Jean et Kazuko - Tome 2 - Alain Bongard - E-Book

Jean et Kazuko - Tome 2 E-Book

Alain Bongard

0,0

Beschreibung

Jean et Kazuko suivent chacun leur parcours, poursuivant les activités initiées dans le premier tome. Jean, après avoir envisagé un rôle d’accompagnateur au Japon, s’investit finalement dans un projet de coopération, contribuant à la création d’une entreprise québécoise sur le sol nippon. De son côté, Kazuko multiplie les voyages et s’impose comme femme d’affaires à Los Angeles. Chacun connaît une période de vie en couple. Seulement, Jean voit sa relation s’achever avec le départ de Keiko, tandis que Kazuko traverse l’épreuve du décès de son conjoint américain. Alors que leurs chemins se croisent à nouveau, leur histoire peut-elle renaître de ses cendres ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

S’inspirant de ses nombreux périples, particulièrement au Japon, Alain Bongard immortalise, par l’écriture, les souvenirs et les expériences riches vécus lors de ces voyages. Il est l’auteur de trois romans, "Henriette et Henri", "Sayonara" et "Kazuko", parus respectivement en 2022, 2023 et 2024 chez Le Lys Bleu Éditions.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 521

Veröffentlichungsjahr: 2025

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Alain Bongard

Jean et Kazuko

Tome II

Roman

© Lys Bleu Éditions – Alain Bongard

ISBN : 979-10-422-5889-4

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Du même auteur

Henriette et Henri, 2022, Le Lys Bleu Éditions ;

Sayonara, 2023, Le Lys Bleu Éditions ;

Kazuko, 2024, Le Lys Bleu Éditions ;

JeanetKazuko – TomeI, 2024, Le Lys Bleu Éditions.

Chapitre I

Le jour du départ pour le Japon avec les Boisclair, Jean prit un taxi et arriva très tôt à l’aéroport. Dominique était déjà là.

— Ce n’était pas nécessaire que tu viennes, dit-il, mais je suis content de te voir.
— Je tenais absolument à m’assurer de leur départ. Après, ce sera ta responsabilité.

Pendant qu’ils attendaient leurs voyageurs, elle lui parla brièvement des projets qu’elle devait organiser, de ce voyage au Radjastan pour lequel elle n’avait pas d’accompagnateur fiable, du besoin qu’elle avait d’avoir quelqu’un pour l’aider.

Monsieur et madame Boisclair arrivèrent tout énervés.

— Heureusement que la navette nous a laissés devant les comptoirs d’Air Canada, sinon nous aurions été perdus.
— Tout s’est bien passé à l’hôtel ? demanda Dominique.
— Tout le monde a été très gentil. On nous a réveillés à l’heure prévue, ils sont venus prendre nos valises et nous ont accompagnés à la navette. C’était très bien.

Dominique fit ses adieux et leur souhaita un beau voyage.

Jean les accompagna jusqu’au comptoir d’Air Canada. Il s’assura que les bagages étaient bien enregistrés pour Tokyo.

Une fois dans l’avion, madame Boisclair confia à Jean que c’était la première fois qu’elle prenait l’avion et qu’elle ne savait pas ce qu’elle allait ressentir.

Au décollage, elle serra très fort la main de son mari en fermant les yeux et retint son souffle pendant que l’avion prenait de l’altitude, puis elle poussa un gros soupir et ouvrit les yeux.

— C’est moins terrible que je ne le pensais, dit-elle, je crois que je vais m’habituer.

Le vol se passa sans incident. Pendant l’escale à Los Angeles, un peu longue, Jean révisa un peu avec eux les activités prévues les premiers jours. Il savait qu’Ito san avait prévu quelqu’un pour les accompagner à Tokyo, mais que par la suite il aurait la tâche de les guider et de les accompagner.

Pour le vol avec Singapour Airlines, ils eurent droit à une attention toute particulière de l’hôtesse de l’air qui n’avait à s’occuper que d’eux trois. Il put voir monsieur Boisclair rougir comme un collégien, quand elle s’agenouilla devant lui pour lui retirer ses chaussures. Le confort des premières classes était tout à fait exceptionnel. Ils dormirent un bon moment et ne se réveillèrent qu’au moment des repas qui furent délicieux.

Quand l’avion atterrit à Narita, il faisait nuit. Le passage à la douane japonaise se fit sans problème, Jean avait écrit sur un papier le nom de l’hôtel où ils allaient descendre et le douanier n’avait pas insisté.

Jean trouva un porteur pour les bagages et, à la sortie, une jeune femme les attendait avec une pancarte sur laquelle était écrit leurs noms.

— Je m’appelle Tanaka Akiko, dit-elle. Je ne parle pas bien le français. Je resterai avec vous les deux jours où vous serez à Tokyo.
— Je ne parle pas japonais, dit madame Boisclair, mais notre ami Jean le parle très bien. À vous deux cela ira, je crois. Appelez-moi Thérèse et mon mari, Pierre.
— Vous pouvez compter sur moi pendant ce séjour au Japon, Thérèse san.

Une voiture attendait dans le stationnement. Le porteur chargea les bagages et Akiko san le régla. Ils prirent la route pour Tokyo. L’autoroute entra rapidement dans un décor urbain, plein de lumières et de publicités.

Malgré l’heure tardive, il y avait beaucoup de circulation. Arrivés à l’hôtel, Akiko san se chargea des formalités. Ils avaient commencé à dormir dans la voiture et avaient hâte de se coucher.

— Je serai dans le lobby à 9 heures, dit-elle à Jean. Nous verrons ensemble demain ce que nous ferons. J’aurai la voiture toute la journée.

Comme la dernière fois, Jean se réveilla de très bonne heure. Il attendit calmement qu’il soit six heures pour aller déjeuner au restaurant de l’hôtel avant de regagner sa chambre. Il se doutait que les Boisclair avaient dû eux aussi s’être réveillés de bonne heure mais il ne voulait pas les déranger.

À 8 heures madame Boisclair l’appela.

Ils avaient bien dormi et n’étaient réveillés que depuis une heure. Ils avaient eu le temps de faire leur toilette. Il lui conseilla de descendre déjeuner au restaurant de l’hôtel et il proposa de les accompagner.

Ils retrouvèrent Akiko san dans le lobby de l’hôtel.

— J’espère que vous avez bien dormi, Thérèse san, dit-elle. Ce matin, il fait un peu frais mais il ne pleuvra pas aujourd’hui. Il fera plus chaud dans la journée. Prenez un manteau léger que vous laisserez dans la voiture plus tard.

Son français était assez bon.

— J’ai préparé ces phrases, dit-elle en japonais à Jean, j’espère qu’ils me comprennent. Ce sera plus difficile quand ils vont me poser des questions.
— Ils vous ont très bien compris, la rassura Jean, il n’y a pas de problème.
— Je vous propose, continua-t-elle, un grand tour de Tokyo en voiture avec quelques arrêts. Cela vous convient-il ?
— Ce sera très bien, dit madame Boisclair. Nous remontons dans nos chambres prendre un petit manteau et mon sac.
— Et l’appareil photo, dit monsieur Boisclair.

Elle les emmena faire un grand tour de Tokyo. La circulation était souvent très dense et leur laissait le temps de voir les quartiers qu’ils visitaient. Ils s’arrêtèrent devant le Palais impérial. Quelques cerisiers commençaient à fleurir et annonçaient un printemps magnifique. Il se mit à faire un peu plus chaud et ils purent enlever leurs manteaux.

Ils repartirent pour Asakusa et se mêlèrent à la foule qui se rendait au temple. Ils achetèrent des cartes postales dans une des boutiques et Akiko san leur montra comment faire brûler de l’encens devant le temple.

Elle les conduisit ensuite dans un petit restaurant caché dans un jardin. On les y attendait. Le repas était simple mais savoureux.

Jean constata qu’ils étaient fatigués et suggéra à Akiko san de ne plus faire d’arrêt ce jour. Ils regagnèrent leur hôtel où monsieur Boisclair put faire une petite sieste.

Jean en profita pour appeler la secrétaire d’Inakagi san. Il lui dit qu’il était au Japon mais qu’il ne pouvait pas se libérer pour l’instant et il proposa de le rencontrer dans une quinzaine de jours. Elle lui dit qu’elle ferait le message et qu’elle attendait son appel pour fixer le rendez-vous.

Il appela ensuite Kazuo san pour lui dire qu’il était à Tokyo et qu’il avait besoin de le rencontrer. Celui-ci lui dit qu’il prenait le train le lendemain matin et qu’ils pourraient se rencontrer le lendemain midi à son hôtel.

Il retrouva Akiko san et les Boisclair dans le hall de l’hôtel.

Elle les emmena faire un tour à pied autour de l’hôtel. De retour à l’hôtel, ils décidèrent que cela suffisait pour le premier jour et décidèrent de souper à l’hôtel. Akiko san leur donna rendez-vous pour le lendemain matin.

Au restaurant, Jean leur demanda leurs impressions de cette première journée au Japon.

Il y a beaucoup de monde mais tout a l’air bien organisé et les gens donnent l’impression qu’ils savent où aller. J’ai remarqué quand nous avons visité ce temple avec un énorme lampion…

À Asakusa, suggéra Jean.

Oui, c’est là. Malgré la foule, personne ne se bousculait ni se touchait.

Et j’ai aussi remarqué, dit monsieur Boisclair, que personne ne s’occupait de nous.

J’ai beaucoup aimé le petit restaurant où nous sommes allés à midi, dit madame Boisclair. Quel calme ! c’était charmant. Qu’avez-vous à nous proposer pour demain ?

Je vous propose d’aller dans Ginza et de visiter un des grands magasins qui s’y trouve. Puis après le dîner, je vais vous emmener visiter une école très spéciale, créée par des sœurs québécoises. Il en reste une qui nous accueillera et nous fera un peu visiter l’école. Ensuite nous rentrerons à l’hôtel et le soir je vous emmène souper à Kabukicho qui est le quartier chaud de Tokyo. Mais ne vous inquiétez pas, ce n’est pas dangereux. Qu’en pensez-vous ?

J’espère que nos vieilles jambes tiendront le coup.

Nous aurons la voiture pour tous nos déplacements et Akiko san restera avec nous toute la journée.

Pourrions-nous nous arrêter dans un parc où les cerisiers sont en fleurs ?

Certainement. Après le souper, je vous emmène au parc d’Asukayama. Vous verrez les cerisiers éclairés par les lanternes. C’est très joli.

Ils commandèrent du café pour finir leur souper puis montèrent dans leurs chambres respectives.

Le lendemain matin, ils se retrouvèrent au restaurant pour le déjeuner.

Tout est vraiment très bon, dit monsieur Boisclair, j’aime beaucoup leur café.

Et quel choix ! ajouta sa femme.

Voir ce que les gens mangent le matin est vraiment surprenant, ajouta-t-elle. J’ai l’impression que les jeunes ne mangent plus les mêmes choses que les gens les plus âgés.

Pensez à préparer vos valises, dit Jean. Ils passeront les prendre dans la journée et vous devriez les retrouver à Takayama dans le ryokan où nous passerons deux nuits.

Le déjeuner terminé, ils se donnèrent rendez-vous dans le hall de l’hôtel où Akiko san devait les retrouver vers neuf heures.

Jean sortit de l’hôtel pour vérifier s’il ne faisait pas trop froid et s’il ne pleuvait pas. Tout semblait parfait. De retour dans sa chambre, il résista à l’envie d’appeler Keiko. Il appela Pierre chez lui pour lui dire qu’il verrait Inakagi san, quand il reviendrait à Tokyo. Il prévoyait se faire accompagner par Kazuo san.

La matinée se passa dans Mitsukoshi, l’un des grands magasins de Ginza. Peu intéressés par les étages où l’on pouvait trouver tous les vêtements de toutes les marques, ils passèrent un long moment au sous-sol où tous les produits alimentaires étaient présentés. Akiko san se prêta volontiers à leur expliquer l’usage et l’origine de nombreux produits qui leur étaient inconnus. Ils passèrent un long moment dans le rayon de la papeterie et finalement au dernier étage consacré à la fois aux objets typiquement japonais, de la céramique, des kimonos et tous les petits objets qu’il fallait avoir quand on porte un kimono.

Ils n’achetèrent pratiquement rien. Jean leur proposa d’essayer l’un des restaurants du magasin, mais ils préférèrent revenir à l’hôtel.

Nous avons beaucoup trop mangé au déjeuner, dit madame Boisclair, nous n’avons pas l’habitude. Nous sauterons ce repas.

Nous pourrions prendre un thé et quelques biscuits dans notre chambre, dit monsieur Boisclair, et nous ferons une petite sieste avant de repartir voir cette école dont tu nous as parlé.

Nous avons rendez-vous à quatre heures avec sœur Rita qui est la dernière Québécoise de l’école. Elle nous fera visiter son école. Je vous attends vers 3 heures dans le lobby de l’hôtel.

Jean retrouva Kazuo avec plaisir. Il lui donna les documents à faire imprimer que lui avait confiés Pierre et le chargea d’y ajouter de faire la traduction en japonais et de les faire imprimer. Il lui dit également qu’il devait rencontrer, un peu plus tard, un responsable d’une compagnie japonaise de Tokyo pour voir s’il était possible d’organiser quelque chose pour eux et il dit que cela pourrait être le premier client de la nouvelle usine et qu’il tenait à ce qu’il l’accompagne.

Kazuo san lui apprit que la première machine commandée avait été livrée et que celles qui arrivaient d’Allemagne étaient déjà en route, il pensait que l’usine allait pouvoir fonctionner plus tôt que prévu.

Jean voulut le garder pour dîner, mais il lui dit qu’il préférait rentrer à Osaka et s’occuper de la traduction qu’il avait à faire avant d’envoyer les documents à imprimer.

Jean remonta dans sa chambre et commanda un sandwich en attendant de rejoindre les Boisclair.

À trois heures, il les retrouva dans le lobby de l’hôtel avec Akiko san. L’école n’était pas très loin mais la circulation était intense et cela leur prit presque une heure pour l’atteindre.

Sœur Rita les attendait à l’entrée de l’école. C’était une toute petite femme dans la soixantaine, peut-être plus. Elle dégageait beaucoup d’énergie.

Je suis très contente, dit-elle, d’accueillir des Québécois dans mon école. Je suis là depuis sa création, j’ai vécu son incendie et sa reconstruction. C’est ma dernière année. Je rentre à Québec l’an prochain. Les sœurs que vous verrez sont toutes japonaises et les enseignants ne sont pas tous religieux. Notre école est célèbre, nous accueillons les filles des plus grandes familles de Tokyo.

Suivez-moi, je vais vous faire la visite de l’école.

Des élèves en uniformes les rejoignirent et saluèrent respectueusement les visiteurs.

Elles vous ont préparé une surprise pour tout à l’heure, dit sœur Rita.

Ils firent le tour d’une école impeccable. La directrice de l’école les attendait devant la salle de musique. Elle n’était pas religieuse. C’était une Japonaise, mais elle s’exprimait facilement en français.

J’ai été, dit-elle, l’une des premières élèves de cette école et je suis très fière de ce que nous faisons. La moitié des cours se font en français et toutes nos élèves parleront français quand elles quitteront l’école.

Et en anglais, ajouta sœur Rita.

La salle de musique était impressionnante. Il y avait toutes sortes d’instruments et dix pianos à queue. Dans l’estrade du fond de la salle, toute une classe de jeunes filles les attendait, impeccablement alignée.

L’une d’entre-elles offrit un bouquet de fleurs à madame Boisclair.

Nous sommes très heureuses de vous accueillir dans notre école, dit-elle. Nous allons vous chanter quelques chansons en français.

Tout le monde s’installa.

C’est l’une des élèves qui dirigeait la chorale qui entama une chanson. C’était une chanson française de Gilbert Bécaud qui fut suivie par une chanson québécoise de Gilles Vignault.

Madame Boisclair, très émue, remercia les chanteuses et la directrice de leur accueil.

Sœur Rita les emmena visiter le reste de l’école.

Dans une galerie au-dessus du gymnase, ils purent admirer les élèves d’une classe de maternelle qui effectuaient des exercices. Quand elle les aperçut, l’enseignante arrêta l’exercice et signala en japonais qu’il y avait des visiteurs. Tous les enfants regardèrent la galerie et dirent bonjour en chœur en saluant.

Elles sont adorables, dit madame Boisclair.

Elles ne sont pas là depuis très longtemps, dit sœur Rita, elles ne savent que quelques mots du français. C’est le plus souvent leurs grandes sœurs qui les leur ont appris. Nos élèves les plus âgées se parlent ostensiblement en français entre elles, mais nous ne les forçons pas à le faire.

On les attendait dans la salle des professeurs où on leur offrit le thé servi par des élèves.

Quelques professeurs étaient restés. La plupart étaient japonais mais deux d’entre elles étaient occidentales. Elles se présentèrent.

Nous sommes australiennes. Nous enseignons l’anglais toutes les deux, dit l’une d’entre elles. Ce sont les meilleurs élèves qu’on puisse imaginer.

Et les plus demandants, ajouta l’autre. Avec eux la classe n’est jamais finie.

Nous aimons beaucoup la vie au Japon, mais nous avons prévu de rentrer chez nous à la fin de la prochaine année scolaire. Cela fera de beaux souvenirs.

Deux élèves s’approchèrent de madame Boisclair et lui demandèrent de leur parler de son pays.

C’est un beau pays, répondit madame Boisclair. Bien plus calme que le Japon. Nous sommes la partie d’Amérique du Nord où nous parlons français.

Je m’appelle Aoi Mori, dit l’une des deux filles. Pourriez-vous nous trouver un correspondant de notre âge pour correspondre avec nous ?

Bien sûr, répondit madame Boisclair. Je vais vous trouver ça.

Elles avaient préparé des cartes avec leur nom et leur adresse qu’elles lui donnèrent avec un petit cadeau bien enveloppé. L’arrivée de la directrice fit fuir les deux élèves.

Nous allons prendre congé, lui dit Jean en japonais. Nous vous remercions de nous avoir reçus et nous avons beaucoup apprécié votre accueil.

Mais vous parlez très bien notre langue. Nous avons été très heureux de vous recevoir. Sœur Rita va vous accompagner jusqu’à votre voiture.

Tout le monde se leva et salua leur départ.

En chemin, sœur Rita rappela à ses visiteurs qu’elle pensait rentrer au Québec dans pas trop longtemps.

Cette école va beaucoup me manquer, mais il faut maintenant que je me repose. Si vous venez à Québec, venez me voir. Je serai au couvent des sœurs de la Charité à Québec.

De retour à l’hôtel, Jean dit à Akiko san qu’il pouvait s’occuper des Boisclair pour la soirée.

Vous partez pour Takayama demain, dit-elle. Votre train est à dix heures, je vous accompagne jusqu’au train. Je passerai vous prendre vers 8 heures et demie. Notre taxi nous emmènera à la gare. Nous avons un Shinkansen pour la moitié du

trajet et un train régulier pour le reste du voyage. Vous devriez arriver à Takayama dans l’après-midi. Quelqu’un vous accueillera et une voiture viendra vous prendre à la gare et vous conduira au ryokan où vous êtes attendus. Je vous souhaite une bonne soirée.

Je les emmène voir Kabukicho, dit Jean. Nous allons y souper et nous irons ensuite voir les cerisiers en fleurs dans le parc d’Asukayama.

Finalement, je préfère rester avec vous, dit Akiko san, il y a trop de choses à votre programme pour ce soir.

À six heures ils prirent la voiture qui les attendait, même si Kabukicho ce n’était pas loin de l’hôtel. Jean demanda qu’on descende au niveau du passage sous le chemin de fer et le chauffeur trouva cela tout à fait normal. Il savait que de là il serait capable de retrouver le restaurant de Midori où il désirait emmener les Boisclair.

Le marchand de chiens était toujours dans le passage et ils aboutirent devant l’immense télévision géante. Il y avait beaucoup de monde dans cette place et dans les rues avoisinantes. Les boutiques de toutes sortes alternaient avec des bars et des clubs avec une orientation nettement sexuelle bien illustrée en général.

Jean retrouva facilement le restaurant de Midori. Ils furent accueillis avec empressement. Son père sortit de sa cuisine pour venir les saluer.

Merci, Jean san, dit-elle de ne pas nous oublier en emmenant chez nous vos amis. Mon amie Yuko chan n’est pas là aujourd’hui, elle est rentrée chez ses parents à Naha dans l’île d’Okinawa.

Tu lui diras quand elle reviendra que moi aussi je regrette de ne pas la voir. Mes amis sont canadiens comme moi. Tanaka san est notre guide pour quelques jours.

Jean avait dit tout cela en japonais et monsieur et madame Boisclair, très impressionnés, les regardaient communiquer comme de vieux amis.

C’est votre petite amie ? demanda madame Boisclair.

Pas du tout, répondit Jean en riant.

Pourtant, elle a les yeux très brillants quand elle vous regarde.

Midori partit vers la cuisine et revint avec un plateau rempli de petits plats.

Dites à vos amis que c’est de la cuisine d’Okinawa. C’est un peu différent. J’espère qu’ils vont l’aimer.

J’en suis sûr, j’ai toujours aimé ce que j’ai mangé ici.

Elle repartit et revint avec quatre bols de riz et quatre flacons de saké. Le souper se passa agréablement. Tout le monde apprécia la cuisine d’Okinawa. Le restaurant s’était rempli et Midori trottinait d’une table à l’autre avec efficacité, mais elle n’eut pas le temps de revenir bavarder avec Jean. Quand ils quittèrent le restaurant, elle vint les saluer en bas des escaliers et Jean lui promit de revenir la voir la prochaine fois qu’il serait à Tokyo.

À l’extérieur, les rues étaient noires de monde. Beaucoup de petits groupes joyeux, quelques hommes vaguement intéressés par les vitrines des clubs érotiques, déjà des promeneurs à la démarche hésitante soutenus par un ou deux amis.

Devant un Pachinko, monsieur Boisclair demanda à Akiko san de quoi il s’agissait. Elle lui proposa d’entrer et de regarder. La salle était pleine de joueurs assis sur des tabourets devant des machines dans lesquelles de petites billes d’acier descendaient derrière une vitre. Installé devant l’une de ces consoles, le joueur introduisait une à une des billes dans la machine, puis actionnait une manette latérale qui envoyait les billes dans le plateau de jeu vertical. Les billes ricochaient et descendaient, dans un mouvement totalement imprévisible, le long du plateau avant d’être englouties dans la bouche béante du flipper en contrebas.

La musique était extrêmement forte et le bruit dans la salle assourdissant. Ils ne restèrent que quelques minutes à regarder les joueurs avant de sortir rapidement. Personne n’était venu les voir et personne n’avait réagi à leur présence. Les joueurs de Pachinko, totalement absorbés par leur jeu, n’avaient pas fait attention à eux.

Quel endroit incroyable ! confia monsieur Boisclair. Je ne pourrais pas rester là plus de cinq minutes… et encore.

Et pourtant, confia Akiko san, des milliers de Japonais passent des heures à jouer dans ces endroits.

Jean avait prévu de les emmener voir les cerisiers en fleurs dans le parc d’Asukayama mais les Boisclair lui dirent qu’ils étaient trop fatigués et qu’ils préféraient rentrer.

Je vais rentrer chez moi par le métro, dit Akiko san. Je serai à l’hôtel demain matin à huit heures. Je vous accompagne à la gare. Je vous laisserai sur le quai. Quelqu’un viendra vous accueillir à Takayama.

Ils prirent le chemin du retour, repassèrent sous la voie de chemin de fer et retrouvèrent la voiture qui les attendait pour les ramener à l’hôtel.

Le lendemain matin, Jean retrouva les Boisclair au restaurant. Ils avaient passé une bonne nuit et étaient prêts pour prendre le train.

Nous sommes désolés de ne pas être allés voir les cerisiers en fleurs hier soir, dit madame Boisclair, mais nous avions eu une longue journée et nous étions vraiment très fatigués.

Ne vous inquiétez pas, répondit Jean, nous devons faire les choses à votre rythme. Et puis des cerisiers en fleurs, nous en verrons encore beaucoup.

J’ai téléphoné à Yoko san, hier soir, pour lui raconter ce que nous avons fait. Elle m’a rappelé qu’elle avait encore une sœur plus jeune qu’elle et qu’elle habitait à Nanto, pas très loin d’Ainokura, son village natal. Elle m’a demandé d’essayer de la voir. J’ai son adresse et son numéro de téléphone. Elle ne la connaît pas, c’était une toute petite fille quand elle est partie du Japon, mais elles se sont écrit quelquefois. J’ai quelques photos et une lettre à lui remettre, si nous la rencontrons.

Nous passerons la voir quand nous irons à Kanazawa, et peut-être pourra-t-elle nous montrer la maison natale de madame Sato à Ainokura.

Ils déjeunèrent tranquillement. Akiko san vint les rejoindre.

Il fait très beau aujourd’hui, dit-elle. Vous pourrez voir le mont Fuji depuis le train. Ito san vous souhaite un beau voyage. Vous devriez la rencontrer à Kanazawa.

Tout le monde avait préparé un petit sac de voyage. Akiko san signa quelques papiers au comptoir et ils se dirigèrent vers le taxi qui les attendait devant l’hôtel. Il faisait effectivement très beau. Ils atteignirent la gare centrale facilement. Akiko san les conduisit dans le dédale de la gare jusqu’au quai du Shinkansen et les conduisit au point où ils allaient embarquer.

Je vous quitte maintenant, dit-elle. Je vous confie à Jean, il n’y a pas de problème. Il saura vous aider à Nagoya pour changer de train.

L’arrivée du train majestueux et silencieux impressionna monsieur et madame Boisclair. Ils prirent le temps de dire au revoir à Akiko san qui les salua à la japonaise et ils suivirent Jean et les autres voyageurs. Ils s’installèrent aux places prévues. Le départ se fit en douceur. Un vieux monsieur assis de l’autre côté de l’allée enleva ses chaussures et s’installa confortablement.

Ne soyez pas étonné si vous voyez quelqu’un enlever son pantalon, dit Jean. Les hommes le font souvent quand ils vont à Osaka pour qu’il ne soit pas froissé quand ils arriveront.

On ne pouvait percevoir la vitesse du train qu’en voyant défiler les maisons de chaque côté de la voie. Après un moment, le paysage devint plus lointain, on commença à voir des champs et des maisons clairsemées. Le mont Fuji apparut, son sommet enneigé éclairé par le soleil.

Nous quittons le Shinkansen à Nagoya, dit Jean dans une heure environ. Le train que nous prendrons ensuite va moins vite mais sera aussi confortable.

Le changement de train se fit sans problème. Jean acheta des bentos sur le quai puis ils rejoignirent les voyageurs qui devaient monter au même endroit qu’eux.

Le train arriva, moins impressionnant que le Shinkansen mais aussi silencieux et ponctuel. Ils s’installèrent. Effectivement, tout était d’une propreté exemplaire et les sièges étaient confortables. Le train quitta Nagoya et sa banlieue. Par la fenêtre, ils purent voir les champs et les petites fermes aux toits bleus.

Une jeune fille entra dans le compartiment, salua tout le monde. Elle poussa un chariot contenant toutes sortes de boissons. Jean acheta une bière, les Boisclair du thé. Les autres passagers firent de même. Tout le monde ouvrit les bentos et ils commencèrent à manger.

Je trouve cela très complet et très bien présenté, dit madame Boisclair, même si on ne sait pas toujours ce qu’on mange.

Ils ont été préparés ce matin, expliqua Jean. Vous pouvez être assurée que c’est frais.

Et c’est très bon, ajouta monsieur Boisclair.

Le repas terminé, tout le monde s’installa confortablement et presque tous les passagers s’assoupirent. Le train n’était pas direct et fit quelques arrêts, très brefs, le temps de débarquer quelques personnes et d’en embarquer quelques autres.

Takayama était le terminus de la ligne. Tout le monde descendit tranquillement sans bousculade. À la sortie, ils étaient attendus par un jeune homme qui se dirigea naturellement vers eux. Il salua et souhaita la bienvenue à ses visiteurs.

Je m’appelle Saito Akihiko, dit-il en anglais. Je vais vous conduire au ryokan où vous êtes attendus.

Il faisait toujours aussi beau. Tout le monde embarqua dans un taxi qui les emmena au ryokan qui n’était pas très loin de la gare.

— Aurez-vous besoin de moi aujourd’hui ? demanda Akihiko san.
— Je ne pense pas, répondit Jean. Nous irons peut-être faire un tour à pied un peu plus tard mais nous n’irons pas très loin. En revanche, dites-moi le programme de demain.
— Vous déjeunez à l’auberge. Je viens vous chercher demain matin. Nous irons faire un tour au marché, et nous nous promènerons dans la ville. Nous mangerons dans un petit restaurant local puis nous partirons visiter Shirakawago. En rentrant, nous irons visiter une distillerie de saké avant de rentrer à l’auberge. Cela vous convient-il ?

Les Boisclair dirent qu’ils avaient compris et approuvèrent.

Dans l’entrée du ryokan, tout le monde se déchaussa. Une jeune femme en kimono apporta des pantoufles et une autre leur souhaita la bienvenue.

Elle leur demanda leurs passeports et dit qu’elle allait les accompagner jusqu’à leurs chambres. Le ryokan était très beau, les murs et les planchers étaient en bois vernis, avec beaucoup d’objets un peu partout.

Elle leur montra où étaient les salles de bain communes, une pour les hommes et une pour les femmes et précisa qu’elles resteraient ouvertes jusqu’à neuf heures.

Leur chambre était tout à fait remarquable. Elle ressemblait plus à un salon qu’à une chambre. Le sol était en tatami, une petite terrasse fermée avec deux fauteuils et une table basse donnait sur un petit jardin exclusif à cette chambre. Dans un coin, bien mis en évidence, un bel arrangement floral et accroché derrière une peinture sur soie à l’encre de Chine. Au centre, une table basse et quatre sièges sans pied. Une petite salle de bain privée permettait de ne pas avoir à sortir de la chambre. De jolis yukatas étaient à leur disposition, leurs valises étaient arrivées.

Jean leur proposa de faire une promenade aux alentours avant de revenir au ryokan.

Prenez un moment pour vous mettre à l’aise, dit-il, et peut-être faire un peu de toilette. Au retour, nous mangerons dans votre chambre. En revenant, mettez-vous en yukata, vous serez plus à l’aise. Nous irons profiter du O’furo avant d’aller nous coucher. Ma chambre est au fond du couloir. Je passe vous prendre dans une demi-heure.

La chambre de Jean n’était pas aussi luxueuse mais lui convenait parfaitement. Sa valise l’attendait dans un coin.

Une demi-heure plus tard, Jean retrouva les Boisclair. À la sortie, les aubergistes les attendaient et leur demandèrent dans un anglais hésitant si tout leur convenait. Jean leur répondit en japonais et leur dit qu’ils étaient ravis d’être là. Rassurés en entendant Jean parler japonais, ils lui expliquèrent que c’était la première fois qu’ils recevaient des Occidentaux et qu’ils étaient un peu inquiets. Jean leur expliqua que leurs hôtes étaient bien au courant des habitudes japonaises et bien qu’ils ne parlent pas japonais et que ce soit leur première visite au Japon, ils n’avaient pas à être inquiets.

Ils lui demandèrent si un repas traditionnel de la cuisine kaiseki leur conviendrait et à quelle heure ils voulaient manger.

Jean répondit qu’ils en seraient enchantés, qu’il mangerait avec ses clients dans leur chambre et que six heures et demie serait parfait.

Le ryokan était dans le centre-ville. Dehors, ils se retrouvèrent immédiatement dans de petites rues sympathiques et traditionnelles. Beaucoup de promeneurs allaient de boutique en boutique, sans se presser, nonchalamment.

Ils se joignirent à eux. Jean les attira chez un antiquaire qui se fit un plaisir de leur montrer toutes ses merveilles. Il faisait assez beau mais en sortant de la boutique il se mit à faire frais et madame Boisclair jugea qu’elle préférait rentrer.

De retour au ryokan, ils se changèrent, mirent les jolis yukatas qu’on avait mis à leur disposition. Jean avait un problème avec madame Boisclair. Il ne pouvait pas l’accompagner pour le O’furo et comme c’était la première fois pour elle, il craignait qu’elle ne sache pas comment s’y prendre.

Il alla voir les aubergistes et leur demanda si quelqu’un pourrait l’accompagner après le souper. Il leur assura qu’il lui aurait expliqué tout ce qu’il fallait faire et ne pas faire, mais il craignait un peu qu’elle se sente perdue.

L’aubergiste appela la jeune femme qui les avait accueillis à leur arrivée et lui demanda si elle voulait bien accompagner madame Boisclair pour prendre son bain. La jeune femme répondit qu’elle ferait cela avec plaisir et qu’elle viendrait la chercher à huit heures. Jean précisa que madame Boisclair, même si elle ne parle pas japonais, était tout à fait à l’aise avec les traditions japonaises et il remercia la jeune femme. Celle-ci ajouta qu’elle allait en profiter pour pratiquer son anglais et qu’elle s’appelait Mariko.

Il commanda du saké et Mariko san lui dit qu’elle le leur apportera quelques minutes avant le souper.

Il rejoignit les Boisclair assis dans la véranda, admirant le jardin dans lequel des lumières venaient de s’allumer.

Vous êtes très élégants en yukata, dit-il. Si vous avez un peu froid, il y a aussi une sorte de gilet en soie qu’on peut mettre pardessus. Ça s’appelle un haori. J’ai acheté un peu de saké, nous allons pouvoir prendre l’apéritif avant de souper. Après le souper, nous irons prendre notre bain, le O’furo traditionnel. J’accompagnerai Pierre et j’ai demandé à une jeune Japonaise d’accompagner Thérèse. Le bain c’est un rituel exigeant et la première fois on est un peu perdu.

Mon amie Yoko san m’a bien expliqué tout ça avant que nous partions. Je ne ferai pas d’impairs. Mais c’est gentil d’avoir pensé à me trouver quelqu’un pour m’accompagner.

On gratta à la porte. C’était Mariko qui apportait le saké. Rendu dans la chambre, elle se présenta et madame Boisclair put utiliser les quelques mots de japonais qu’elle connaissait.

Ils s’assirent tous les trois autour de la table. Jean fut étonné de la souplesse de ses voyageurs à s’asseoir sur leurs talons comme les Japonais. Lui n’y était jamais parvenu.

Quand les enfants venaient à la maison pour faire leurs devoirs, dit madame Boisclair, ils s’asseyaient toujours comme ça et nous avons fait comme eux, c’est très confortable.

Mariko versa le saké dans de toutes petites tasses et leur dit qu’elle reviendrait un peu plus tard avec le souper.

Kampai, dit Jean.

Kampai, répondirent les Boisclair.

Nous allons devenir alcooliques si ça continue comme ça, dit madame Boisclair en riant.

Je ne pense pas qu’il y ait un grand danger que cela arrive, répondit Jean.

J’ai bien aimé la promenade dans le quartier tout à l’heure, dit monsieur Boisclair, demain je prendrai mon appareil photo, j’ai trouvé ces rues très jolies.

Et demain, il y aura quelques personnes en kimono dans la rue, dit Jean. Demandez-leur de les prendre en photo, ils seront ravis.

On gratta à la porte. C’était le souper. Mariko et une autre jeune fille installèrent sur la table trois plateaux contenant de nombreux petits plats qui constituaient le souper.

Mon Dieu, dit madame Boisclair, que c’est beau ! Tous ces plats sont si différents et originaux, nous ne pourrons jamais manger tout ça !

Il y a treize plats différents, dit Jean, c’est la cuisine Keiseki. Tout doit être extrêmement frais et de saison. Il y a de tout, même un dessert.

Il y avait effectivement beaucoup de choses différentes et parfois difficiles à identifier.

Ils commencèrent à manger tranquillement, le bol de riz à la main, ils prirent le temps de tout savourer. Tout était bon. Chaque plat était joliment présenté avec une belle harmonie de couleurs. Ils terminèrent tranquillement le saké. Mariko vint leur demander s’ils voulaient encore du saké mais ils préférèrent demander du thé.

Le repas prit un bon moment. Malgré le grand nombre de plats, chacun ne représentait qu’une ou deux bouchées et ils n’eurent pas l’impression d’avoir trop mangé.

— On va attendre Mariko pour aller prendre notre bain, dit Jean.

Une jeune fille vint desservir la table. Ils allèrent boire leur thé devant la fenêtre en regardant le jardin éclairé par plein de petites lumières.

À huit heures, Mariko gratta à la porte. Elle avait changé son kimono pour le yukaka du ryokan. Madame Boisclair la suivit. Jean et monsieur Boisclair se dirigèrent vers la salle de bain des hommes. Jean lui montra comment mettre son linge dans l’un des paniers prévus à l’entrée, lui donna l’une des petites serviettes que l’on garde avec soi. Ils s’installèrent sur les petits tabourets pour faire leur toilette.

J’ai pris une douche tout à l’heure, dit monsieur Boisclair, croyez-vous que ce soit vraiment nécessaire ?

Absolument, répondit Jean. Tu vois, il y a là tout ce que tu peux avoir besoin, pour te raser, pour te laver les cheveux ou te brosser les dents. Tu dois faire tout ça ici avant d’aller dans le bain. Moi je vais le faire. Rince-toi abondamment. Les autres clients ont des préjugés sur les étrangers. Il faut leur montrer que tu connais les usages. Le bain c’est pour la détente. J’irai dans le bassin avec toi quand tu auras terminé.

Il se lava à fond comme Kazuko lui avait montré autrefois, et se rasa. Monsieur Boisclair fit de même et se rinça plusieurs fois. Jean se leva et se dirigea vers le bassin en tenant sa petite serviette devant son sexe. Monsieur Boisclair le suivit et l’imita.

Entre dans l’eau doucement, dit Jean, l’eau peut être très chaude.

Quelques hommes trempaient déjà tranquillement, la petite serviette placée sur leur tête. Jean reconnut l’aubergiste parmi eux. Jean se dit qu’il devait être satisfait de la façon dont ils s’étaient préparés pour venir prendre leur bain.

L’eau était chaude mais sans exagération et ils purent s’y immerger sans difficulté.

Mon amie à Tokyo aimait l’eau tellement chaude que j’avais bien du mal à rentrer dans le bain.

Il se rappelait un peu ému, ce premier bain avec Kazuko. Quel souvenir !

L’aubergiste se rapprocha d’eux et demanda à Jean s’ils étaient satisfaits et s’ils avaient aimé leur souper.

Jean lui répondit que tout était parfait et que les deux nuits passées dans leur ryokan resteraient un souvenir inoubliable pour ses clients.

En l’entendant parler japonais, les autres tournèrent la tête dans leur direction et l’un d’entre eux lui souhaita la bienvenue à Takayama. Il le remercia et lui dit combien ils étaient contents d’être ici.

Aimes-tu cela ? demanda Jean à monsieur Boisclair.

Beaucoup, je savais que nos amis, monsieur et madame Sato se baignaient quand ils rentraient du travail, mais je croyais que c’était pour se laver, parce que le métier de jardinier était assez salissant. Mais je comprends mieux maintenant. C’est une sensation très agréable, il faudra que nous fassions cela chez nous.

Jean réalisa que sa salle de bain ne conviendrait pas à Keiko et qu’il faudra faire quelques modifications au bain s’il ne voulait pas inonder ses voisins du dessous.

Ils regagnèrent la chambre. Pendant leur absence on avait placé les futons pour la nuit. Madame Boisclair arriva un peu après eux.

Quelle aventure, dit-elle, quelle expérience ! Mariko a été adorable et m’a guidée pendant tout le temps. Elle m’a même lavé les cheveux. Une fois dans l’eau elle a servi d’intermédiaire avec les autres femmes et ce fut très agréable. C’est une très belle femme, Jean, l’avez-vous regardée ? Il faudra lui donner quelque chose quand nous partirons.

Pas de pourboire, dit Jean, mais si vous avez un cadeau, ça, c’est accepté. Je suis d’accord avec vous, c’est une très jolie femme. Je regagne ma chambre. Je pense que vous serez confortable pour passer la soirée. Sur la petite table, il a un thermos avec de l’eau chaude et de quoi vous faire du thé. On se retrouve demain matin. Le déjeuner ne se prend pas dans la chambre. Ce sera un déjeuner japonais. Sûrement pas de café. Nous pourrons en prendre un quand nous serons à l’extérieur. Akihiko san vient nous chercher demain matin. Dormez bien.

Dans sa chambre, le futon avait été installé. Après quinze minutes de télévision, il se coucha. Aucune pensée négative, aucune tristesse. Quel changement en relativement peu de temps ! Satisfait, il s’endormit rapidement.

Chapitre II

Le lendemain matin, Jean se rendit dans la petite salle à manger où l’on servait le déjeuner. Installés autour d’une table basse, sur des sièges sans pied, il y retrouva les Boisclair en train de manger.

— C’est assez surprenant de manger du poisson pour le déjeuner, dit madame Boisclair, mais on s’y fait.
— Qu’est-ce qu’on vous a servi ? demanda Jean.
— De la soupe, du riz, de la salade, du saumon et plusieurs petites choses que nous avons eu du mal à identifier.
— Vous auriez pu avoir un déjeuner différent, les Japonais ne mangent pas toujours du poisson pour déjeuner.
— Mais on avait envie d’essayer le déjeuner japonais. Demain nous en prendrons un autre.
— Avez-vous bien dormi ? demanda Jean.
— Très mal, dit monsieur Boisclair. Nous sommes très déçus et nous avons décidé de rentrer dès maintenant.

Jean, un peu interloqué, ne savait plus que dire.

Ils se regardèrent puis éclatèrent de rire.

— Poisson d’avril, dirent-ils en cœur.
— Nous sommes le 1er avril, dit madame Boisclair. Nous avons très bien dormi. Nous avons planifié cette petite plaisanterie hier soir mais nous avons eu bien du mal à garder notre sérieux.

Jean rit de bon cœur.

— Je ne sais pas si le poisson d’avril existe au Japon. Il faudrait que je demande.
— Dites-nous ce que vous avez prévu pour aujourd’hui.
— Ce matin nous irons tout d’abord au marché avec Akihiko san. Il est installé tous les matins le long de la rivière, pas très loin d’ici. Il fera encore un peu frais, habillez-vous bien, mais pas trop, puis nous irons voir le pont rouge et avec un peu de chance peut-être que quelques arbres au bord de la rivière seront en fleurs. À Takayama la saison est plus tardive mais quelques arbres pourraient être plus avancés que d’autres.
— On pourrait faire un arrêt pour prendre un café, dit monsieur Boisclair. J’avoue que cela me manque.
— Moi aussi. Après le marché, nous ferons une promenade dans la ville. Il y a de jolies maisons traditionnelles et de jolies boutiques. Ensuite, nous irons dîner dans un restaurant local. Une voiture viendra nous chercher pour aller à Shirakawago. C’est un village assez spécial avec des maisons aux toits de chaume. Autrefois, toutes les maisons de la région étaient comme ça. Je crois que cela vous plaira. On m’a dit qu’Ainokura, le village de madame Sato, ressemble à celui que nous allons voir aujourd’hui. Nous pourrons vérifier cela demain car nous nous y arrêterons avant d’aller voir la sœur de Yoko san.

Le déjeuner terminé, après une très rapide toilette, ils s’habillèrent chaudement pour sortir. L’aubergiste les attendait à la porte. Il leur demanda s’ils avaient passé une bonne nuit et Jean le rassura. Il avait avec lui une jolie canne en bois sculptée qu’il offrit à monsieur Boisclair. Il expliqua à Jean qu’il les faisait lui-même, que c’était son passe-temps et qu’il pensait que cela serait très utile car il avait eu l’impression que monsieur Boisclair avait une certaine difficulté à marcher.

Jean traduisit. Monsieur Boisclair se confondit en remerciements en français et en japonais. L’aubergiste semblait très content de lui-même et répétait « presento ». Les deux hommes se saluèrent et monsieur Boisclair partit fièrement, appuyé sur sa canne.

Avant de le rejoindre, Jean renouvela les remerciements et lui dit qu’ils avaient prévu d’aller à Shirakawago et qu’ils reviendraient en fin d’après-midi.

Akihiko san les attendait à l’entrée du ryokan. Après les avoir salués et leur avoir demandé s’ils avaient passé une bonne nuit, il les conduisit au marché. Les étals étaient très simples. Des paysans de la région vendaient des produits locaux, des légumes connus et inconnus. Il y avait aussi quelques artisans qui proposaient de petits objets en bois ou en papier. Il y avait beaucoup de monde mais pas la moindre bousculade. Les gens attendaient sagement et les marchands s’empressaient à les servir.

Ils marchèrent un bon moment, regardant les gens, les marchands, les clients. On distinguait facilement les paysans venus vendre leurs produits des marchands professionnels car ils n’étaient pas habillés de la même façon.

— Peut-être que ce serait le bon moment pour boire un café, proposa monsieur Boisclair, est-ce possible ?
— Of course, répondit Akihiko.

Il les conduisit dans un café dans une ruelle qui donnait sur la rue du marché. Ils eurent droit à l’accueil traditionnel de tout le personnel, à la serviette chaude et une jeune fille prit leur commande immédiatement.

En sortant du café, Akihiko san les entraîna jusqu’au pont rouge qui enjambe la rivière. Sur la rive plusieurs arbres avaient commencé à fleurir et leur reflet dans l’eau était très harmonieux. Monsieur Boisclair prit plusieurs photos et Akihiko photographia les trois Québécois.

Un groupe de jeunes gens s’engagea sur le pont. Les garçons étaient habillés en samouraïs et les filles portaient de jolis kimonos fleuris. Ils avaient l’air très joyeux. Monsieur Boisclair demanda à Jean s’il pouvait les prendre en photos. Jean leur fit le message. Ils acceptèrent en riant et se placèrent avec beaucoup de soin afin d’être tous sur la photo avec les cerisiers en toile de fond.

Jean leur demanda pourquoi ils étaient costumés ainsi. Ils lui expliquèrent qu’ils étaient étudiants à Kyoto et qu’ils avaient eu envie de passer ensemble deux jours à Takayama pour voir leurs familles ; pour l’occasion, ils avaient de s’habiller avec les costumes qu’ils allaient porter dans dix jours quand ils allaient défiler au Dano matsuri, le festival du printemps.

Jean traduisit. Il leur expliqua qu’ils étaient canadiens, du Québec, et qu’ils parlaient français. Un des garçons prit une photo avec tout le monde. Jean lui donna sa carte de visite et retrouva au fond de sa poche une épinglette du Québec qu’il lui donna.

— C’est dommage, dit Jean, qu’on ne puisse pas voir ce festival qui est l’un des plus beaux du Japon. C’est à la mi-avril.
— Quelle rencontre intéressante ! dit madame Boisclair. Si Jean ne leur avait pas demandé pourquoi ils étaient habillés comme ça, nous aurions pu croire qu’il s’habillait comme ça tout le temps.
— Mais des filles en kimono, nous en verrons souvent, dit Jean, car la période des cerisiers en fleurs c’est un temps de fête ; beaucoup de femmes se promènent dans les rues de Kyoto en kimonos ou en yukatas qui sont plus confortables quand il se met à faire chaud.

Ils se remirent en route. Il faisait plus chaud. Les rues étaient très jolies, les vieilles maisons avaient beaucoup de caractère et au rez-de-chaussée de plusieurs d’entre elles se trouvaient des boutiques originales, des antiquaires, de petits cafés, des fabricants de toutes sortes de produits inattendus.

Ils dînèrent dans un petit restaurant familial, tout petit, avec de la place pour pas plus de dix personnes. Le patron cuisinait derrière une sorte de comptoir devant lequel deux tabourets permettaient à deux clients de manger bruyamment un grand bol de nouilles. Cela semblait être la spécialité de la maison.

— Le rideau à l’entrée du restaurant indique « udon », expliqua Akihiko san. C’est la spécialité de la maison. Ce sont de grosses nouilles dans un bouillon. Quand vous commandez, vous dites simplement ce que vous voulez avec vos nouilles, une ou deux crevettes ou une tranche de porc ou des légumes. Vous serez servi très rapidement.

Tout le monde donna son choix et il commanda.

Cinq minutes plus tard, chacun avait devant lui un grand bol odorant dans lequel flottaient quelques herbes et l’accompagnement choisi.

Akihiko dit « Itadakimasu » et commença à manger en aspirant bruyamment ses nouilles.

— Faites attention, dit Jean, c’est très chaud. C’est comme ça qu’on mange les nouilles au Japon. Comme c’est très chaud, on aspire de l’air en même temps et cela évite de se brûler. J’ai essayé souvent de faire comme eux, mais je n’y parviens pas.

Avec beaucoup de rires et de bonne humeur, chacun vida son bol.

— C’était très bon, dit madame Boisclair, un peu difficile à manger avec des baguettes, mais très bon.
— On va marcher cinq minutes avant de prendre la voiture, dit monsieur Boisclair, cela facilitera la digestion. On mange vraiment beaucoup depuis que nous sommes arrivés, nous ne mangeons pas autant chez nous. Il faudra se mettre au régime en rentrant.

Le patron arriva avec du thé. Akihiko lui expliqua que ses clients étaient canadiens et celui-ci les remercia de venir chez lui.

Dehors, il faisait très beau. Ils ne remirent pas le petit manteau qu’ils avaient mis le matin. Après cinq minutes de marche, ils arrivèrent au taxi qui devait les emmener à Shirakawago.

— Il y a plusieurs villages qui ressemblent à celui-là, expliqua Akihiko, mais celui-ci est le plus grand. Toutes les maisons sont des maisons gassho-zukuri aux toits de chaume. En allant à Kanazawa, vous vous arrêterez à Ainokura qui a aussi des maisonscomme celles que vous verrez cet après-midi.
— C’est le village natal de mon amie Yoko, dit madame Boisclair. Peut-être nous trouverons sa maison.

Une heure et demie après, ils arrivèrent au village. En descendant du taxi, ils furent accueillis par un groupe de jeunes filles en costume d’écolière qui leur proposa de les escorter dans leur visite. Amusés, ils acceptèrent. Akihiko expliqua qu’au Japon c’était la fin d’une année scolaire et que les élèves avaient quelques jours de vacances avant de recommencer une autre année, c’était la raison pour laquelle toutes ces jeunes filles étaient là. Il ajouta qu’elle avait vraisemblablement quelque chose à vendre pour leur école et c’était pour cela qu’elles portaient leur uniforme scolaire.

Les maisons étaient très spéciales : très étroites avec trois ou quatre étages, des toits de chaume très pentu. Devant chacune d’elles, un petit jardin mélangeait les fleurs et les légumes. Certaines maisons étaient toujours habitées, d’autres étaient devenues de petites boutiques ou des petits musées.

Une des jeunes filles proposa de venir visiter sa maison. Jean traduisit et ils acceptèrent. La maman était sur le pas de la porte et accueillit ses visiteurs avec tous les mots de bienvenue que Jean connaissait bien. On se déchaussa et elle leur apporta des pantoufles en paille. La maison était étroite, une seule grande pièce avec un foyer à ciel ouvert au centre. Tout était impeccable. Pas de meubles, un grand coffre dans un coin. On montait aux étages avec un escalier raide qui ressemblait plus à une échelle.

La jeune fille dit que sa chambre était tout en haut. Elle proposa d’aller la voir mais madame Boisclair lui dit qu’elle ne se sentait pas capable de monter cet escalier, ce qui fit rire tout le monde.

Ils sortirent de la maison, remercièrent la maman et remirent leurs chaussures.

Ils firent le tour du village qui n’était pas très grand. Tout était d’une grande propreté. Il y avait des bourgeons sur le point d’éclore sur les cerisiers plantés autour des maisons.

— Patience, dit Jean, quand nous serons à Kanazawa, tous les arbres seront en fleurs.

De retour au taxi, toutes les écolières les rejoignirent. Elles avaient effectivement des cartes postales de leur village à vendre pour leur école. Les photos d’hiver avec la neige sur les toits de chaume étaient particulièrement jolies. Jean en acheta un paquet. Tout le monde se regroupa autour des Québécois pour une photo. Monsieur Boisclair s’apprêtait à la prendre mais un monsieur sortit de son magasin et proposa gentiment de prendre la photo avec tout le monde.

De retour à Takayama en fin d’après-midi, on avait prévu la visite d’une brasserie de saké. On les attendait. Après qu’ils eurent enlevé leurs chaussures, on les invita à venir s’asseoir sur des coussins dans une petite salle en tatami pour leur faire goûter le saké produit dans cette brasserie. Ils remirent leurs chaussures pour faire la visite. On leur fit mettre des vêtements de plastique, chapeau, blouse, chaussons. On leur expliqua les différentes phases de la fabrication du saké. Jean traduisit au fur et à mesure les explications et les questions. Le magasin proposait tout ce que la brasserie produisait. Jean acheta une jolie bouteille bleue et suggéra qu’on la boive avec le souper.

Akihiko les quitta devant le ryokan.

— Je ne vais pas à Kanazawa avec vous demain, dit-il, mais je viendrai demain matin vous dire au revoir.

En entrant, Jean demanda à Mariko de mettre le saké au bain-marie et de l’apporter avant le souper à six heures et demie.

Il proposa de profiter tout de suite du bain. Cette idée plut aux Boisclair.

— Je sais maintenant ce que je dois faire, dit madame Boisclair, je n’ai plus à déranger Mariko san.

Tout le monde se mit en yukata et se dirigea vers les bains.

— Attention, dit Jean, l’eau risque d’être plus chaude qu’hier. Entrez doucement.

Tout se passa parfaitement. Effectivement l’eau était plus chaude que la veille mais c’était supportable. Il y avait au bout du bassin une petite chute d’eau. Jean s’installa en dessous bientôt rejoint par monsieur Boisclair. L’eau qui tombait sur eux avait un effet revigorant.

Ils sortirent de l’eau, le corps fumant, et ils ne rencontrèrent aucune difficulté à se sécher avec la petite serviette prévue à cet effet avant de regagner leurs chambres. Après avoir mis l’haori par-dessus son yukata, Jean regagna la chambre des Boisclair pour le souper.

Madame Boisclair vint les rejoindre un peu plus tard.

— J’ai réussi à bavarder avec deux dames, dit-elle, avec quelques mots d’anglais et beaucoup de gestes. C’était très sympathique.

Mariko san arriva avec le saké et servit tout le monde et dit qu’elle apporterait le souper un peu plus tard.

Jean demanda à madame Boisclair si elle avait toujours l’intention de lui offrir un cadeau.

— J’ai apporté plusieurs cadeaux. Je les ai bien enveloppés comme mon amie Yoko me l’a recommandé. Penses-tu qu’un parfum serait un bon choix ?
— Certainement, répondit Jean. Ce sera le bon moment quand elle apportera le thé à la fin du souper. Ne vous attendez pas à ce qu’elle ouvre son cadeau devant vous. Cela ne se fait pas.

Mariko san arriva en compagnie de l’autre jeune fille et elles installèrent le souper sur la table. C’était encore de la cuisine kaiseki composée de plusieurs petits plats. Les couleurs, l’agencement, tout était harmonieux et raffiné.

— C’est comme hier, dit madame Boisclair, et pourtant tout est différent.

Jean demanda à Mariko d’apporter du thé à la fin du repas.

Ils s’installèrent autour de la table et commencèrent à manger. Jean servit le saké et expliqua qu’il ne devait pas se servir lui-même. Pierre se dépêcha de remplir sa petite tasse.

Quand Mariko arriva avec le thé, ils n’avaient pas encore fini le repas. Elle posa la théière et les tasses et s’apprêta à sortir.

— Mariko san, dit madame Boisclair en anglais, attendez un moment. Je veux vous remercier pour votre gentillesse hier avec moi. Acceptez ce petit cadeau en souvenir de notre visite, ici à Takayama.

Elle posa devant Mariko, le parfum qu’elle avait préparé.

Celle-ci s’inclina à plusieurs reprises, prit le petit paquet à deux mains et remercia plusieurs fois en anglais et en japonais.

— Cela m’a fait très plaisir de vous accompagner hier, dit-elle, ce fut un moment très agréable.

Elle se retira lentement.

— Est-ce que j’ai bien fait ça ? demanda madame Boisclair à Jean.
— C’était parfait. Les Japonais offrent leurs cadeaux avec beaucoup de naturel, et nous nous avons toujours beaucoup de mal, mais toi, c’était très bien.

Ils finirent tranquillement le repas et le saké et s’installèrent devant la fenêtre pour admirer le jardin en buvant le thé.

Madame Boisclair demanda à Jean :

— Demain, nous allons à Nanto. J’aimerais que tu téléphones à la sœur de Yoko san avant notre départ. Nous irons d’abord directement chez elle. Et, si c’est possible, ensemble à Ainokura. Si elle ne peut pas venir, nous irons après sans elle. Nous avons largement le temps. Elle s’appelle Yumiko Uenaka. Je ne sais pas grand-chose d’elle, sinon qu’elle est un peu plus jeune que Yoko et qu’elle habite à Nanto.
— Je vais téléphoner tout de suite, dit Jean.

Mariko était dans l’entrée. Il lui demanda s’il pouvait téléphoner. Il lui donna le numéro à appeler. La communication se fit rapidement.

La personne qui lui répondit était bien la sœur de madame Sato. Jean lui expliqua qu’il était avec des amis de madame Sato et qu’ils prévoyaient passer la voir le lendemain matin. Elle lui répondit que sa sœur l’avait prévenue qu’elle allait avoir leur visite et qu’elle serait très contente de les rencontrer le lendemain.

Jean rejoignit les Boisclair et confirma qu’ils étaient attendus le lendemain matin puis il regagna sa chambre. Il fut tenté un moment de retourner prendre un autre bain mais finalement il y renonça.

Il fit un petit bilan mental de son voyage. Accompagner les Boisclair avait pris tout son temps et toute son énergie mais il était satisfait car tout fonctionnait assez bien et ils ne semblaient pas avoir trop de mal à suivre le programme prévu pour eux.

À Kanazawa, ils n’iraient pas dans un ryokan, mais dans un hôtel cinq étoiles, ce qui sera plus reposant. Ils allaient retrouver Akiko san et peut-être Ito san. Il allait faire la connaissance des responsables de l’agence japonaise. Il espérait bien que Keiko l’appellerait soit à Kanazawa, soit à Kyoto. Il se coucha et s’endormit en pensant à elle.

Le lendemain matin, il ferma sa valise et la porta dans l’entrée.

Il retrouva les Boisclair au déjeuner. Ils avaient choisi un autre repas. On avait mis sur la table, un petit réchaud pour faire cuire les œufs, et on leur avait préparé une assiette avec du jambon et de la salade avec un café, pour leur plus grand plaisir.

Ils avaient bien dormi et se sentaient en forme pour la suite des visites. Ils avaient fermé leurs valises.

— Les valises voyagent avec nous pour aller à Kanazawa, dit Jean. Nous voyagerons avec un minibus qui pourra prendre nos trois valises. Je viendrai chercher les vôtres, tout à l’heure.

Il déjeuna tranquillement. Quand il revint dans le couloir pour prendre les valises, elles étaient déjà parties, Mariko s’en était chargé.

Les aubergistes et Mariko les attendaient à l’entrée pour leur souhaiter un bon voyage. Akihiko san sur le pas de la porte les salua et porta les valises dans le minibus.

Madame Boisclair demanda à Jean de dire aux aubergistes combien ils avaient aimé ces deux jours dans leur auberge ce qu’il fit. Ceux-ci les remercièrent de leur visite et les saluèrent en s’inclinant plusieurs fois.

Ils remirent leurs chaussures et sortirent du ryokan. Monsieur Boisclair montra sa canne et remercia l’aubergiste. Ils se dirigèrent vers la voiture. Jean se retourna plusieurs fois pour saluer les aubergistes et Mariko san qui lui rendirent son salut. Akihiko san leur souhaita un bon voyage et salua plusieurs fois pendant que la voiture s’éloignait.

— Ces adieux sont bien formels et bien compliqués, dit madame Boisclair. Nous ne sommes pourtant pas des gens si importants.
— Plus que tu ne le crois, Thérèse, répondit Jean. Vous êtes vraisemblablement les premiers Occidentaux qu’ils aient reçus dans leur auberge. Je suis sûr qu’ils ont commencé par refuser de vous recevoir et que l’agence a dû insister. Il y a une dizaine de ryokans à Takayama, et Ito san a peut-être essuyé plusieurs refus avant de pouvoir faire cette réservation pour vous. Vous êtes quelque chose de bien spécial et vous ouvrez la porte à de gros changements.
— Mais pourquoi ont-ils peur de nous recevoir ?
— À la fin de la guerre, il n’y avait pas d’hôtel au Japon et des familles américaines ont logé dans des ryokans. Cela a parfois créé quelques remous. Ils se sont lavés dans le bain, ont marché avec leurs chaussures dans l’auberge et ont été scandalisés d’avoir à se baigner avec d’autres personnes dont des femmes, car autrefois les bains étaient mixtes. On a construit rapidement des hôtels sur le modèle américain, et les ryokans se sont fermés aux Occidentaux.
— Et toi, qu’as-tu vécu ?
— Je n’étais pas encore allé dans des ryokans, ce n’était pas dans mon budget. Avec le groupe qui vous a précédé, nous sommes allés dans des minshukus qui fonctionnent de la même façon mais qui sont beaucoup moins chers et aussi moins luxueux. C’était très familial et très sympathique. Mais je crois que nous étions les premiers Occidentaux à être reçus chez eux. Comme j’essayais de parler japonais, cela a beaucoup aidé à ce que nous soyons acceptés.

Jean demanda au chauffeur d’aller directement à Nanto et de ne pas s’arrêter à Ainokura.

Ils arrivèrent à Nanto une heure et demie plus tard. Jean donna l’adresse au chauffeur qui s’arrêta devant un téléphone public et appela pour avoir les instructions pour se rendre chez madame Uenaka.

Sa maison était un peu en dehors de la ville. C’était une sorte de ferme. Quand ils s’arrêtèrent, plusieurs personnes les attendaient. Jean descendit le premier. Une vieille femme s’approcha de lui. C’était madame Uenaka. C’était une toute petite bonne femme. Jean se présenta. Les Boisclair les avaient rejoints.

Madame Boisclair demanda à Jean de lui dire qu’elle ressemblait beaucoup à son amie Yoko.