a fait subir à Judith. Les coups de fouet, les coups de poing, les lacérations au couteau, les brûlures à l’acide ainsi que la torture morale et magique.

J’inspire un grand coup, quand la navette se stoppe à l’embarcadère de Wanouk.

Je prends comme à mon habitude le petit ponton et marche en direction de l’hôtel Alpinia.

L’allée de palmiers et de pavés clairs qui mène à ce magnifique bâtiment de bois est si majestueuse qu’elle donne un avant-goût de vacances.

Des touristes sortent du perron et descendent les trois marches. Je les dépasse et les salue brièvement. Je rentre dans le hall et passe devant le comptoir où je fais un signe à Simon en lui souriant. Il est au téléphone mais me montre du doigt la terrasse pour me faire comprendre qu’ils sont tous assis à m’attendre. C’est inutile, je les ai déjà entendus et sentis mais par politesse et par amitié, je le remercie.

Quand je passe la baie vitrée, je regarde brièvement le paysage splendide qui est devenu une habitude. La terrasse de bois, les tables drapées de nappes colorées et tout ça devant une plage et des flots d’un bleu limpide surplombés de gigantesques palmiers.

Assis à la table, les quatre derniers élus et Tom sont en pleine discussion devant un cocktail.

Margaux me fait un signe de la tête et je m’avance pour les rejoindre.

–Salut !

Des salutations fusent et je demande :

–Bon alors c’est quoi ce plan ?

–On a réfléchi et on s’est dit que la seule personne qui savait où était Glamtorux c’est Judith, me dit Margaux.

–Ouah, lancé-je, ça je l’ignorais…

–Hé laisse-la t’expliquer jusqu’au bout avant d’être désagréable.

« Merde c’est vrai, il faut que je me contrôle. »

–Je suis désolé… je… je t’écoute!

–Bon, continue Margaux avec son habituel regard de compréhension, qui me fait comprendre que mon manque de tact est déjà pardonné. La solution que nous cherchons est dans les souvenirs de Judith et malheureusement elle est dans le coma. Le seul moyen de le savoir est de rentrer dans satête…

–Tu veux que j’utilise la clairvoyance sur Judith ?

–Oui ou peut-être utiliser le système que notre maître avait utilisé pour nous montrer ses souvenirs. Le transfert !

–Je doute que ce soit possible car si vous vous rappelez Perfide a dû demander ses souvenirs à Judith.

–Alors on peut toujours tenter la clairvoyance, lanceJimi.

–Pour y voir quoi ? La clairvoyance est utile pour regarder au travers des yeux mais au temps présent… poursuivis-je. Or là, elle est dans le coma et d’après toi, je vais voir quoi ? Du noir ?

–Qui sait ce qui se passe dans la tête des gens quand tu es dans le coma ? reprend Clarisse. Elle rêve peut-être et qui sait on ne connaît pas l’étendue de nos pouvoirs. On en découvre tous les jours sur l’ampleur de la magie alors tu vas peut-être découvrir quelque chose ?

–Elle a raison, lance Jimi, tu devrais tenter de lui parler mentalement en essayant la clairvoyance.

Je trouve l’idée complètement stupide et inutile. C’est du délire. Mais Chanax lui, a un avis totalement différent.

«  Judith dirait qu’il faut garder confiance en toi ! Je pense qu’ils n’ont pas forcément tort. Il faut essayer… »

–J’ai une question ! Pourquoi est-ce que vous n’avez pas essayé vous ? Après tout, nous avons découvert que je ne suis pas le seul à pouvoir utiliser la clairvoyance avec Judith ! Même si je suis son double on sait désormais que tous les élus peuvent se connecter.

–Peut-être, continue Margaux, mais là ce sera plus difficile et tu es son double, pour toi ce sera plus facile et de plus elle a confiance entoi…

–Comme en nous tous ! rétorqué-je.

–Oui peut-être mais votre lien est plus fort tous les deux. C’est pour ça que tu es la personne qui a le plus de chance de réussir. Si tu t’en donnes la peine.

Je les fixe un à un et devant leurs regards insistants, je finis par dire :

–Ok ! Je vais tenter l’expérience.

Même si je suis persuadé que ça ne fonctionnera pas, je me sens obligé de le faire pour mes amis et pour Judith.

Je me lève de table et me dirige vers la plage devant moi. Je fais seulement quelques pas avant d’entendre un bruit sourd et constant qui grésille. Mes sens sont en éveil et j’ai juste besoin de tourner la tête pour comprendre d’où ce son provient. À quelques mètres de moi, assis sur le sable les yeux rivés sur celui-ci, Pet’ tient un bâton devant lui qui lui sert de crayon imaginaire. Il est seul et isolé comme à son habitude, occupé à écrire sur le sable.

Je me dirige vers lui et il lève brièvement les yeux vers moi. Un faible sourire apparaît sur son petit visage doux et il replonge de nouveau dans ses pensées. J’ai connu l’étincelle de joie et de malice dans les yeux de Peter mais aujourd’hui ça fait bien longtemps que je ne la vois plus.

Je m’assieds derrière lui et l’entoure de tout mon corps. Peter fait tomber son bâton et se laisse aller contre moi. Il ferme les yeux et pose sa tête sur mon torse. Les battements de son cœur que je distingue nettement grâce à mon ouïe semblent ralentir et sa respiration suit le même mouvement.

Je baisse les yeux vers le sable et observe rapidement les dessins de Pet’. Ma surprise est de taille quand j’y vois trois lignes parallèles et légèrement recourbées. C’est exactement la marque de Judith ! Sa marque d’élue, la cicatrice que Chanax a laissée sur sa peau.

Alors pourquoi Peter a dessiné cette marque ? Simple coïncidence ou sait-il quelque chose ?

Le garçon finit par rejoindre Tom qui lui propose de se baigner. L’idée me réchauffe le cœur, il est agréable et essentiel pour lui de passer du temps avec son oncle. Je suis convaincu que seul Tom peut donner à Peter l’envie de parler de nouveau.

Je les abandonne pour retourner sur ma plage. Arrivé devant ma petite crique, je me hisse sur le palier de bois où les marques de brûlure sont toujours présentes. Mais les marches commencent de nouveau à prendre forme. Car après la destruction de mon palier par Hugo, il m’a fallu du temps pour reconstruire la balustrade. Mais ce sont mes amis qui m’en ont donné la force, d’après Jimi il faut reconstruire pour oublier le passé. Et garder ce cabanon dans cet état ne me permettait pas d’avancer sans Judith. Alors Jim’ et Adrien se sont lancés dans la construction de trois superbes marches de bois. Et ça m’a permis de me détendre et de rire comme jamais avec mes deux amis. Malheureusement elles ne sont pas assez solides pour encore supporter mon poids. Il faut encore pas mal de planches et de boulot.

Je me hisse donc à l’intérieur et dépose mon sac sur ma chaise. Je jette un coup d’œil à mon reflet sur le miroir de la commode. J’ai une mine détestable. Mes cheveux bruns ont poussé et me tombent de plus en plus sur le front comme pour former un bandeau qui me dissimulera bientôt les yeux. La gueule qui me fixe avec arrogance n’a plus rien du mec fier et sûr de ses actes qui trônait dans cette pièce il y a quelques mois. On dirait que je n’ai pas dormi depuis des jours. Et à y réfléchir, je n’ai aucune idée de la dernière fois où j’ai fermé les yeux. Peu importe de toute façon mon sommeil est trop agité alors autant rester éveillé.

Mes yeux sont attirés par la photo glissée entre le bois et la glace. Je la fixe un bon moment. Pourtant je la connais sous tous les angles. Je m’y trouve avec mon amie avec un grand sourire.

« Pourquoi j’en ai pas d’autres des comme ça ? »

Judith porte le haut de son maillot de bain et a enfilé son jean, elle voulait se rhabiller après la baignade que nous avions eue mais j’étais entièrement trempé et je m’étais jeté sur elle. Le cliché a saisi l’instant où je la serre dans mes bras. Son dos collé contre mon torse, elle ne pouvait pas se dégager.

J’effleure la photo du bout des doigts avant de sortir à l’extérieur.

Je m’installe au bord de l’eau et me mets en position de méditation. Je ferme lesyeux.

« Allez c’est parti ! »

Comme à mon habitude je me mémorise le visage de mon amie, un souvenir heureux que j’ai d’elle.

Je chasse l’idée qu’elle est inconsciente de ma tête et retrouve dans ma mémoire le doux sourire de mon amie. Ses yeux si beaux et si tendres pleins d’amour mais quand on sait bien y regarder on peut y voir la tristesse, la solitude, le courage et le devoir de prendre soin de Peter, tout cela lui bloquant sa vie d’ado et la responsabilisant parfois un peu trop.

Je laisse mon esprit vagabonder parmi toutes ces images, jusqu’à ce que je trouve le moment où j’ai rejoint Judith dans la chambre de Hugo. Je revis la scène, les paroles de mon double résonnent à mes oreilles :

« Je ne veux plus avoir à te prouver quoi que ce soit… »

Et puis notre baiser. Un court mais tendre baiser. J’inspire et insiste sur cette image. La douceur de ses lèvres, son odeur, sa tendresse, le goût de son souffle dans ma bouche, la douce sensation de ses cheveux entre mes doigts.

Je suis incapable de dire combien de temps je suis resté ainsi mais ce dont je suis certain c’est qu’il me faut plusieurs heures avant de sentir la sensation habituelle qui me tire en avant. Je n’y crois absolument pas. Je suis parti défaitiste et au moment où je m’apprête à abandonner, persuadé que ça ne marchera pas, j’entends une voix comme lointaine me murmurer aux oreilles :

« Crois en toi… crois en tes compétences Céd’… je sais de quoi tu es capable… »

La voix de Judith disparaît comme elle est apparue. C’est sûrement mon imagination. Pourtant, cette réflexion me force à prendre confiance en moi et c’est à ce moment-là que la sensation apparaît.

J’en suis tout d’abord surpris mais ne lâche pas ma concentration pour autant. La vision ne me surprend pas réellement au départ, car je ne vois rien, tout est noir. Puis je sens un froid intense et une impression incroyable d’abandon. Je me sens seul et isolé. Pourquoi je suis seul ? Je suis où ?

Mes sentiments se mélangent et je ne comprends pas pourquoi. La vision s’éclaircit mais tout est pourtant brouillé.

Je vois devant moi d’immenses falaises de roche et j’entends des flots. La force des courants provoque un bruit sourd et impressionnant. Les eaux dégagent une brume fraîche qui me donne des frissons. C’est de là que vient ce froid ! Le soleil se lève tout juste mais les rayons ne parviennent pas encore à passer au-dessus des immenses falaises. Autour de moi, je sens et entends le bruit du vent dans les branches d’arbres qui doivent être très nombreuses même si je ne parviens pas à les apercevoir.

Contrairement aux nombreuses fois où j’ai pratiqué ce procédé, je peux voir et sentir une grande différence. Tout d’abord la sensation est troublante. J’ai l’impression de ne pas savoir à partir de quelle personne je vois ces images. Je ne peux pas certifier qu’il s’agit de Judith ! Et puis après tout elle est dans le coma alors pourquoi verrait-elle ce genre de paysage ?

Peut-être rêve-t-elle ? Mais ordinairement la clairvoyance ne permet pas de voir les rêves pour ça il faut utiliser la technique du transfert et seul Perfide est capable de la mettre en pratique. Il l’a auparavant utilisée pour connaître les pensées et les souvenirs de Judith, or là ce n’est pas ce que j’ai voulu faire. Alors pourquoi je me retrouve ici ?

Peut-être que le coma me permet de voir ce à quoi elle pense quand même. Ce n’est pas la seule chose qui change. Je sens une force étrange qui me tire en arrière de nouveau, comme si on cherchait à m’empêcher de rester là où je suis. Je suis saisi d’une migraine très rapidement. Je ne pourrai pas tenir longtemps c’est sûr ! La vision semble se troubler comme si je perdais le contact. Mince je dois faire vite. J’ai l’impression d’avoir un voile devant les yeux, même les bruits que j’entends semblent déformés, comme amplifiés et transformés en sons graves ou aigus.

«  Judith ? » dis-je mentalement.

Je ressens alors une peur immense, un sentiment qui ne provient pas de moi mais de cette personne.

« Judith calme-toi... c’est moi. Tu me manques tellement putain ! »

Sa peur ne diminue pas mais un autre sentiment se mêle à tout ça, le désir. Le désir de comprendre et de savoir. Et je ne sais pas réellement pourquoi ce genre de sentiment vient se mélanger à ce que je dis.

« Judith ! Je ne peux pas rester longtemps mais j’ai besoin de savoir où est-ce que tu as mis Glamtorux ? Tu l’as donné à Mathias ? Ou tu l’as dissimulé sur Wanouk peut-être ? »

Je ne comprends vraiment plus grand-chose, maintenant je sens la surprise et même un certain soulagement pourtant le sentiment majeur c’est toujours cette peur.

« Judith il faut que je sache ! Tu sais à quel point il est dangereux ? Il faut qu’on le retr… »

Mais je n’ai pas le temps de terminer. Je me sens tiré en arrière avec une force impressionnante comme si une puissance autre a décidé de mettre fin à cette connexion.

Je me retrouve allongé sur le sable à bout de forces.

J’ai perdu une grosse part de mon énergie. Pourquoi ? Est-ce que c’est la nature qui m’a rappelé de peur que je lui fasse du mal ? Et surtout pourquoi Judith réagirait-elle comme ça ?

Merde ! J’ai réussi à m’immiscer dans l’esprit de mon amie mais je n’ai pas la réponse à ma question. Et je n’ai pas le temps de m’en poser moi-même beaucoup car ma vue se perd dans les noirceurs de l’inconscience.

–Cédric ? Hé oh tu m’entends ?

Je suis secoué de tous côtés et mes oreilles bourdonnent sous ces hurlements.

« Tu parles d’un réveil en douceur ! » grogne Chanax.

Le soleil est levé depuis au moins deux bonnes heures. Je suis toujours allongé sur le sable et la mer, ayant monté de niveau légèrement, vient me lécher les pieds.

–Oufff matête…

Je m’assieds avec l’aide de Tom. Je me tiens le front en priant pour que ça soulage ma migraine et forcement ça ne marche pas.

–Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu m’as fichu la trouille quand je t’ai vu inconscient en arrivant !

–J’ai tenté de rentrer en contact avec Judith. J’ai perdu beaucoup d’énergie, j’ai pas eu la force de rentrer me coucher… j’ai dû m’endormir sur le sable…

Tom reste bouche bée quelques instants et lance en élevant la voix :

–Tu dormais ?

Je suis surpris par son ton mais je réponds :

–Euh oui… j’avais sommeil…

–Te rends-tu compte à quel point je me suis inquiété, j’ai cru que tu t’étais fait attaquer et toi tu dormais ! Bien, j’espère que tu as fait de beaux rêves parce que tu vas remuer ton postérieur et venir à l’hôtel pour me raconter en détail ce qui s’est passé.

Il m’attrape par le bras et sans ménagement me force à me lever en me traînant presque sur le sable. Nous marchons tous deux silencieusement vers le centre du village. Il est furieux de mon attitude, je le sens bien. Et je ne peux m’empêcher de ressentir de la honte mais également une pointe de gratitude. Je n’ai jamais eu de père pour s’inquiéter comme ça et là, la colère de Tom me va bizarrement droit aucœur.

–Je te prie de m’excuser, je ne voulais pas te faire peur… mais comprends-moi je n’avais plus la force de t’appeler…

–Mouais… ironise l’homme. Il est vrai qu’appuyer sur les touches d’un téléphone pour dire « tout va bien je suis fatigué et non mort » c’est épuisant ! Je comprends !

Je reste muet quelques instants surpris par sa remarque maussade avant de pouffer de rire. Tom m’imite en me prenant par les épaules et en m’ébouriffant les cheveux.

–Je me demande pourquoi je te dis ça puisque de toute manière je sais pertinemment que tout cela ne servira àrien.

–DésoléTom !

–Bon ! Contacte les autres et donne leur rendez-vous à l’hôtel pour que tu nous racontes ce qui s’est passé.

–Euh je suis de nouveau navré Tom mais j’ai trop mal au crâne pour les contacter mentalement… utilise ton portable c’est pas bien compliqué d’appuyer sur des touches pour dire « on se donne rendez-vous à l’hôtel ! »

Mon audace est récompensée par un grognement avant qu’il sorte son portable en ricanant.

Quelques minutes plus tard nous sommes assis à notre table habituelle devant un verre, pour ma part je me contente de l’aspirine et d’un cocktail revitalisant deTom.

Je fais le récit de ce que j’ai vu et entendu, leur donnant tous les détails de l’étrange sensation d’être tiré en arrière comme pour m’empêcher de voir ce que je voulais.

–Il y a de nombreuses possibilités pour répondre à ça, lance Jimi. Et pour moi la principale cause est qu’elle est dans le coma !

–Oui d’accord ! dis-je, mais pourquoi dans ce cas-là est-ce que je n’ai pas vu une pièce sombre ou ce long couloir de lumière comme on le dit ? C’était totalement différent, comme si je me trouvais dans un lieu bienréel.

–On n’a aucune idée de ce qui se passe ou de ce que l’on voit quand on est dans le coma, répond Margaux. Il est possible qu’elle rêve !

–Oui j’y ai pensé mais comment expliques-tu dans ce cas les sentiments que j’ai ressentis ? L’incompréhension, la peur et autres.

–Je ne sais pas ! reprend-elle. Tu n’es pas resté connecté assez longtemps pour qu’on puisse comprendre. Elle t’aurait peut-être répondu… qui sait ?

–Et d’ailleurs en parlant de connexion interrompue, coupe Tom, tu as une idée si la sensation venait d’elle ou d’une main extérieure ?

–Tu peux être plus clair ? dis-je.

–D’après toi ce blocage vient de ma nièce, du fait qu’elle refusait ou ne pouvait pas t’ouvrir ses pensées ? Ou bien crois-tu que quelqu’un d’autre t’empêchait d’accéder à ses pensées ?

Je fixe l’homme un moment puis réponds :

–Euh sincèrement je n’y ai pas réellement réfléchi. Pour moi cela vient du fait qu’elle est dans le coma et que la communication est plus difficile voire infaisable. La nature m’a peut-être empêché de faire une bêtise autant pour elle que pour moi. Peut-être que l’on ne peut pas et on ne doit pas intervenir pour les comateux.

J’ai du mal à croire que j’aie dit ça ! Car après tout je tenterais l’impossible pour Judith.

–Oui tu dois avoir raison, reprendTom.

–Tu pensais à autre chose ? demande Margaux.

–Bien disons que je me disais que les ténèbres pouvaient peut-être vouloir nous empêcher de la sauver.

–Non c’est impossible, lance Jimi. Perfide nous a dit qu’elle avait mis hors d’état de nuire son côté sombre.

–Oui c’est vrai, dis-je, mais il nous a également expliqué qu’il resterait toujours en elle, qu’elle avait simplement contrôlé et non détruit la partie noire qui réside en elle. Donc Tom n’a pas forcément tort, il est peut-être envisageable que Sombro nous empêche de lui demander où est Glamtorux. Il leur faut sûrement plus de temps pour le déchiffrer.

Clarisse continue :

–Mais es-tu réellement sûr que tu étais dans l’esprit de Judith ? Car si Sombro veut t’empêcher de connaître ses pensées il a peut-être dévié ta tentative et envoyé dans la tête de quelqu’un d’autre.

–Oui c’est possible et je suis sincèrement incapable de savoir si c’était Djoud’ ou pas. Car je n’ai pas reconnu sa présence, si elle m’avait répondu tout aurait été plus simple…

–Il faut que tu en parles au maître, lance Adrien.

–Perfide n’a pas le temps, aller lui expliquer prendrait un tempsfou.

–Pourquoi devrait-on s’y rendre ? répond Tom. Adrien a raison, c’est le seul qui peut encore nous éclaircir.

On se tourne vers lui intrigués et surpris :

–Et comment tu comptes t’y prendre ? lance Jimi. Le seul moyen de voir le maître est soit d’aller sur Natoum soit alors de l’appeler sur la Trinite or il nous l’a dit lui-même, il faut l’appeler en cas d’extrême urgence.

–Oui c’est vrai mais lui il nous contacte bien sans se déplacer ou sans venir nous voir ! Il utilise la projection mentale alors pourquoi ne pas tenter la chose ?

–Parce que Natoum est protégé par une barrière magique, interromps-je, c’est pour ça que je ne pouvais pas contacter Judith quand elle s’y était réfugiée.

Le regard de Margaux semble s’illuminer et en me fixant elle répond d’une voix presque excitée.

–Cependant à cette époque on ne connaissait pas encore tout notre potentiel. Depuis nous avons appris à rentrer en contact avec la nature alors on peut lui demander de nouveau de l’aide. Il suffit de s’en servir comme…

–Comme d’un relais, coupe Jimi qui comprend à son tour, au grand désespoir de nous tous qui ne suivons plusrien.

« L’intelligence de Ventil est parfois insupportable », lâche Chanax.

–Vous pouvez vous expliquer ? lance Adrien.

–Bien oui, c’est simple, reprend Margaux. Pour faire une comparaison, quand tu passes un coup de téléphone, les ondes passent d’un satellite ou d’une antenne à une autre avant d’atteindre le téléphone demandé. Ou alors quand tu enregistres ton travail sur ton ordinateur, tu stockes les données dans une clé USB pour ensuite l’utiliser sur un autre appareil. Eh bien, il suffit d’utiliser la nature comme telle.

–Autrement dit vous voulez vous servir de notre mère nature comme d’une mémoire qui irait par la suite redistribuer les informations c’est ça ? demande Clarisse.

–Oui exact ! reprend Margaux. Comme d’une antenne-relais qui elle n’aura aucun mal à passer la barrière magique de Natoum.

–J’aurais pu trouver ça tout seul ! Je me demande bien pourquoi on cherche à faire compliqué alors que l’on peut faire très simple ? lance Adrien d’une voix très calme.

On rit tous aux éclats et Tom lance :

–Il serait judicieux de tenter l’expérience Cédric. Mets entre les mains de la nature le maximum d’informations.

–Mouais, comme dit Adrien ça peut pas être plus simple…

Je ne perds pas plus de temps et me dirige vers le seul endroit qui me prodigue une douce sensation de bien-être plus intense. La plage où on peut apercevoir les trois îlots où les âmes de Chanax, Claronx et Ventil ont été protégées. Le soleil est encore haut dans le ciel quand j’y arrive. Je me mets aussitôt en état de méditation. Je m’installe sur la Trinite et me connecte à la nature.

« Bonjour ma mère… je dois fournir des informations à ton fils et pour cela j’ai besoin que tu lui transmettes mes pensées. »

Je sens le flux tourner autour de moi mais je ne pensais pas que tout serait aussi simple. L’énergie rentre en moi sans que je l’aie invitée et se propage dans tout mon corps. Je comprends alors que j’ai juste besoin de repenser à ce que j’ai vu, ressenti et compris. En quelques secondes tout est terminé et je sens le flux ressortir de mon corps alors avant qu’il ait totalement disparu je lance :

«  Je voudrais savoir ce qu’il en pense… »

Tout redevient très calme et je reste allongé sur le sable à écouter les vagues s’écraser avec élégance.

« Maintenant, murmure Chanax, il ne reste plus qu’à attendre la réponse à nos questions… »

Chapitre 3La chaumière irlandaise

La semaine passe sans qu’aucun signe du maître ne nous parvienne avec frustration mais ce vendredi est consacré aux entraînements avec Tom sur la plage de la Trinite.

Jimi manipule son anomorf et Clarisse et Adrien s’entraînent à former des immenses attaques d’eau. Quant à moi et la fille du vent on se bat tous deux avec fougue depuis une bonne heuredéjà.

–Margaux…Tu dois faire confiance à tes gestes et non pas vouloir à tout prix stopper les coups de Cédric.

La voix de Tom résonne dans la baie.

Mon épée de flamme s’entrechoque avec une lame de vent intense qui envoie à certains moments des bourrasques difficiles à parer mais pas impossibles. Mais Margaux n’a pas entre les mains son arme favorite qui à l’ordinaire est un arc paré de flèches, fait essentiellement devent.

Nous sommes tous les deux épuisés. Et mon amie ne se concentre que davantage sous les conseils de Tom mais je suis un excellent combattant, je suis plus agile que les autres et surtout plus rapide. Je lève mon arme mais un vent léger et doux me fait stopper immédiatement mon geste. Je sais ce que ça signifie, mon maître nous rend une petite visite.

« Et bah il était temps ! »

Le petit colibri est déjà perché sur une branche et s’envole en se métamorphosant juste devant nous.

L’homme d’une petite quarantaine d’années a des cheveux grisonnants et des yeux vert/bleu magnifiques. Des lunettes et une allure d’homme élégant, classe et en décalage avec son époque. Un jean bleu délavé, une chemise blanche et un blazer noir ainsi qu’une paire de baskets de marque faite pour les ados à qui il donne des cours. Mais quand il apparaît sous cette forme il garde sa cape noire qui dissimule entièrement son visage.

–Bonjour maître, dis-je.

L’homme a un léger haussement de tête et il lance :

–Il faut que je vous parle !

Il marque une pause avant de se tourner vers moi.

–C’est au sujet de ce que tu m’as envoyé. Tout d’abord je dois te dire que tu es un vrai crétin.

–Pardon ?

–Ce que tu as tenté était stupide. Judith est dans un état de coma profond. Tenter de rentrer en contact avec son esprit aurait pu t’entraîner à la suivre. Pourquoi crois-tu que les comateux restent dans cet état-là ? S’il était possible de savoir pourquoi certains ont voulu se suicider ou encore pourquoi d’autres ont pris le volant en état d’ébriété, cela ferait longtemps qu’on aurait tenté de le faire ! L’esprit doit réussir seul, il doit trouver les réponses seul et doit parcourir son destin également seul !

–Je voulais juste savoir où était Glamtorux ?

–Je le comprends mais le fait est que tu as mis ta vie en péril pour un but déjà vain. Judith est dans un espace qu’elle seule peut comprendre. Cependant les images et les sentiments que tu as ressentis m’ont interpellé. Je n’ai pas de réponse à te fournir car je les ignore moi-même. Mais il est pour moi impossible de croire que la partie noire de Judith t’ait dévié. Tu as perdu beaucoup d’énergie et mère nature a sûrement dû vouloir t’empêcher de te tuer inutilement. Mais ma mère a ses propres secrets. Donc je suis aussi perdu que toi mais je suis venu te mettre en garde parce que je ne veux plus de ce genre d’initiative. Il est certain que vous devez retrouver Glamtorux mais par vos propres moyens. Judith n’est plus là pour vous aider. Du moins elle n’est pas en état. Il faut poursuivre sans elle, est-ce que c’est clair ?

On reste silencieux, Perfide nous laissant digérer l’information continue :

–Je vais m’y pencher car ça m’intrigue et j’ai l’étrange impression que quelque chose m’échappe. Quant à vous, trouvez un moyen de récupérer le grimoire des gardiens du temps car c’est votre avenir qui en dépend et également celui du monde.

De toute évidence il n’est pas très heureux de notre initiative. Et personne n’aime décevoir le maître. La déception se poursuit quand il n’attend pas de réponse et se métamorphose de nouveau pour disparaître dans les nuages.

Ça laisse un froid glacial sur la plage et l’entraînement en est totalement bouleversé. Tom doit même y mettre un terme quelques heures plus tard car plus aucun de nous n’est assez concentré pour faire quoi que ce soit.

J’attrape mon sac et les abandonne.

Seuls Margaux et Jimi restent sur la Trinite pour méditer en couple. Tom décide de passer sa soirée avec Peter, apparemment il a prévu un fast-food avec son neveu et ensuite ils doivent aller au cinéma. Quant à Clarisse et Adrien ils ont décidé d’aller nager jusqu’à l’îlot de Claronx. Épuisé, je préfère rentrer sur ma plage me remémorant les paroles de mon maître. Sa visite a été très brève mais elle a fait son effet. Il nous a tous remis à notre place et c’est le mot.

Il fait froid et j’ai peur. Le vent m’encercle avec violence. Je veux fuir cet espace qui va de toute évidence être le lieu d’un horrible carnage.

Devant moi, une maison trône sur une falaise surplombant un lac. Simple mais assez conséquente tout de même. Elle a des murs en vieilles pierres apparentes. De la fumée sort de la cheminée et par la fenêtre on peut voir un couple assis devant celle-ci, regardant le bambin âgé au plus de 1 an, jouer sur le tapis devant les flammes qui paraissent faibles et ont du mal à brûler de toute leur puissance.

La femme se lève et se dirige vers la fenêtre où elle observe les lointaines collines au-dessus du lac. Des yeux marron, la peau claire et des cheveux châtains, elle paraît malheureuse. Pourtant la scène qui se déroule dans cette chaumière semble douce et pleine d’amour.

L’homme se retourne en cherchant sa femme des yeux. La trouvant figée devant la vitre, il se lève et va la rejoindre. Il se colle à son dos l’enlaçant de ses bras et l’embrassant sur la joue. Un sourire faible se dessine sur son visage et la femme lui lance :

–Le froid est particulièrement résistant cesoir.

–Oui… je vais aller chercher du bois pour raviver les flammes.

–Tu sais bien qu’il ne servira à rien de rajouter du bois. Ce froid ne vient pas seulement de l’extérieur,John…

L’homme pousse un soupir de désespoir. À l’extérieur la végétation semble mourir aux abords de la chaumière. Seule la forêt qui entoure les lieux semble encore bien vouloir donner sa protection. Pourtant le potager est envahi par les mauvaises herbes et la brouette posée à côté montre l’acharnement de ses propriétaires à les arracher.

–Qu’est-ce qu’on va faire John ? C’est pire de jour enjour.

Un craquement sonore et puissant se fait entendre dans la forêt à un ou deux kilomètres de la demeure. Un silence pesant s’installe entre les deux adultes, seuls les ricanements de l’enfant rompent le calme.

–Qu’est-ce que c’était ? demande la femme.

–Je n’en ai aucune idée mais je n’aime pas ça. Tu restes ici, je vais y jeter un coup d’œil !

–Sois prudent surtout.

Il acquiesce et disparaît du champ de vision que j’ai à partir de la fenêtre.

Je sais très bien ce que ce craquement sonore annonce. Car le froid plus intense que jamais semble avoir ramené une vague de gel brûlante. Et en regardant à mon tour au-dessus du lac, je vois les étoiles disparaître comme si elles étaient attrapées par un rideaunoir.

Les ténèbres sont déjà sur place et de toute évidence, elles ne viennent pas se réchauffer auprès d’un feu trop faible pour réchauffer un enfant. Oh non ! Leurs armes réclament du sang sombre et leur prochaine victime est même peut-être déjà partie les chercher.

Je rouvre les yeux brutalement. Dame nature m’a envoyé cette vision pour que j’agisse, pour que je puisse empêcher Mathias de tuer de nouveau et par la même occasion rompre les plans de renaissance de Sombro. Je saute de mon lit et sors à l’extérieur à toute vitesse en reprenant mes esprits. Le soleil se lève tout juste sur Wanouk ce qui ne peut signifier qu’une seule chose. La scène qui se déroule en ce moment même ne se trouve pas dans la région et j’ai une petite idée du continent où je dois me rendre. Je sais également que mère Nature a envoyé la même vision à mes amis mais le temps joue en notre défaveur. J’inspire et mentalement me concentre sur tous les élus.

« Je pars en éclaireur, on se retrouve sur place. À tout de suite… »

« Sois très prudent… nous sommes en chemin avec Jimi pour la plage. On y est dans cinq minutes ! »

« Et nous on sort juste de chez moi, lance Clarisse. On y sera dans trois minutes. »

« Prévenez Tom… mais il est inutile qu’il vienne avec nous. Nous n’avons pas le temps de l’attendre. »

Je place les paumes en direction du sable et aussitôt le grondement familier se fait entendre. Les racines jaillissent brutalement du sol et attrapent mes chevilles.

« Allez Chanax… allons faire un petit saut en Irlande voir s’ils font réellement de la bonne bière ! »

« Je doute qu’on ait le temps de pouvoir le vérifier. »