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Sandrine Escriva

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Beschreibung

Une mère marseillaise, après sa mort, fait une rencontre surprenante et est transportée vers un ailleurs ancien, un village nordique qui pèsera sur le futur de son fils. Ce dernier, guidé par un rêve récurrent auquel il veut trouver un sens, cherche des réponses en Norvège et se lance dans une quête qui va changer sa vie…


À PROPOS DE L'AUTEURE


Sandrine Escriva est férue de peinture, de photographie et surtout d’écriture, cette dernière s’est imposée à elle de manière impétueuse. Depuis lors, elle navigue entre différentes formes d’art et rédige des recueils et des œuvres romanesques teintées de culture nordique.

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Seitenzahl: 441

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sandrine Escriva

Voir au-delà

Roman

© Lys Bleu Éditions –Sandrine Escriva

ISBN : 979-10-377-9105-4

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

La vie est un sommeil et la mort est le temps du réveil, et l’homme marche entre l’un et l’autre comme un fantôme.

Proverbe oriental

Chapitre 1

On se gèle ici. Vivement que ce soit fini et que je rentre chez moi… Sandrine, tendue sur la table d’opération, voyait le personnel hospitalier s’affairer autour d’elle, tranquillement, sans se préoccuper d’elle. Elle eut l’impression d’être un gros steak sur un plan de travail que les cuisiniers allaient découper, émincer, hacher pour le plaisir gustatif de clients avides.

Un homme rentra brusquement, en blouse, avec son masque, et alla directement vers la future sacrifiée. Sandrine sentit le courant d’air de son arrivée la faire frissonner encore plus.

— Bonjour Madame Marino, comment allez-vous ?

Sandrine pouvait percevoir son sourire sous le masque. Elle reconnut Frédéric Puget, l’anesthésiste qu’elle avait rencontré peu de temps avant l’opération. Penché au-dessus d’elle, Sandrine focalisa sur les yeux noirs de l’homme en blouse, enfoncés et bordés d’épais sourcils. Son regard de nuit la fit se sentir encore plus vulnérable. Elle n’eut pas le temps de répondre que l’homme poursuivit.

— Madame Marino, on va bientôt commencer, je vais vous injecter une petite dose de produit qui va vous endormir juste le temps qu’il faut.
— Vous me faites revenir, hein ? J’ai un fils qui a besoin de moi.

Sandrine fut surprise d’avoir dit ça, elle trouva ses paroles particulièrement ridicules.

— Mais bien sûr que vous allez vous réveiller tout à l’heure, enfin, ce n’est qu’une petite intervention de rien du tout, une énucléation de votre kyste apical. Même s’il est particulièrement bien infecté, il n’y a aucune appréhension à avoir, je vous assure ! Pensez à quelque chose d’agréable, maintenant que je vous injecte le produit.

Quelque chose d’agréable ? Un Mojito, c’est possible ? se dit Sandrine prête à sourire. Un massage par un bel homme baraqué… Des profiteroles…

Puis, les ténèbres prirent place. Toute la place. Sandrine cessa de sentir les picotements dans ses membres et s’enfonça lourdement dans un trou noir.

Des sons revinrent vaguement à elle ensuite. Des voix aiguës, tendues, qui vibraient de stress. « Faites-la revenir ! », « Elle ne réagit pas ! », « Bon sang, appelez-moi le chef… »

Sandrine sentait qu’elle devait ouvrir les yeux, vite, il y avait un problème. Elle n’y parvenait pas. Ses paupières étaient scellées dans du béton. Elle s’invectiva.

Tristan, mon fils. Pense à Tristan, tu dois ouvrir les yeux pour lui ! Comment il ferait sans toi ? Allez !

Tout en étant concentrée sur l’intense effort pour ouvrir ses yeux, Sandrine sentit comme un timide souffle qui lui donnait l’impression d’être entièrement soulevée de son lit. Elle devenait légère. Comme elle eut la sensation de flotter, sa vision revint, sans qu’elle ait eu l’impression d’avoir réussi à ouvrir les yeux.

Elle se vit.

Et là, elle comprit.

Non ! Pas ça ! Ils m’avaient promis que ce ne serait rien ! Connard d’anesthésiste, il m’avait promis ! Et Tristan ? Et Stéphane ?

Alors qu’elle était partie résolument dans la colère, la révolte et le chagrin, Sandrine ressentit qu’en elle-même, elle ne trouvait plus ces sentiments. Sa conscience appelait la violence, mais rien ne répondait. Elle se sentait de plus en plus vide, même apaisée. Elle réalisa alors que c’était ça, quitter la vie ; ne plus rien ressentir. Et pourtant, elle voyait, elle pensait, elle raisonnait…

C’est quoi ce bordel ? Mais moi, je veux être furieuse ! Je veux pouvoir lui mettre mon poing dans sa gueule d’anesthésiste incompétent ! Je veux hurler !

Sandrine se rapprocha de Frédéric Puget, affairé sur son corps. Elle ne sut dire si elle avait marché vers lui, en empruntant ses jambes, ou si elle avait flotté. Toujours est-il qu’elle tenta de lui coller une sacrée beigne au niveau du visage. Mais rien. Son poing ne faisait pas contact. Concentré sur l’urgence vitale, Frédéric Puget pencha sa joue pour la frotter contre son épaule, comme si une mouche l’avait légèrement chatouillé. Rien de plus.

Sandrine, vidée et impuissante, resta là, à regarder aux premières loges le spectacle lamentable de sa fin.

« Heure du décès, 10 h 15 », « Je vais prévenir le mari », « Il est dans la salle d’attente »… Des bribes de phrases, le vide progressif de la salle d’opération, la lumière qui s’éteint, le néant qui devient sa vie ; la mort qui empêche désormais toute interaction avec les gens qui continuent à vivre sous ses yeux. Le silence.

Il faut que je voie Steph, il va s’effondrer, se dit-elle. Sandrine, abasourdie, ne parvenait pas à invoquer l’énergie nécessaire pour se déplacer vers la salle d’attente. Ce fut un trajet en pointillé, où elle ne perçut que quelques images de couloirs, de gens croisés, de bruits flous, sans savoir vraiment de quelle manière elle avançait. En elle, ce n’était plus une caméra qui filmait tous les détails de la réalité et de la vie, mais quelques photos qui en rendaient une image partielle et déformée. Ces différences de perception de la réalité l’accablaient et lui donnaient une impression de tournis et de nausée, comme si quelqu’un devenait du jour au lendemain malvoyant et devait se déplacer tout de suite, dans le noir, sans avoir le temps de s’y faire.

Elle arriva quasi trop tard ; elle put juste apercevoir Stéphane de dos, voûté, secoué de sanglots, en train de partir de l’hôpital.

Tristan… Il faut que je le voie, que je sois là, se dit Sandrine. Je sais pas si c’est bien normal que je sois encore ici, dans ce monde, mais si on m’a oubliée, avant de partir je ne sais où, je veux revoir ma maison, ma famille.

Sandrine se demanda comment retourner chez elle. Elle se posa et se concentra. Elle tenta de se remémorer le chemin pour y parvenir et les pièces de sa maison. Consciente de la diminution progressive de ses facultés humaines, elle essaya de se projeter mentalement.

Elle vit quelques images d’extérieur, des rues dans l’obscurité. Puis, sans trop savoir comment, elle se retrouva dans l’entrée de sa maison. Ce devait être la nuit, tout était sombre et calme. Elle s’éleva à l’étage et perçut des bruits sourds. À l’entrée de la chambre de Tristan, elle les vit tous les deux, dans les bras l’un de l’autre, en pleurs, le père et le fils.

— C’est pas possible, papa, c’est pas possible…
— Ils ont dit qu’elle avait fait une réaction au produit de l’anesthésie… Son cœur s’est arrêté… Je suis désolé mon fils… On va s’en sortir…

Sandrine se rapprocha d’eux comme si elle s’intégrait à leur câlin, mais ils n’eurent pas de réaction. Elle eut un élan vers son fils qui sanglotait. Tristan, alors se redressa brusquement, reprit sa respiration comme s’il s’était étouffé et les yeux écarquillés, resta figé, ne pleurant plus.

— Qu’est-ce qu’il y a, fils ?
— Elle est là, elle vient de passer en moi… Pour me calmer. Je l’ai sentie…
— Maman ?
— Oui, elle est ici, avec nous, j’en suis sûr.

Le père et son fils, de même taille, se redressèrent et regardèrent autour d’eux, faisant silence, comme s’ils attendaient de percevoir un bruit, quelque chose qui leur prouverait la présence de Sandrine.

Oui, mes chéris, je suis là, je vous aime tellement. Qu’est-ce que je peux faire ? Je ne peux même pas vous toucher, vous prendre dans mes bras… regretta Sandrine.

Elle recula vers la fenêtre, tentant de faire sentir mentalement à ses hommes la force de son amour.

— Viens, Tristan, on va se boire un truc.
— OK…

Sandrine se demanda si Steph voulait détourner l’attention de Tristan sur autre chose et lui éviter de rentrer dans un délire morbide, ou s’il avait tout simplement la trouille de penser que les morts puissent être là, à les côtoyer, à leurs côtés. Ils ouvrirent la porte et sortirent, laissant le chien rentrer dans la pièce. Ils ne virent pas que l’animal se mit à remuer la queue, le museau tendu vers la fenêtre.

Sandrine essaya de se rappeler dans sa chair le chagrin, la frustration qu’elle pensait ressentir à la vue de ses hommes en peine, sans pouvoir faire quoi que ce fut. Elle tentait de faire remonter cette douleur en elle pour être en accord avec la peine dont elle avait conscience, dans sa tête. Mais les sentiments devenaient tellement fuyants… Son univers se réduisait à sa conscience, à ce qu’elle pouvait penser, c’était tout.

Sandrine réfléchit. Je ne suis que la moitié de moi-même ; la partie pensante. L’autre partie, sensible, s’évapore. J’essaye de résister, mais je vois bien que ces efforts sont vains… En même temps, je suis morte… C’est peut-être pas si mal d’être au moins une moitié de moi… Peut-être que c’est mieux de ne plus se retrouver en prise aux émotions fortes ! Pourtant… Je suis face à un drame, mon drame ! Et je n’arrive pas à en souffrir comme il faudrait. Comme s’il s’agissait de quelqu’un d’autre…

En d’autres temps, elle se serait qualifiée d’égoïste, de lâche et de cruelle lorsqu’elle s’éloigna de ces pièces empreintes de larmes de deuil, mais à ce moment-là, elle agissait de la manière adéquate, tout simplement. Les morts ne s’occupent plus des souffrances des vivants, voilà tout. Elle eut besoin d’air frais. Elle se retrouva sur le toit de sa maison, côté mer. Son regard s’étira vers l’horizon sombre. La lune éclairait la Méditerranée d’une douce lumière blanche. Tout respirait la tranquillité, comme en elle-même. Pour la première fois depuis sa mort, elle se sentit bien. Pas de stress, de douleur, d’inquiétude, ni de peur du lendemain. Si on lui avait dit qu’elle devrait rester là, à errer jusqu’à la fin des temps, elle aurait souri. Son âme en paix, sa conscience embrassait toute la quiétude du paysage. Elle eut l’impression de s’asseoir, comme pour méditer face à une vue apaisante, mais la réflexion ne venait pas. Elle était juste là, faisant partie du tout ; une petite particule intégrée à une immense composition cosmique.

Un long moment passa quand soudain, un bruit dans son dos la força à se retourner. Il lui sembla voir une ombre vers le haut du conduit de cheminée, à l’autre bout du toit. Elle se redressa et s’avança. Elle n’avait pas peur. Elle ne savait plus avoir peur, de toute façon.

— Qu’est-ce que c’est ? Il y a quelqu’un ?

La masse noire bougea. Sandrine se dit qu’il s’agissait probablement d’un oiseau qui venait de descendre de l’antenne télé. Elle se rapprocha.

— Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger…

Et l’ombre se dégagea de l’obscurité pour apparaître face à Sandrine, dans l’éclairage délicat de la lune. La jeune morte fut saisie. Elle vit son visage, avant tout autre chose. L’éclairage y faisant, ses traits étaient d’une grande douceur ; il avait de grands yeux sombres expressifs et tendres. Une courte barbe en pointe soignée terminait l’ovale de son visage. Les mèches de ses cheveux noirs tombaient jusqu’à ses épaules carrées. Il était grand. Il portait un costume sombre dont la chemise blanche contrastait. Sandrine eut l’impression de voir un personnage échappé d’un tableau romantique du XVIIIe siècle. Elle sut tout de suite qu’en face d’elle, elle avait un mort, comme elle. Une sorte de halo pâle entourait d’ailleurs toute sa silhouette. Le côté surnaturel de cette apparition la laissa interdite quelques secondes.

— Qui, qui êtes-vous ? Et… Que faites-vous sur le toit de ma maison ?
— Je m’appelle Cédric Lambert. Je viens souvent ici.

Sa voix était grave, à peine audible.

Sandrine se ressaisit. Morte depuis quelques heures à peine, on pouvait bien lui foutre un peu la paix quand même…

— C’est chez moi, ici. Je veux être seule. Partez.

Elle vit un éclair de tristesse dans ses yeux puis l’homme baissa un peu la tête, se retourna lentement et s’éloigna.

Je peux quand même m’occuper de mon propre deuil en paix, non ? se dit-elle. Si tous les fantômes du coin viennent me taper la discute, je ne m’en sortirai pas…

Allez, Sandrine, concentre-toi. Tu es morte. OK. Qu’est-ce qui doit se passer ensuite ? Je pars ailleurs ? Je rencontre Dieu, s’il y en a un ? Je reste là ? Suis-je censée accomplir quelque chose ? Servir à quelque chose ? Pfff… On dirait que je réfléchis à mon orientation post-bac… Que faire après ? Une fac de fantômes anges gardiens, un BTS de revenants qui hantent les vivants, une école de zombies ?

Peut-être que je n’aurais pas dû virer le Cédric en question, il aurait pu m’éclairer…

Sandrine se rassit face à la mer et utilisa le restant de la nuit pour tenter de mettre de l’ordre dans ses idées et se donner une ligne de conduite à tenir. Aux premières lueurs de l’aube, elle se dit finalement que tant qu’elle resterait là, elle tenterait d’être présente pour sa famille et de les aider comme elle pourrait. Il ne pouvait en être autrement ; elle se sentait trop liée à cet endroit.

Le soleil commençait à chauffer quand Sandrine ressentit le désir de s’éloigner. Au bord du toit, elle se projeta mentalement dans sa cuisine, comme s’il lui appartenait encore de préparer le petit-déjeuner à Tristan et à Stéphane.

Elle y vit Stéphane, avec les traits tirés, les yeux rouges, déjà habillé, prêt à partir. Tristan, dans le même état, rentra dans la pièce et s’assit face à son bol de céréales, sans dire un mot.

— T’es sûr que tu ne veux pas que je vienne, papa ?
— Non, pour choisir un cercueil, je peux m’en charger tout seul. D’autant que je ne suis pas seul, je t’ai dit que mon frère passait me prendre et on y allait ensemble. Repose-toi, il y a ta tante et ton cousin qui vont venir ce matin. Ils resteront toute la journée, jusqu’à ce que je rentre.

Stéphane sortit de la pièce en faisant mine de regarder son téléphone portable. Arrivé dans sa chambre, il laissa exploser son chagrin qu’il contenait devant Tristan. Il sanglotait sans sentir de larmes couler ; celles-ci étaient taries. Le visage face au mur, il criait sans voix, ses poings se fermaient et il se mit à se taper la tête contre le mur. Il voulait une douleur physique, car celle à laquelle il était en proie à l’intérieur était insupportable.

Sandrine se rapprocha de Tristan. Elle lui caressa la joue, même si elle avait l’impression de le sentir, elle savait que son fils, lui, ne percevrait pas son geste. Elle lui chuchota en même temps les petits surnoms de l’enfance de Tristan et des petits mots tendres, pleins d’amour. Tristan interrompit son petit-déjeuner, releva la tête, tourna ses yeux vers le plan de travail où il avait l’habitude de voir sa mère préparer les repas chaque jour. Des larmes coulèrent de ses yeux rougis. Sandrine posa sa main sur la sienne et chercha de toutes ses forces à rentrer en contact. Contact avec sa peau, contact avec son esprit. Toutes ses fibres de mère criaient l’absence. S’éloigner de son fils alors qu’il avait plus que jamais besoin d’elle relevait de la torture, même si elle se sentait débarrassée de tout sentiment. Il y avait des moments, intenses, où cela revenait. Elle parvint, à ce moment précis, à donner corps à la peine, dans son esprit. La douleur n’était plus une notion abstraite, Sandrine se rendit compte qu’elle pouvait encore convoquer en son âme des émotions. Elle se concentra sur l’amour, du plus fort qu’elle put. Tristan cessa de pleurer d’un coup et recouvrit avec son autre main celle que tenait déjà sa mère ; Sandrine eut l’impression qu’il posait sa main sur la sienne, qu’il l’avait sentie, encore une fois. Elle se sentit encouragée et eut l’impression que cela confirmait sa décision de rester à la maison pour les aider. Elle pouvait manifester sa présence, elle en était sûre désormais. Peut-être lui fallait-il un peu d’entraînement ?

Sandrine redevint attentive à son environnement et réalisa que le temps avait passé. Ce n’était plus le matin. On pouvait voir le soleil se coucher à l’horizon. Peut-être pourrait-elle voir dans le salon la famille censée venir dans la journée ? Elle s’y rendit et fut un peu surprise. Stéphane et Tristan, sur le canapé, jouaient à la console, en s’envoyant des vannes et en souriant, comme ils avaient l’habitude de le faire depuis de nombreuses années. Cette scène ne parut pas coller avec le déroulement de la journée à laquelle avait commencé à assister Sandrine. Celle-ci observa plus attentivement autour d’elle et se rendit compte de légers changements comme une pile de journaux et magazines publicitaires accumulés depuis un certain temps, posés sur un coin de table. Sandrine les jetait quotidiennement, au fur et à mesure du vide qu’elle faisait de la boîte aux lettres. Des vestes qui traînaient sur le dos des chaises du salon. Ça, c’était à prévoir, le bazar des affaires laissées en plan… En se rapprochant du petit meuble où était posé le téléphone fixe, elle tomba sur une belle carte blanche, ornée d’une gerbe d’arums blancs à reflets jaunes, en transparence. Elle put y lire : « Après le chagrin causé par la perte de Sandrine, votre affection et votre soutien ont été d’un grand réconfort dans ces moments difficiles. Savoir que nous pouvons compter sur de véritables amis nous a beaucoup aidés à surmonter cette épreuve douloureuse. Du plus profond de notre cœur, Tristan et Stéphane, vous remercions. »

Une carte de remerciement ? J’ai raté un épisode, c’est pas possible ! Non, je ne peux pas avoir manqué mon enterrement ! Je voulais rester auprès d’eux pour les aider à traverser cette épreuve ! Mais quelle abrutie ! Même pas foutue d’être présente au moment le plus important… Mais, comment ça se fait ? Il y a deux minutes, c’était le matin du lendemain de ma mort…

Elle releva la tête, car Stéphane demanda à Tristan d’éteindre la console ; c’était l’heure de passer à table. Elle les regarda faire et, dès qu’ils se mirent à déguster leurs horribles burgers, tout droit sortis de ces empoisonneurs de fast-food, Stéphane actionna la télécommande de la télé pour afficher le journal des informations de 20 heures. Sandrine put lire la date sur l’écran : on était le samedi 21 janvier. Elle s’était fait opérer de son kyste de la gencive le jeudi 12 janvier ; date de sa mort. Il s’était donc passé douze jours ! Comment était-ce possible ? Comment expliquer qu’elle n’avait eu aucune conscience de tout ce temps qui s’était déroulé à son insu ? Elle fut obligée d’admettre que la notion de temps n’était décidément plus la même chez les revenants… La mère et l’épouse que Sandrine était purent capter, l’espace fugace d’une seconde, la frustration et la déception d’avoir raté cette semaine auprès de ses amours. Ces sentiments qui auraient dû la ravager de son vivant disparurent quasi instantanément. De nouveau ce calme intérieur… Mais le cerveau, lui, s’activait.

J’étais là pour les aider… Si je n’ai même pas été présente pour les soutenir au moment de mes funérailles, mais, bon sang, pourquoi suis-je encore là ? Mais qu’est-ce que je fous là, en fait ?

Elle eut besoin de respirer. Instantanément sur le toit de sa demeure, elle reprit sa pose de la veille, ou presque, son regard orienté vers la mer dont les vaguelettes à peine perceptibles scintillaient encore grâce aux derniers rayons lumineux qui venaient mourir sur l’horizon tranquille. Cette sérénité environnante lui faisait du bien. Elle aurait peut-être dû avoir froid, on était au mois de janvier. Mais, aucune sensation tactile, bien sûr.

Tiens, c’est vrai, pas de chaud, pas de froid, plus de frisson… Plutôt pratique. Pas de faim, pas de soif non plus…

C’était une bonne partie de sa vie qui s’en allait. Adieu l’épicurisme…

— Sandrine ?

Elle se retourna brusquement. Elle vit Cédric Lambert s’approcher, tel qu’il lui était apparu l’autre nuit, en douceur, sans bruit.

Décidément, son arrivée fantomatique l’impressionnait, mais en même temps, elle n’imaginait aucune sorte de danger venant de sa part, au contraire, même.

— Comment connaissez-vous mon prénom ?
— Je connais beaucoup de choses sur vous.

Il sourit. Il y avait tellement de douceur qui émanait de son pâle visage et de sa voix. Aussi, ce qu’il venait de dire n’inquiéta pas Sandrine. Elle fut plutôt intriguée.

— J’aimerais vous poser plein de questions.
— Je sais, je suis là pour ça… Je suis là pour toi.

Sandrine le fixa sans comprendre. Passer au tutoiement en deux phrases à peine, ça lui paraissait relativement inapproprié.

C’est un plan drague, ou quoi ?

— Depuis quand êtes-vous… commença à demander Sandrine, sans pouvoir terminer.

Le mot était encore tabou.

— Mort ? termina Cédric, en souriant.
— Oui…

Sandrine eut un petit sourire contrit, baissa un peu les yeux, ayant l’attitude de quelqu’un qui avait dit quelque chose d’un peu idiot.

— Je suis mort le 28 mars 1865.
— 1865 ? Mais… Mais ça fait plus de cent cinquante ans que vous êtes là ?
— Cent cinquante-cinq ans, oui.
— Mais alors, personne ne part ailleurs ? On reste tous ici après notre mort ? Pourquoi ? C’est trop long, pourquoi ?
— Non, il n’y a que quelques entités qui restent coincées ici.
— Savez-vous pourquoi vous êtes là ?
— Ça fait cent cinquante-cinq ans que je me pose plus ou moins la question.
— C’est possible qu’il n’y ait aucune raison ? Je ne peux pas y croire. Ou plutôt, je ne veux pas y croire. Cette errance interminable doit être insupportable. Si je me retrouvais dans votre cas, je verrais vieillir et mourir mon fils, mon mari, mes proches, sans pouvoir peut-être les retrouver, partir avec eux… Non ! Pourquoi ? Est-ce une punition ?
— Je ne pense pas que notre présence soit le fruit d’une vengeance divine, non. Peut-être doit-on trouver la raison de notre présence ici. Ou attendre l’explication qui pourrait venir d’elle-même, sans qu’on l’ait anticipée. Mais le fait d’être là ne doit pas t’effrayer. Tu parles d’une attente interminable, insupportable, mais tu as dû te rendre compte que le temps ne correspond plus à l’idée que l’on s’en faisait de notre vivant. Tu sais, il m’est arrivé de flotter, rêvasser un moment et il s’était écoulé dix années…
— Et, vous n’avez toujours pas trouvé la raison de votre présence depuis ?
— J’ai quelques idées… Mais je laisse aussi dérouler les choses, telles qu’elles doivent se passer. Peut-être que je comprendrai un jour pourquoi j’ai attendu ici aussi longtemps. Et toi ? Sais-tu ce qui te retient dans ce monde ?
— Je pensais devoir soutenir ma famille après mon décès… Mais j’ai tout raté ; les premières nuits de mon fils et de mon mari alors qu’ils étaient tristes et seuls, mon enterrement, les jours difficiles qui ont suivi… Tout. Je suis minable… Un fantôme minable, en dessous de tout…

Cédric se rapprocha d’elle, lui sourit et lui posa la main sur sa joue.

Je sens sa main ! Je sens un vrai contact, réconfortant d’ailleurs, se dit Sandrine, surprise et un peu gênée.

— Tu n’es pas minable, tu es juste en prise avec une nouvelle manière d’exister. Tu ne maîtrises ni le temps ni l’espace. Mais ça ne doit pas t’inquiéter. Je t’aiderai. Et pour commencer, tu dois me tutoyer, on est bien plus proche que tu l’imagines. Je t’expliquerai ça plus tard. Penses-tu à une action importante entamée, non terminée, dans ta vie ? As-tu caché une chose qui doit être révélée ? Ça pourrait t’aiguiller. Tu sais peut-être déjà ce qui te retient ici.

Sandrine eut alors un flash dès qu’elle entendit « chose cachée qui doit être révélée ». Elle pensa effectivement à quelque chose. À un endroit, qui contenait deux choses importantes. Un endroit connu que d’elle.

— Oui ! Je n’y pensais plus. Il y a un petit coffre à chapeaux dans mon armoire. Il y a un double fond. J’ai caché deux choses. Une pochette dans laquelle j’ai mis un euro par jour depuis la naissance de Tristan. Tristan, c’est mon fils.
— Je sais.
— J’ai constitué ce petit pécule pour pouvoir le lui donner le jour de ses 18 ans. C’est évidemment à part de ce qu’il a sur son compte bancaire. C’est juste une cagnotte surprise que j’ai économisée toute seule ; même mon mari n’est pas au courant. Ça devait être la surprise. Il doit presque y avoir 6500 euros. Avec son père, nous devions d’ailleurs commencer à préparer la fête de son anniversaire et de sa majorité en avril prochain…

Sandrine baissa la tête. Encore un évènement heureux qui serait gâché…

— Tu as parlé de deux choses. Y a-t-il un autre trésor caché ?
— Oui. En plus de cette pochette pleine d’argent, il y a mon manuscrit.
— Ah oui, l’autobiographie que tu écrivais depuis quelques années. Je t’ai vue l’écrire, parfois.

Il est rentré chez moi ? Il m’a observée ? Et qui d’autre ? s’interrogea Sandrine mal à l’aise.

— Je l’ai terminée pendant les vacances de Noël. Je m’apprêtais à l’envoyer à des éditeurs ; le temps de récolter les noms, les adresses… Je voudrais que Tristan et Stéphane le lisent. Peu importe maintenant que cela soit publié. L’important désormais, c’est qu’il y ait une trace de la personne que j’étais. Stéphane me connaît par cœur, mais Tristan… Il y a tellement de choses qu’il ignore sur moi, tellement d’évènements que j’aimerais lui raconter pour lui expliquer certains de mes choix ou certains traits de mon caractère. C’est à travers ce manuscrit que je voudrais que Tristan découvre sa mère pour mieux lui dire adieu ensuite…
— Oui, on va accomplir cette tâche, c’est important.
— Comment ? Personne ne connaît ma planque…
— J’ai une idée. Je vais t’aider. Je suis content que tu saches ce qu’il te reste à faire. Mais je dois te prévenir ; il se peut qu’il y ait autre chose, une autre raison.
— Comment ça ?
— Si nous parvenons à amener Tristan ou Stéphane vers ce coffre et qu’ils trouvent tes deux « cadeaux surprises », il n’est pas impossible que tu sois encore coincée dans cette dimension, après. Je préfère t’avertir afin que tu ne sois pas décontenancée ou déprimée.

Sandrine acquiesça en lui adressant un petit sourire. Elle ne se sentait plus seule, face à ses incompréhensions, ses interrogations et ses facultés réduites de fantôme. La présence de Cédric la réconfortait et lui redonnait un regain d’espoir et d’énergie. Elle envisageait désormais des lendemains de fantôme, avec lui à ses côtés en cas de besoin.

J’ai un ami fantôme… c’est bien, conclut-elle.

Chapitre 2

Le temps se dilatait durant cette nuit-là. Autant une poignée de secondes pouvait correspondre à des semaines chez les vivants, autant cette nuit pouvait correspondre à des jours entiers pour Sandrine. Et c’était bien. Réconfortée par la présence de Cédric, elle apprenait à le découvrir. Elle était touchée de voir son implication dans les problèmes qu’elle avait à résoudre après sa mort. Elle ne savait rien de lui, mais elle était sûre qu’il allait se révéler bientôt, il le lui avait dit. En attendant, elle bénéficiait avec reconnaissance de son aide précieuse. Il s’effaçait pour l’instant, de manière à privilégier ce qui correspondait maintenant à leur mission à tous les deux ; amener Stéphane ou Tristan à découvrir l’intérieur du coffre.

Sandrine l’observa quelques secondes, à la dérobée. En plus d’être particulièrement gentleman, il avait vraiment tout ce à quoi elle avait toujours été sensible : grand, de la prestance, la voix grave et les cheveux longs, un côté mi-rebelle, mi-romantique. Et surtout, cette douceur dans le visage, dans ses regards, dans son attitude. Elle percevait l’homme qui avait souffert.

— Alors, est-ce qu’on peut concrètement toucher des objets ou des gens ? demanda-t-elle.
— Ah, ma Sandrine, ça fait plus de cent cinquante ans que je le tente, sans vraiment y parvenir. Tu ne pourras pas sortir le coffre, l’ouvrir ou déplacer des objets pour mettre ta famille sur la voie. Tu ne réussiras jamais à déplacer un objet, en tout cas, je n’y suis jamais parvenu. Par contre les gens, c’est autre chose. Juste après ma mort, j’ai réussi à influencer des personnes, j’ai eu l’impression d’avoir eu un contact physique avec elles. Puis, très vite, cette faculté s’estompe. Ce sens tactile est visiblement le plus long à disparaître pour les gens dans notre état. Toucher la peau de quelqu’un est possible, car on s’adresse à une personne sensible, vivante, on s’adresse à une âme. Si elle est assez à l’écoute, elle peut ressentir notre présence, notre appel. Mais, par expérience, plus le temps passe, plus cette connexion entre mort et vivant est difficile tout simplement parce qu’il faut convoquer un fort sentiment en soi, pour le transmettre à l’autre. C’est comme une grosse boule d’énergie que tu dois être capable de faire passer à l’autre. Et tu sais déjà combien la force de nos sentiments s’amenuise peu à peu. C’est pour cela qu’il faut accomplir cette mission au plus vite, avant que tu n’aies plus assez de force pour le faire.
— Alors, c’est à moi seule qu’il revient de les contacter ?
— Oui, je ne peux pas être aussi efficace que toi. Tu vas utiliser tout l’amour que tu leur portes pour les guider.
— Dois-je les prendre par la main pour les amener jusqu’au coffre ?
— Non, l’effort serait énorme.
— Alors, comment leur donner l’idée d’aller fouiller dans mon armoire ?
— C’est le moyen dont je voulais surtout te parler. Tu peux influencer leurs rêves, pendant la nuit. Je me suis rendu compte que lorsque les gens dorment, il y a une sorte de lâcher-prise. Leur esprit est plus libre, moins entravé par des normes sociales, des interdits ou des obligations morales. Ils sont plus réceptifs à notre manifestation. Une nuit, il y a longtemps, j’ai assisté à l’étouffement d’un bébé dans son lit, alors que ses parents dormaient dans la pièce à côté. Il venait de régurgiter un peu de lait qui ne s’était pas bien écoulé et il commençait à ne plus pouvoir respirer. J’ai convoqué des images violentes d’étouffement dans ma tête et j’ai tenté de projeter tout cela vers les deux parents endormis. Le père s’est réveillé d’un bond, et, comme s’il avait compris le message, s’est précipité dans la chambre du bébé et l’a sauvé in extremis. Je l’ai entendu dire ensuite à sa femme qu’il avait rêvé qu’on lui maintenait la tête sous l’eau et qu’il était en train de mourir étouffé. C’est une des images que j’avais tenté de faire passer.
— C’est drôle, c’est ce qui m’est arrivé alors que je n’avais que quelques mois, et mon père est intervenu à temps.

Cédric sourit et c’est lors de son sourire que Sandrine osa soudain faire le lien.

— On parle du même bébé ? C’est toi qui as fait en sorte de réveiller mon père pour qu’il me sauve la vie ?
— Oui.

Incroyable ! D’abord un ami, puis mon sauveur. Depuis combien de temps veille-t-il sur notre maison ? Mais qui est-il ? se demandait Sandrine.

— Je sais que tu te poses maintenant des questions sur moi. Je te raconterai tout, mais pas maintenant. On a une urgence à traiter, d’une autre sorte. Dis-moi si tu as remarqué qui, de ton mari ou ton fils, semble être le plus réceptif à ta présence.
— Tristan. Dès le premier soir, il a senti ma présence et mon élan pour le réconforter. Et j’ai ensuite eu l’impression qu’il percevait ma main sur la sienne.
— Alors c’est à lui que tu dois t’adresser pendant son sommeil.
— Est-ce que je dois lui parler ? Est-ce que je dois chercher à lui envoyer les images du coffre ?
— Les deux. Tu dois jouer sur les mots et les images, et lui envoyer tout ça plusieurs fois, à la suite. Visualise mentalement ton message, le plus clairement possible et fais-lui passer tout ça en insistant, en répétant l’opération plusieurs fois.
— Et bien ? je n’ai qu’à le faire toute la nuit, tant qu’il dort.
— Tu ne pourras pas tenir aussi longtemps. Cette démarche va te prendre beaucoup d’énergie.
— Tu peux venir et rester près de moi ?
— Si ma présence te rassure, oui, bien sûr, je serai à tes côtés.
— On y va ?

Cédric lui prit la main et ils se retrouvèrent dans la chambre de Tristan endormi. Sandrine se rapprocha pour l’admirer. Elle remarqua un magazine de musique posé sur sa table de chevet. La date indiquait le 24 janvier ; il s’était passé trois jours depuis que les deux fantômes avaient commencé leur discussion.

Elle admira son fils. Il avait l’air détendu, il dormait profondément. Elle eut envie de glisser ses doigts dans les boucles de ses cheveux châtains en désordre sur le haut de sa tête. Il paraissait un homme maintenant. Et pourtant, elle voyait encore l’enfant qu’il avait été ; affectueux, calme, gentil, sensible. Elle s’attendait presque à ce qu’il ouvre ses grands yeux verts et lui sourit au réveil en lui tendant les bras pour le rituel du câlin matinal. Combien de fois elle avait expédié ce câlin parce qu’elle était en retard pour partir au collège pour huit heures. Lui, imperturbable, souriant, continuait de jouer l’arapède, par amour autant que par envie de l’exaspérer…

C’est lorsqu’on perd les choses qu’elles nous apparaissent si précieuses… se dit-elle, amère.

Sandrine jeta un regard vers Cédric, en retrait, qui l’encouragea d’un signe de tête. Elle ferma les yeux et se concentra. Elle choisit une série d’images qui se déroulaient comme avec une caméra, comme si l’on filmait la sortie du lit de Tristan, qu’on rejoignait la chambre parentale, qu’on allait jusqu’à l’armoire ouverte, qu’on s’y penchait pour découvrir le coffre à chapeaux ouvert, vide et qu’on zoomait jusqu’à trouver une toute petite ficelle qui permettait l’ouverture du double fond. Pendant cette suite d’images, Sandrine martelait une seule phrase : « Trouve le coffre, trouve le coffre ». Elle eut l’impression que ce message était assez concis pour être efficace. Elle se concentra très fort et commença le film dans sa tête en répétant sa phrase, de manière lancinante. Les premières fois qu’elle fit dérouler le film, elle n’eut pas l’impression que le message était fort ; elle n’était pas convaincue de sa propre efficience. Ça tournait un peu dans le vide. Elle grimaça, et, au moment où elle était prête à s’interrompre pour renoncer, elle sentit la main de Cédric sur son épaule. Son trouble fut le détonateur. Le film gagna en intensité dans sa tête ; les images devenaient de plus en plus vives, de plus en plus rapides, avec un « Trouve le coffre » de plus en plus vibrant et sonore. À tel point qu’elle n’eut plus besoin de fermer les yeux pour faire perdurer sa concentration : le phénomène était enclenché, puissant, en roue libre, autonome comme s’il s’était détaché de la volonté seule de Sandrine. Cela permit à celle-ci de regarder Tristan et de se concentrer pour lui envoyer son message. Elle n’eut aucune idée de la durée de sa tentative. Toujours est-il qu’à un moment, tout commença à se brouiller dans sa tête. Elle eut l’impression de tomber assise sur le lit de Tristan, épuisée. Immédiatement, Cédric la soutint. Il s’assit lui aussi, contre elle.

— J’ai la tête qui va exploser…
— Repose-toi, je pense que ça a marché, regarde-le.

Sandrine tourna la tête vers Tristan qui devait rêver, car son visage était moins détendu et de légers mouvements le secouaient. Son visage se contractait un peu par moment. C’est la dernière image de la nuit dont Sandrine eut conscience. Même si le sommeil n’était pas à proprement parler effectif chez les fantômes, elle s’évapora on ne sait où pour récupérer.

Tristan se leva, trop tard, comme d’habitude. Il descendit prendre son petit-déjeuner et vit Stéphane, à la bourre lui aussi, en train d’expédier sa tasse de café.

— Tu peux me déposer au lycée ce matin ? Je crois que je ne serai pas dans les temps pour attraper le bus tout à l’heure…
— T’as veillé trop tard, hier soir ?
— Non, j’ai fait des rêves bizarres.
— Au moins, t’as réussi à dormir, toi…
— Tu devrais continuer tes somnifères, papa.
— Non, je veux pouvoir me passer de ces merdes.

Stéphane n’arrivait toujours pas à dormir depuis qu’il s’était retrouvé seul dans son grand lit vide. Il se sentait épuisé, mais les nerfs le tenaient étonnamment vif ; il devait assurer et s’occuper de toute la logistique de la maison.

— Bon, en attendant que tu sois prêt, je vais passer l’aspirateur.

Il s’éloigna, mais, revint, inquiet à propos des rêves de Tristan. On lui avait maintes fois répété dernièrement que s’il remarquait que Tristan avait des difficultés, il ne fallait pas attendre pour l’amener consulter un médecin, un psychologue scolaire par exemple. Des cauchemars pouvaient donner l’alerte.

— C’était quoi, tes rêves ?
— Je crois que j’ai rêvé du chien qui baladait dans la maison. Ou… En fait, je crois que j’étais le chien qui se baladait dans la maison…

Stéphane releva ses sourcils, perplexe ; était-ce le type de rêve révélateur de la détresse mentale et affective de son fils ?

— Et, une fois que t’as fait le tour du propriétaire, il s’est passé quoi d’autre ?
— Rien, je furetais dans ta chambre. Ah, et même dans le placard…
— Eh bien, si tu pouvais me dire où j’ai foutu ma chemise bleue, ça m’arrangerait. Tu l’as pas vue, dans le placard, pendant ton rêve ?
— Ben non, désolé.

Tristan sourit ; il repensa au placard sans chemise bleue, sans habit du tout d’ailleurs. Que du vide… La métaphore de l’absence, un placard vide ?

— Allez, bouge ! T’as dix minutes !
— OK, mais c’est moi qui conduis, je dois le faire régulièrement jusqu’à mes dix-huit ans, pour ne pas oublier, rappelle-toi ce qu’a dit le moniteur d’auto-école l’année dernière !
— OK, OK, mais grouille-toi !

Tristan s’activa et partit se préparer.

Sa journée de lycée fut barbante. Heureusement, le décès de sa mère lui prodiguait une certaine tranquillité ; les profs, prévenus, ne l’interrogeaient pas, ne contrôlaient pas son travail personnel. Les copains étaient particulièrement cool avec lui. Même les filles étaient plus prévenantes que d’habitude. Même Ophélie, la plus extravertie, la plus âgée puisqu’elle avait un an de retard, mais la plus jolie aussi. Elle n’avait pas particulièrement prêté cas à Tristan depuis le début de l’année, mais là, elle venait le voir, lui demandait comment ça allait, s’il avait besoin des cours qu’il avait manqués pendant son absence lors de l’enterrement… Elle était sûre d’elle, elle avait un style un peu gothique, volontiers provocateur. Ça plaisait à Tristan, cette confiance en soi dont il manquait singulièrement parfois. Les cheveux longs, très noirs, les yeux, très noirs, maquillés de noir, un joli corps élancé ; il s’imaginait la prendre par la taille et l’amener tout contre lui. Tristan voulait profiter de ce léger rapprochement pour nouer un lien plus solide. Ces jours-ci, Ophélie était un petit peu sa bougie quotidienne ; sa flamme l’attirait et l’aidait à se lever le matin. Le jeune homme tentait d’oublier sa peine, son deuil, ses soucis en focalisant sur Ophélie, promesse de bonheur retrouvé. Se raccrocher à cet amour naissant lui donnait l’impulsion d’aller de l’avant.

Mais les copains le charriaient déjà. Axel, l’éternel déconneur et tête en l’air, Baptiste, l’intellectuel généreux, Robin, le beau parleur populaire, sûr de ses atouts, doué au théâtre. Plaisanter sur Tristan et Ophélie permettait à la petite bande d’éviter d’avoir à parler de choses graves concernant leur ami endeuillé, et de gagner en légèreté. Ils étaient d’ailleurs convaincus que c’était très bon pour Tristan. Et c’était vrai que ça oxygénait ce dernier et que ça le détournait un peu de l’ambiance souvent lourde à la maison.

— Allez, Tristan, demande à Ophélie de passer chez toi pour t’amener des cours. Tu lui fais visiter ta chambre, insinua Baptiste, un sourire narquois aux lèvres.
— Oui, et tu l’assois sur ton lit, et tu la déshabilles au fur et à mesure qu’elle t’explique le devoir de maths, ricana Axel.
— C’est ça, oui… Pas étonnant que vous soyez encore célibataires, si ce sont vos méthodes de drague, marmonna Tristan, esquissant malgré lui un petit sourire.
— Allez, foutez-lui la paix. C’est le temps de l’amour, clama Robin, un bras en l’air, parodiant un acteur déclamant et surjouant son texte. Ils doivent s’aimer ! Ils doivent souffrir ! Vous avouerez, reprit-il plus sérieusement, qu’avec des prénoms pareils, vous devriez vivre quelque chose d’énorme, tous les deux. Tristan et Ophélie ! On dirait le titre d’une tragédie au théâtre…
— Ça ne présage pas une chouette relation, ton truc ! s’exclama Tristan.
— Fais gaffe qu’elle ne te bouffe pas et qu’elle ne te fasse pas marcher sur la tête, surtout. Vu son caractère… s’inquiéta Robin.
— C’est sûr, tu es comme elle, avec le même caractère. Tu sais de quoi tu parles, hein ? ironisa Baptiste.
— Oui, combien de nanas sont en dépression à cause de toi ? renchérit Axel, pointant un doigt accusateur vers son ami.
— Oh, vos gueules… répondit Robin, l’air faussement excédé.
— Allez, ça sonne, en avant pour le cours de physique, les gars, dit Baptiste.
— Je vais crever… gémit Axel.

Le soir, Tristan passa la porte de chez lui, son chien sur ses talons, qui était content de rentrer à l’abri après une journée dans le jardin. Après s’être débarrassé de ses baskets, il s’affala sur le canapé, devant la télé, avec un paquet de biscuits. Le jeune golden retriever, content de voir son jeune maître, fut encore plus content de voir les biscuits à portée de gueule.

— Wallee, tu baves, dégage !

Wallee mettait le paquet ; du miel lui coulait des yeux. Son regard aurait fait fondre n’importe quelle bonne âme normalement constituée.

— Allez, une seule galette. Et tu me fous la paix, d’accord ?

Tristan lui mit un biscuit sur le museau et leva le doigt pour signifier au chien qu’il devait attendre le signal pour manger la récompense. Un « Allez, mange ! » abrégea les souffrances du chien obéissant. Il dévora le biscuit et se remit instantanément en position de quémandeur, si rapidement que Tristan pourrait douter de lui avoir donné la moindre nourriture… Ils finirent évidemment le paquet de biscuits à deux et Tristan le prit, le posa contre lui, sur le canapé. C’était une habitude quasi quotidienne de finir la journée par un câlin avec son chien, sur le canapé, tous les deux allongés l’un contre l’autre. Tristan regardait les yeux noirs et doux de son chien se fermer peu à peu et sa gueule qui semblait sourire.

— Je t’aime, mon chien, tu sais, mais j’aimerais bien qu’un jour, ce soit Ophélie qui soit à ta place, quand même…

Wallee ignora superbement cette trahison affective. Mais, par amour pour Tristan peut-être, il remua faiblement la queue quelques secondes. Tristan sourit et promena ses doigts à travers les poils couleur sable du ventre du chien qui était au summum du bonheur.

C’est à ce moment que réapparut Sandrine. Elle fut attendrie de voir l’affection entre Tristan et son chien. Cédric la rejoignit en lui disant que le placard était resté intact. Le coffre à chapeaux renfermait toujours ses surprises. Les deux fantômes regardaient le duo à moitié endormi sur le canapé. À contempler Tristan, Sandrine y puisait de la force. Cédric, lui, admirait le jeune homme ; son visage, sa grande taille, son allure. Puis le regard de Cédric se porta sur le chien ; il eut une idée.

— Sandrine, essaye d’appeler le chien. Il peut te sentir ; les animaux nous perçoivent, surtout peu de temps après notre mort. Il faudrait l’attirer vers ton placard. Tristan pourrait le suivre…

Sandrine leva vers lui un regard dubitatif. Mais finalement, cela valait le coup d’essayer. Elle se rapprocha du canapé et, penchée vers le chien endormi, elle tenta de l’interpeller mentalement, de plus en plus fort. « Wallee, viens mon chien, viens ! » Aucune réaction.

Puis, l’animal entrouvrit un œil, en direction des fantômes. Tous ses muscles se tendirent soudain et le chien se redressa en un quart de seconde. Ce brusque mouvement fit revenir Tristan à lui. Celui-ci vit son chien descendre précipitamment du canapé et s’immobiliser, la truffe en l’air au beau milieu du salon. Sa queue se mit à frétiller soudain.

— Wallee, qu’est-ce que tu as vu ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Le chien lança un bref aboiement, typique d’un état d’excitation. Il commença à se diriger vers l’étage de la maison, toujours en remuant la queue. C’est ce dernier détail qui parut étrange à Tristan, qui se leva et suivit l’animal.

Sandrine continuait, à ce moment-là, d’appeler le chien en l’entraînant vers sa chambre.

Wallee rentra dans la chambre parentale et se dirigea vers le placard. Sandrine s’était placée derrière la porte coulissante, de façon à ce que le chien incite Tristan à ouvrir le placard. Le jeune garçon rejoignit son animal qu’il trouva face à la porte du placard, remuant la queue et lançant quelques « ouaf » déterminés. Perplexe, Tristan s’approcha. Il tendit l’oreille ; se pourrait-il qu’il y ait un petit chat planqué dans l’armoire ?

— Qu’est-ce qu’il y a, Wallee, qu’est-ce que tu veux ?

Le chien regarda brièvement son maître et se remit à l’arrêt, face à l’armoire.

— Tu veux que j’ouvre ? Mais, il n’y a rien, là-dedans…

Sandrine se recroquevilla derrière le coffre à chapeaux.

Tristan fit coulisser la porte, découvrant peu à peu… l’intérieur d’une armoire tout ce qu’il y avait de plus banal. Le chien remuait la queue encore plus fort. Il tendit sa truffe vers une boîte et continua à aboyer de manière saccadée. Tristan se pencha pour regarder à l’intérieur, vers la boîte en bois que fixait Wallee. Et, à ce moment, la vision de son rêve se superposa à sa propre vision de cet instant. Il eut devant les yeux, de façon fugitive, ce coffre ouvert, vide. Instinctivement, il prit le coffre et le posa à terre. Le chien tournait autour, suivant Sandrine qui faisait de même. Il se passe quelque chose, avec ce coffre, se dit-il. Il faut que je… « trouve ce coffre »… Tristan l’ouvrit et en sortit des chapeaux ayant servi à divers mariages et des chapeaux de déguisement de carnaval. Il regarda son chien ; s’intéressait-il aux chapeaux ? Non, Wallee semblait toujours renifler le coffre. Tristan regarda au fond et ne vit rien. Il interrogea du regard son chien.

— Qu’est-ce que tu as après ce coffre ? Il n’y a rien, tu vois bien ; il est vide.

Tristan allait remettre les chapeaux à l’intérieur quand il remarqua quelque chose au fond du coffre. Il tendit la main et ses doigts attrapèrent effectivement ce qu’il identifia comme une toute petite cordelette, du même marron que la couleur du fond du coffre. Il la tira doucement et une lame de bois vint à lui, découvrant ainsi le double fond de la boîte. Très intrigué, il dégagea les deux autres lames de bois qui constituaient le fond du coffre. Il vit une sorte de trousse qu’il sortit. C’était une sorte de pochette en tissu coloré. Il descendit la fermeture éclair et à sa grande surprise, il y vit nombre de billets et de pièces. C’était un paquet d’argent ! et, comme Tristan allait vider la pochette par terre pour se rendre compte de la somme, il vit une toute petite enveloppe blanche. Il l’ouvrit et déplia une petite carte où il put lire « Joyeux anniversaire, mon grand de 18 ans ! C’est ta cagnotte surprise ; 1 euro par jour, depuis ta naissance, jusqu’à aujourd’hui. De la part de ta maman qui t’aime ». Le papier glissa des doigts de Tristan surpris, mais surtout touché, bouleversé non seulement de l’attention de sa mère, mais aussi d’avoir une trace d’elle concrète, un message, quelque chose d’elle qu’il recevait après sa mort. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il ne pensa plus à compter l’argent ; il le rassembla religieusement et remit le tout dans la pochette. Il voulut remettre aussi cette pochette dans le double fond du coffre, pour tout ranger et laisser les affaires de sa mère non profanées, comme elle les avait entreposées. C’est là que ses doigts rencontrèrent encore autre chose, qui gênait l’accès au fond du coffre. Tristan s’interrompit. Encore une trace d’elle, un autre objet… Son cœur battait, comme s’il appréhendait ce qu’il allait trouver. Il hésita quelques instants. Presque recueilli, il entreprit de récupérer le dernier objet. Il le remonta avec lenteur. Il lui sembla qu’il s’agissait d’une simple pochette élastiquée, souvent utilisée pour ranger divers papiers de la maison, les factures, les bulletins de salaire, etc. Rien n’était écrit dessus. Il fallait l’ouvrir. À l’intérieur, des feuillets. Du texte partout, tapé à l’ordinateur. Tristan revint sur la page de garde ; il lut « Une trace de vie » puis en dessous « autobiographie » puis encore en dessous « Sandrine Marino ». Il fut soufflé. Sa mère avait rédigé son autobiographie ? Elle n’en avait jamais parlé ! Ah, c’est sûr qu’il pouvait la voir chaque jour taper sur son ordinateur. Mais, elle disait qu’elle passait du temps à préparer ses cours, à les taper… En fait, pendant qu’il croyait qu’elle préparait des cours de français à des élèves de sixième ou de troisième, elle écrivait un livre. Son livre.

Il ne put remettre le manuscrit dans le coffre. Il y remit la pochette pleine d’argent, il replaça les chapeaux et rangea le coffre tel qu’il l’avait trouvé. Il décida de différer l’annonce de ces trouvailles à son père ; peut-être que ce dernier savait ce qu’il y avait dans ce coffre. Tristan voulait lire le manuscrit avant d’en parler à Stéphane. Il partit dans sa chambre avec l’autobiographie de sa mère qu’il emporta comme un trésor.

Sandrine et Cédric, le sourire aux lèvres, ne bougeaient plus depuis un moment. Ils se taisaient, religieusement, pendant ce moment où la frontière entre la mort et la vie avait été franchie. Sandrine se rapprocha de Cédric et ses doigts frôlèrent les siens. Cédric, heureux du succès de l’entreprise, prit doucement la main de Sandrine dans la sienne qui fut troublée de ce contact inattendu.

Tristan lut le manuscrit d’une traite, le soir même jusqu’à quatre heures du matin. Il rit, fut ému, pleura ; il passa par toutes les émotions ; celles-là même que sa mère avait pu ressentir au cours de sa trop courte vie. Il lisait doucement, comme pour s’imprégner de sa mère encore si présente ce soir-là, comme pour prendre le temps de rencontrer « Sandrine », après avoir connu « maman ». Comme la plupart des enfants, il réalisa qu’il avait considéré sa mère comme un être lisse et parfait. Il découvrait une femme sensible, meurtrie parfois par la vie, avec ses envies révélées, ses désirs de femme, ses espoirs. Ce fut une révélation pour Tristan qui, le choc de certains passages passé, se sentit encore plus proche de sa mère, admiratif et aimant. La découverte de ce passé retranscrit provoqua deux sentiments contradictoires ; d’un côté, Tristan ressentait encore plus cruellement l’absence de Sandrine maintenant qu’il était plongé dans sa vie, d’un autre côté, il se sentait privilégié et consolé que sa mère lui ait transmis cette somme d’informations sur elle qui lui permettait de dire désormais « Je sais qui était ma mère ».

À la lecture du manuscrit qui relatait l’enfance de Sandrine, le jeune homme sourit à l’évocation des grand-mères de Sandrine ; autant la grand-mère paternelle était adorable que la grand-mère maternelle était un monstre de maladresse et de sécheresse qui déclenchait les discordes familiales. Tristan se rappelait les rares fois où sa mère lui en avait un peu parlé ; sa grand-mère « soleil » et sa grand-mère « ténèbres »…

Tristan souffrit un peu plus lors de l’adolescence relatée par sa mère. Il fut choqué d’apprendre que Sandrine avait été « brusquée » à quatorze ans ; on avait, en gros, abusé d’elle. L’importance des euphémismes lors de ce passage interrogeait Tristan : avait-elle été violée ou pas ? Une série de sensations, plutôt que des mots clairs. Un état de sidération malgré une absence de violence… Tristan comprit que, quoiqu’il en fût, sa mère avait vécu cette première expérience comme un traumatisme.

Vinrent ensuite les études de lettres de sa mère, l’importance de la peinture aussi ; art qu’elle avait développé très probablement sous l’influence de son professeur d’arts plastiques de père.

Tristan fut amusé par la présentation des petits boulots de sa mère, avant d’intégrer l’Éducation nationale : gardienne de musée, « employée Mac Do », vendeuse, pionne, employée d’une vidéothèque où elle passait le plus clair de son temps à louer des pornos à des petits vieux délurés…